Ouvrages et usages du patrimoine de l’eau des rivières

Que ce soit à l'échelle locale ou à celle des bassins hydrographiques, il est aujourd’hui essentiel de construire une vision partagée de la gestion et de la préservation de la rivière, dans ses dimensions patrimoniales et écologiques.

La loi sur l’eau de 1992 consacre « l’eau en tant que patrimoine commun de la nation »,  et met e place des outils de la gestion des eaux par bassin (SDAGE et SAGE). Conscient de la valeur de ce patrimoine, la Région Nouvelle-Aquitaine a engagé en mars 2017, dans le cadre d’une démarche transversale, une réflexion autour de la politique de l’eau qui a pour objectifs d’établir un état des lieux partagé.

Si l’état des lieux est aujourd’hui posé d’un point de vue environnemental et économique la dimension culturelle de l’eau apparaît sous exploitée. L’eau est certes un patrimoine, mais les patrimoines liés à l’eau sont aussi une composante à prendre en considération dans une démarche intégrée. Ces journées d’études autour de la question « des patrimoines de l’eau : ses ouvrages et ses usages », étaient conçues comme un moment de rencontre et d’échanges sur la question des cours d’eau comme interface particulièrement sensible entre les patrimoines naturels et culturels et sur la nécessaire prise en compte du patrimoine culturel dans les réflexions et les projets en cours autour de l’eau.

L’objectif de ces journées, organisées les 17 et 18 octobre 2018 à Angoulême, était donc de faire se rencontrer des professionnels et d’inviter un public sensible aux enjeux environnementaux et patrimoniaux autour des questions de la définition, des réglementations et des enjeux partagés. Mais aussi de comprendre comment une rivière concerne et mobilise de nombreux acteurs qui ont parfois (ou non) des objectifs communs de préservation et de valorisation des ouvrages (usines, moulins …) et des usages (maintien de la biodiversité…).

Ces journées d'études ont obtenu le label « Année européenne du patrimoine culturel 2018 » du Ministère de la Culture.

Sommaire des communications et interventions :

Introduction de Régis BARRAUD

La notion de patrimonialisation des cours d'eau et des ouvrages hydrauliques. Régis BARRAUD, maître de conférences – Géographe, Laboratoire RURALITES – EA 2252, Université de Poitiers

Comment croiser les différentes dimensions temporelles d'un objet : aussi bien ses caractéristiques liées au passé (qui justifient sa conservation) que celles liées au futur (qui justifient l’anticipation et la projection vers l’avenir) ?

Communication de Véronique DUJARDIN et Alain BESCHI

Le patrimoine des cours d’eau sous le regard de l’Inventaire. De l’ouvrage au paysage. Véronique DUJARDIN et Alain BESCHI, chercheurs des services Patrimoine et Inventaire de la Région Nouvelle-Aquitaine

Depuis l’origine des services de l’Inventaire dans les années 1960-1970, dans l’actuel périmètre de la Région Nouvelle-Aquitaine comme ailleurs en France, les patrimoines de l’eau ont été essentiellement étudiés dans le cadre d’opérations topographiques ou d’enquêtes sur le patrimoine industriel. Si l’approche a d’abord été focalisée sur les édifices, la vision a progressivement été étendue aux ensembles hydrauliques, jusqu’à une vision englobante et paysagère. Les opérations menées sur des vallées depuis les années 1990 témoignent de ce changement de paradigme. Le travail en cours sur le Val de Gartempe est représentative de la façon dont l’Inventaire envisage aujourd’hui ces patrimoines comme une composante des territoires de l’eau.

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Communication de Fabien LOUBIGNAC et Gwénaëlle MARCHET-LEGENDRE

La réglementation au regard de la protection et de la sauvegarde du patrimoine. Patrimoine archéologique en milieu humide ou immergé. Fabien LOUBIGNAC et Gwénaêlle MARCHET-LEGENDRE, archéologues, Service régional de l'archéologie

Communications de Gilles ADAM et Sébastien GOUPIL

La réglementation au regard de la protection et de la sauvegarde du patrimoine naturel. Sébastien GOUPIL, chef de la Division Politique, Planification de l'Eau et des Ressources Minérales et Gilles ADAM, DREAL (Direction régionale de l'environnement et du logement) Nouvelle-Aquitaine

La DREAL Nouvelle-Aquitaine a rappelé la réglementation applicable en matière de sauvegarde du patrimoine naturel des cours d'eau : enjeux de la Directive cadre sur l'eau, les dispositions réglementaires y afférentes dans le code de l'environnement s'imposant aux propriétaires riverains, les outils de planification et les mesures de gestion associées au travers du Schéma Directeur d'Aménagement et de Gestion des Eaux (SDAGE), ainsi que du Plan de gestion des Poissons Migrateurs (PLAGEPOMI). Enfin, un éclairage a été apporté sur les déclinaisons à l'échelle locale au travers des Schémas d'Aménagement et de Gestion de l'Eau (SAGE) et des Plans pluriannuels de gestion de cours d'eau (Contrats de rivière...).

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Communication de Yohann FUENTE

Présentation de la Stratégie Régionale de l’Eau en Nouvelle-Aquitaine. Yohann FUENTE, Chargé de mission environnement Région Nouvelle-Aquitaine (présentation de la politique régionale de l’eau – rapport 2017)

La Nouvelle-Aquitaine, « terre des Eaux mêlées », dispose d’une grande diversité de ressources en eau (cours d’eau, zones humides, de vastes réserves souterraines…). Malgré cette diversité, cette ressource stratégique est aujourd’hui sous pression: 2/3 des masses d’eaux superficielles sont considérées comme dégradées, 1/3 des masses d’eau souterraines sont en mauvais état chimique et les effets attendus du changement climatique devraient encore accentuer cette situation. Consciente de l’urgence et de la nécessité d’agir, et légitimée par le renforcement de ses compétences, la Région Nouvelle-Aquitaine, à l’issue d’une démarche de concertation associant largement les acteurs, s’est dotée d’une Stratégie Régionale de l’Eau ambitieuse et transversale permettant d’intégrer une vision transversale de l’eau dans les politiques régionales. Ce cadre stratégique constitue le socle de l'intervention régionale en matière de gestion de la ressource en eau et de la préservation des milieux aquatiques et la base des futurs règlements d'intervention régionaux.

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Communication de Nicolas FOISNEAU

Les données de l’Inventaire servent-elles les territoires en termes de protection, de conservation et de valorisation du patrimoine ? Retour d’expérience à partir de deux opérations menées en Mayenne. Nicolas FOISNEAU, chercheur à l’Inventaire, Direction du Patrimoine, Conseil départemental de la Mayenne

Le partenariat engagé de longue date entre le Département de la Mayenne et la Région Pays de la Loire a permis de mener à bien des opérations qui, soit portaient directement sur le patrimoine bâti des bords de rivière (étude thématique des rives de la Mayenne), soit incluaient cette thématique (inventaire topographique des cantons du pays des Coëvrons, traversés par la rivière l’Erve). Dans quelle mesure et selon quelles modalités ces opérations ont-elles enrichi ou suscité des actions de mise en valeur touristique et culturelle du bâti lié à l’eau ? Ont- elles pu contribuer à la conservation de ce patrimoine ? Dans quel contexte et avec quels leviers ? Pour quels résultats ?

Communication de Frédéric DUPUY

Haute Dronne : Quand la continuité écologique renseigne l’histoire des moulins. Frédéric DUPUY, responsable du pôle environnement PNR (Parc naturel régional) Périgord Limousin

L’évolution de la réglementation sur l’eau ces 20 dernières années bouscule nos représentations collectives de cette ressource. Elle oblige les propriétaires d’ouvrages l’utilisant à aménager leur bien pour diminuer un impact sur les milieux aquatiques peu ou pas pris en compte jusque-là. Pour le Parc naturel régional Périgord-Limousin, le rétablissement de la continuité écologique est un enjeu fort à la fois pour la biodiversité, la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la ressource en eau. Cependant la dimension humaine et historique de l’occupation de l’espace, de l’usage des ressources naturelles sont aussi une préoccupation majeure de l’institution. Aussi l’aménagement d’une rivière par le Parc se conjugue avec écologues et historiens.

Communication d'Alix BASTIAN

Fédérer les initiatives individuelles pour donner lisibilité et force aux actions patrimoniales. Alix BASTIAN, directrice du Pays d’art et d’histoire des Pyrénées béarnaises

Les nombreuses initiatives de porteurs de projet et d’acteurs du territoire ont amené à une réflexion sur la mise en cohérence des différentes actions projetées ou en cours  visant la recherche technique et historique ainsi que la valorisation du patrimoine lié à l’eau. Dans ce cadre, le rôle du Pays d’art et d’histoire des Pyrénées béarnaises est de faire se rencontrer les acteurs du territoire, de leur faire partager leurs projets et expériences, de mener des actions ensemble et d’ouvrir leur réflexion à des domaines contemporains en matière d’usage de l’eau. Ce travail de coordination est couplé par la mise en œuvre d’actions de valorisation, notamment éducatives à destination du jeune public. Le regroupement des données de connaissance facilite leur valorisation grâce à la fédération de plusieurs acteurs institutionnels et associatifs et à l’utilisation d’éléments graphiques communs tirés de charte graphique du label Villes et Pays d’Art et d’Histoire.

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Communication de Sophie DRANSART et François HARDY

Un inventaire comme aide à la décision pour les aménagements des rivières du Parc. Sophie DRANSART, chargée de mission patrimoine culture et François HARDY, chargé de mission nature et environnement, PNR (Parc naturel régional) Haute-Vallée de Chevreuse

Ayant pour mission de préserver les patrimoines aussi bien naturels que paysagers et culturels, le PNR de la Haute-Vallée de Chevreuse a mis en place une démarche croisée afin de garantir un équilibre dans les choix d’aménagement des rivières. Ainsi un inventaire des moulins hydrauliques a-t-il été lancé dans le contexte de la restauration de la continuité aquatique des rivières afin de ne pas négliger les héritages culturels et paysagers dans les démarches en cours. Une démarche complexe qui se heurte à des réalités urbanistiques qui viennent complexifier la préservation des enjeux patrimoniaux.

Communication de Paul DUPOUY

Les chantiers navals Tramasset, la valorisation des patrimoines fluviaux girondins par la remise en activité. Paul DUPOUY, coordinateur de l’espace vie sociale Chantier naval de Tramasset

L’ancien chantier naval Tramasset existe depuis 1837. Aujourd'hui les Chantiers Tramasset sont une association de l’économie sociale et solidaire qui développe des activités inscrites dans une démarche de valorisation du patrimoine, une volonté d’échange et d’ouverture, de découverte et de redécouverte. L’association, créée en 1997, a investi un site inscrit à l’inventaire des monuments historiques.

Communication de Philippe BARRY

L'eau, un enjeu patrimonial et environnemental : le gué Giraud. Philippe BARRY, Syndicat d'aménagement du bassin de la Vienne

Le barrage du gué Giraud, a été construit sur un méandre de la Glane au début des années 50, dans le but de fournir à la ville de Saint-Junien une réserve d’eau potable. Quasiment 60 ans plus tard, la contamination régulière de cette masse par les cyanobactéries, et la baisse de la quantité d’eau disponible du fait de l’ensablement progressif du plan d’eau, ont poussé la Ville a trouver une solution alternative pour l’alimentation en eau potable. Le plan d’eau étant désormais inutile pour la réserve d’eau potable, la municipalité a fait le choix d’envisager une suppression du barrage, ce qui permettrait un retour à la continuité écologique du plan d’eau. Avec l’effacement du barrage, la Glane retrouvera son cours initial.

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Communication de David REDON

Le moulin de Porchères, du site industriel au site touristique. David REDON, président de l’association moulin de Porchères et vice-pdt de l’agglomération de Libourne en charge du patrimoine

La rivière Isle a une histoire riche. Les nombreux moulins qui entravent son cours jusqu'à Périgueux ont, dès le moyen âge créé des conflits d'usage de la rivière entre meuniers et bateliers. Depuis 1957, l'Isle a été radiée de la nomenclature des voies navigables de France. Et depuis l'après-guerre, l'industrie minotière a connu des changements majeurs. Le moulin de Porchères, modernisé en 1937 a fonctionné et produit de la farine de blé jusqu'en 2002. Après avoir été racheté par le promoteur bordelais Norbert Fradin en 2006, il est inscrit Monument historique en 2007 car il a la particularité de conserver intact toutes les machines de minoterie datant de 1937.

Aujourd'hui, le site permet : de découvrir le moulin et ses machines par une visite guidée, de manger sur place avec le restaurant "la guinguette du moulin" ouvert en 2017, de participer à des ateliers familiaux pour apprendre à fabriquer le pain. Depuis juillet 2018, il est possible de naviguer sur 20 km de rivière à bord de rabaskas (grand canoë) grâce à un ponton installé sur le site.

Bilan des journées par Virginie SERNA et conclusion par Guillaume DELPIROUX

Virginie SERNA, Ministère de la culture, Mission de l'Inventaire général du patrimoine culturel, conservateur en chef, chargée de mission Territoires de l'Eau-Littoral

Guillaume DELPIROUX, directeur de la Culture et du Patrimoine de la région Nouvelle-Aquitaine