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La recherche au jour le jour - Blog de l'estuaire

Le Département de la Gironde et la Région Aquitaine considèrent le patrimoine estuarien comme un élément essentiel de leur identité et attachent un intérêt majeur à sa valorisation. Sa prise en compte dans les politiques territoriales, aussi bien sur le volet naturel et culturel que touristique et économique, s’avère une nécessité. Afin de constituer un socle de connaissances indispensable à leur mise en place, une étude d’inventaire des communes riveraines de l’estuaire est donc lancée en 2009. Cette étude s’appuie sur un programme et des objectifs qui traduisent une mise en perspective globale du patrimoine. La grande qualité des paysages et l’intérêt porté aux questions environnementales sont notamment une forte incitation à prendre en compte les structures paysagères dans le cadre de l’enquête historique et topographique.

Nous vous proposons de suivre à travers ce blog l’avancée du programme de recherches sur l’estuaire de la Gironde.

Stahl, "l’illustrateur inconnu" des châteaux de l’estuaire

jeudi 11 avril 2013

Dessin d'une demeure non identifiée ; une inscription fait allusion à un ouvrage publié en 1878, La Vigne (photo BnF, Gallica).
Dessin d'une demeure non identifiée (photo BnF, Gallica).
Dessin du château Montrose avec une légende erronée indiquant Batailley (photo BnF, Gallica).
Photographie du château Montrose, Les Grands Crus Bordelais d'Alfred Danflou, vers 1867 (photo SRPI, A. Barroche).

La collection de dessins sur les Provinces de France d’Hippolyte Destailleur, conservée au cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale de France, réunit une riche iconographique sur le patrimoine français. Parmi ces dessins et ces estampes, les esquisses réalisées par un dénommé Stahl, représentant des châteaux bordelais - principalement médocains -, ont retenu notre attention (1).


Ces treize dessins au crayon sont accompagnés de légendes ajoutées sans doute postérieurement et désignant leur auteur par la mention "Stahl fecit". Or, l’ouvrage de référence d’Emmanuel Bénézit répertoriant les peintres et dessinateurs n’a pas permis d’identifier ce dessinateur (2).
L’un des dessins porte également l’indication suivante : "Croquis de Stahl pour la Vigne, ouvrage publié en 1878". Ces esquisses seraient donc des dessins préparatoires pour une publication mais aucun ouvrage de cet auteur, avec ce titre et reprenant ces illustrations n’a pu être trouvé. Le seul pouvant correspondre serait La Vigne, voyage autour des vins de France, étude physiologique, anecdotique, historique, humoristique et même scientifique, écrit par le journaliste parisien Charles-Albert d’Arnould, connu sous le nom de Bertall, et publié en 1878(3). Les dessins qui accompagnent le récit sont toutefois d’une facture bien différente et certainement de la main de l’auteur, comme l’avant-propos l’indique : "C’est que rien ne me paraît plus séduisant que de faire, le crayon à la main, le rapide inventaire des trésors que la France possède et dont la plupart d’entre nous ignore jusqu’à l’existence (…). Je n’ai décrit ou dessiné que ce que j’ai vu".
Par ailleurs, des mentions complémentaires figurant sur certains dessins, probablement de la main du dessinateur, remettent en cause leur datation. Elles identifient le monument dessiné indiquant également le nom du propriétaire. En croisant ces différentes informations(4), on peut ainsi établir que ces dessins ont été réalisés entre 1836 et 1852, bien avant donc l’éventuelle publication de l’ouvrage La Vigne en 1878.
Les sites représentés sont principalement situés en Médoc : Château Margaux,  les châteaux Beychevelle et Ducru-Beaucaillou à Saint-Julien-Beychevelle, Batailley et Pontet-Canet à Pauillac, Calon-Ségur, Garamey, Pomis, Lalande-Tronquoy et Montrose à Saint-Estèphe. Une inscription postérieure et erronée identifie ce dernier comme étant Batailley. Il s’agit pourtant bien du château Montrose dessiné sensiblement selon le même angle de vue que la photographie figurant dans l’album d'Alfred Danflou, vers 1867.
On trouve en outre un dessin de l’église de Saint-Emilion ainsi que deux dessins de demeures non identifiées. Si les proportions des bâtiments sont parfois restituées de manière approximative, une attention particulière semble portée à l’environnement paysager de ces châteaux.

L’analyse de ces dessins reste donc incomplète : qui est ce dessinateur Stahl ? Ces dessins ont-ils effectivement été publiés dans un ouvrage intitulé La Vigne en 1878 ? Quelles demeures sont représentées sur les deux dessins ne bénéficiant pas de légende ?
Nos futures recherches et / ou les éventuelles informations que vous pourrez nous apporter nous permettront peut-être de résoudre cette énigme…
CS

(1) La collection Destailleur a été numérisée. Les dessins sont donc visibles sur le site Gallica.
(2) E. Bénézit, Dictionnaire critique et documentaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs..., nouvelle édition refondue, revue et corrigée, Paris : Librairie Gründ, 1976, p. 770 : 15 peintres ou dessinateurs sont mentionnés sous le nom Stahl, mais aucune information ne nous permet d’identifier l’auteur de nos dessins. Il s'agit peut-être d'un pseudonyme.
(3) L’ouvrage est consultable sur le site Gallica.
(4) Ainsi, M. Aguado est propriétaire de Château Margaux de 1836 à 1879 ; M. Destournel est propriétaire de Pomis jusqu’en 1852.

Pauillac, ville propre !

mardi 26 mars 2013

Maison, rue Adrien-de-Pontet (photo C. Steimer).
Détail de décrottoir, rue Adrien-de-Pontet (photo C. Steimer).
Détail de décrottoir, rue Albert Ier (photo C. Steimer).
Décrottoirs proposés par les fonderies du Val d'Osne (illustration extraite de l'ouvrage de Jean-Claude Renard, p.186).

A la lecture des registres de délibérations de la commune de Pauillac, les questions d’hygiène et de propreté furent récurrentes au XIXe siècle. Au détour des rues, certains aménagements rappellent par ailleurs des usages tombés aujourd’hui en désuétude.


Dès la fin du XVIIIe siècle, le transfert du cimetière est envisagé : situé à proximité de l’église, au cœur du bourg, il est source de nombreux désagréments, notamment de "miasmes pestilentielles (…) portant avec eux le germe destructeur de l’espèce humaine"1. Le choix délicat d’un nouveau terrain à distance des habitations puis le transfert des sépultures font débat et ce n’est qu’en 1860 que le changement sera effectif.

En 1814, le maire prend des mesures pour limiter les désagréments liés aux tueries et aux boucheries : on reproche aux bouchers de laisser devant leurs boutiques et étables des tas de fumier et des débris d’animaux2 ; là encore, la réalisation d’un projet d’abattoir communal en dehors de la ville mettra du temps à se concrétiser. En 1863, il existe encore 12 bouchers-charcutiers dont 10 dans le bourg de Pauillac, chacun possédant une tuerie constituant un risque d’incendie et une menace pour la salubrité publique3. En 1880, l’abattoir communal de Pauillac entre enfin en fonction, sans faire cesser pour autant l’activité des tueries particulières.

Les aubergistes et propriétaires qui "laissent également devant leurs portes et sur les places des tas de bourriers et de boue [et] négligent de nettoyer les rues" font aussi l’objet de récriminations. Il est alors rappelé vigoureusement en 1814 que les rues et places doivent être "soigneusement balayées et nettoyées chaque jour à six heures du matin pendant l’été et à huit heures pendant l’hiver par les soins des propriétaires et locataires devant leurs maisons et bâtiments".

Si au cours du XIXe siècle les rues de la ville sont progressivement pavées, il faut toutefois imaginer des traverses boueuses avec un système d’évacuation des eaux usées sommaire. L’enlèvement "des boues et des bourriers" devient une responsabilité communale avec l’adjudication de ces tâches renouvelée régulièrement par la Ville.

Afin de nettoyer ses souliers crottés en entrant dans son logement, les façades des maisons se voient doter de décrottoirs qui pouvaient prendre différentes formes, tantôt sommaires, tantôt plus recherchées. Des catalogues, comme ceux des fonderies du Val-d’Osne (Haute-Marne), en proposaient un choix varié associant fonctionnalité et ornementation4. Ceux recensés dans les rues de Pauillac peuvent être comparés à ceux de Bruxelles mis à l’honneur dans une exposition récente5.

CS

(1) Registre de délibérations 1791-1796 : pétition pour un cimetière, 20 novembre 1791.
(2) Registre de délibérations 1799-1822, 8 juillet 1814, ordonnance du maire de Pauillac contre les boucheries.
(3) Registre de délibérations 1861-1879, projet d'abattoir public à construire hors de l'enceinte de la ville, 6 mai 1863.
(4) Jean-Claude Renard, L’âge de la fonte, un art, une industrie, 1800-1914, suivi d’un dictionnaire des artistes, Les Éditions de l’amateur, 1985, p.186.
(5) Voir l'article de L'Express du 17/08/2011.