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La recherche au jour le jour - Blog de l'estuaire

Le Département de la Gironde et la Région Aquitaine considèrent le patrimoine estuarien comme un élément essentiel de leur identité et attachent un intérêt majeur à sa valorisation. Sa prise en compte dans les politiques territoriales, aussi bien sur le volet naturel et culturel que touristique et économique, s’avère une nécessité. Afin de constituer un socle de connaissances indispensable à leur mise en place, une étude d’inventaire des communes riveraines de l’estuaire est donc lancée en 2009. Cette étude s’appuie sur un programme et des objectifs qui traduisent une mise en perspective globale du patrimoine. La grande qualité des paysages et l’intérêt porté aux questions environnementales sont notamment une forte incitation à prendre en compte les structures paysagères dans le cadre de l’enquête historique et topographique.

Nous vous proposons de suivre à travers ce blog l’avancée du programme de recherches sur l’estuaire de la Gironde.

Une briqueterie à Soussans : du texte au bâtiment ?

vendredi 17 septembre 2010

Détail du décor en brique du pignon du bâtiment.

C’est en consultant aux Archives municipales de Bordeaux un dossier concernant les comptes du Château Rauzan-Ségla à Margaux, que nous avons repéré un document intéressant pour l’histoire de Soussans.


Il s’agit d’une facture adressée, le 12 décembre 1883, à ce domaine par l’entreprise Simon Fils à Soussans pour une commande de 50 tuyaux de drainage. L’entête du courrier nous apprend qu’il existait donc dans cette commune une « Fabrique de tuyaux de drainage et de briques creuses en tous genres »*. Si le travail de repérage sur le terrain a permis d’observer plusieurs bâtiments construits en grosses briques, nous n’avons en revanche remarqué aucune briqueterie ni aucun vestige de four. Une consultation des registres de l’Etat civil conservés à la mairie a révélé la présence, dans la seconde moitié du XIXe siècle, de Jean Simon, briquetier, installé au lieu-dit Moulina. Dans sa rubrique des crus artisans et paysans, l’édition de l’ouvrage de Cocks et Féret datée de 1898 indique le Chalet Moulinat, appartenant à la famille Simon, qui menait également une activité viticole et produisait 8 tonneaux de vin.
Enfin le registre des « augmentations et diminutions » des matrices cadastrales offre la possibilité de dater et de situer précisément cette « tuilerie » : c’est en 1862 qu’elle semble être installée par M. Bernard, instituteur, à l’angle de la rue de Bourriche et de la route de Pauillac. En 1867, une augmentation de construction concernant la tuilerie et un hangar témoigne du développement de l’entreprise. A partir de 1874, c’est Jean Simon que nous retrouvons comme propriétaire des lieux et qui procède également à des agrandissements.
Aujourd’hui, à cet emplacement, un bâtiment très remanié et plutôt insignifiant présente cependant un oculus en brique et des rampants de pignon soulignés par une série de briques creuses, derniers vestiges de la briqueterie de Soussans, dont même la mémoire s’est perdue.

*Voir le billet du 1er juin 2010 sur la gestion de l’eau sur le territoire et notamment les tuyaux en poterie permettant le drainage des terres viticoles.

CS

Château Palmer et son village viticole (Cantenac)

jeudi 26 août 2010

Façade principale du château donnant sur la route de Cantenac à Margaux.

Si Château Margaux, construit entre 1802 et 1811 par l’architecte Louis Combes, est le parfait exemple du domaine viticole conçu avec un château, des bâtiments de vinification, une cour des artisans, des dépendances agricoles et des logements pour les ouvriers viticoles, Château Palmer, lui, présente le même type d’organisation, résultat toutefois de constructions successives.


Au XVIIIe siècle, le domaine apparaît sous le nom de Château de Gasq, reprenant celui de la famille qui en est alors propriétaire, et c’est en 1814 que Charles Palmer, général anglais, l’acquiert et lui laisse son nom. La lecture du plan cadastral de 1826 révèle la présence de nombreux bâtiments, dont certainement un logis encadré de deux ailes en retour, avec à proximité les dépendances et le village viticole. De cet ensemble subsistent l’aile sud abritant aujourd’hui un chai et ce qui constituait vraisemblablement des logements d’ouvriers.
En 1853, les frères Emile et Isaac Pereire, puissants banquiers, notamment à l’origine de la Ville d’Hiver d’Arcachon, rachètent et transforment le domaine. Le succès de leur entreprise se voit couronné en 1855 par le classement de Château Palmer comme 3e Grand Cru. Entre 1854 et 1856, ils font construire un nouveau château qui marque fortement le paysage avec ses hautes toitures d’ardoise et ses tourelles d’angle. Le traitement précieux des façades est enrichi d’incrustations de pierres dures colorées tandis que le prestige des propriétaires s’affiche avec la présence de leurs initiales entrelacées. Le village viticole fait également l’objet de transformations avec, en 1860, la construction de plusieurs maisons, d’une cuisine de vendange ou encore d’un atelier, qui viennent compléter le logement du régisseur, les chais et cuviers, les écuries…
Des aménagements récents et l’ajout de nouveaux bâtiments ont fait évoluer le domaine : création d’espaces d’accueil, de bureaux, de lieux de stockage ou encore d’une salle de dégustation. L’ensemble garde cependant l’aspect d’un véritable village viticole à proximité de l’illustre « vitrine » que constitue le château.
CB/CS