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La recherche au jour le jour - Blog de l'estuaire

Le Département de la Gironde et la Région Aquitaine considèrent le patrimoine estuarien comme un élément essentiel de leur identité et attachent un intérêt majeur à sa valorisation. Sa prise en compte dans les politiques territoriales, aussi bien sur le volet naturel et culturel que touristique et économique, s’avère une nécessité. Afin de constituer un socle de connaissances indispensable à leur mise en place, une étude d’inventaire des communes riveraines de l’estuaire est donc lancée en 2009. Cette étude s’appuie sur un programme et des objectifs qui traduisent une mise en perspective globale du patrimoine. La grande qualité des paysages et l’intérêt porté aux questions environnementales sont notamment une forte incitation à prendre en compte les structures paysagères dans le cadre de l’enquête historique et topographique.

Nous vous proposons de suivre à travers ce blog l’avancée du programme de recherches sur l’estuaire de la Gironde.

Ce que révèlent les visites pastorales sous l’Ancien Régime

jeudi 6 juin 2013

Extrait de la Carte des environs de Blaye et des deux cotes de la Gironde, 1716 (Service historique de la Défense, Vincennes, 1 V H 363).
Plan de la maison, chapelle, et enclos de Notre-Dame-de-Montuzet (AN Paris, N/III/Gironde/3/2).
Extrait de la visite pastorale à Notre-Dame de Montuzet, le 1er juin 1664 (AD33 G 639).
Monument à la Vierge de Montuzet. (c) Région Aquitaine, Inventaire général, Adrienne Barroche, 2012.

Afin d’approfondir la connaissance sur l’état des édifices de cultes au cours de l’Ancien Régime, nous consultons régulièrement les procès-verbaux des visites pastorales.


Il s’agit de registres réunissant procès-verbaux et ordonnances faisant suite aux visites, conservés principalement dans la série G des Archives départementales. Ces documents furent rédigés lors des visites régulières de l’évêque ou de l’archevêque dans les paroisses girondines. Le cardinal François de Sourdis (1574-1628) les avait organisées en application des décrets de la VIe session du Concile de Trente (1547). Il s’agissait notamment de rendre compte de l’état des églises et de leur mobilier. Cette méthode fut renforcée à partir de 1731 par l’archevêque François-Honoré de Maniban. L’enquête se déroulait alors selon un questionnaire détaillé qui s’inspirait des directives du pape Benoît XIII (1724-1730). Le questionnaire comprenait trois parties, concernant les lieux, les personnes et le séminaire(1).

Ces documents constituent, pour notre enquête d’Inventaire, une mine de renseignements non seulement sur la vie religieuse, mais aussi sur la démographie, les coutumes, les fêtes, la moralité, etc. Ils fournissent également des données précieuses sur l’état des bâtiments et de leur mobilier ainsi que sur les éventuelles préconisations de travaux.

Ces visites nous éclairent ainsi sur l’état de la chapelle de pèlerinage Notre-Dame de Montuzet à Plassac. Même si sa fondation par Charlemagne relève sans doute de la légende, la dévotion à Notre-Dame de Montuzet est ancienne et le sanctuaire fréquenté dès le XIIIe siècle. Au XIVe siècle, une église est attestée à Montuzet dans la paroisse de Plassac ; s’y installe la confrérie des lazaristes. Devenue trop nombreuse, celle-ci transfère son siège à Bordeaux en l’église Puy-Paulin, puis son essor entraîne son installation à Saint-Rémi et enfin à Saint-Michel. Une procession solennelle à la chapelle de Plassac est alors organisée chaque année.
Au XVe siècle, le roi Louis XI, grand dévôt à la Vierge et de passage à Bordeaux, institue que tous les habitants bordelais désirant entrer dans le service de la marine ou de la navigation intérieure, devront adhérer à cette confrérie. Le roi et ses successeurs viendront à Plassac honorer Notre-Dame de Montuzet.

Les documents établis lors des visites à Notre-Dame de Montuzet révèlent un édifice modeste en regard de l’importance du culte dont il fait l’objet. En comparant l’extrait de la visite du 1er juin 1664(2) avec les plans d’un projet de construction d'un logis datant du du XVIIIe siècle, conservés aux Archives nationales(3), on remarque que la chapelle, à l’ouest, comporte "une aile qui n’est ni voûtée, ni lambrissée [...], un beau jardin et un beau domaine". Effectivement, elle est accompagnée d’un enclos contenant un jardin, des vignes, des arbres ; à l’est, des bâtiments abritent une grange, un chai, un cuvier, une cuisine, un réfectoire, un vestibule et une salle.
On trouvait dans cette chapelle une "belle custode d’argent, un beau retable de bois de noyer, un tableau de Notre Dame", etc.

Le dépouillement des procès-verbaux de visites croisé avec l’analyse d’autres documents permet ainsi d’avoir une meilleure compréhension de cette chapelle aujourd’hui disparue.

CB

(1) R. Darricau, "Les formulaires des visites pastorales dans l’archidiocèse de Bordeaux (1600-1789)", in Bulletin de la Société des Bibliophiles de Guyenne, n° 88 (juillet-décembre 1968), Bordeaux : Impr. Taffard.
(2) Archives départementales de la Gironde, G 639. Voir la présentation du document sur GAEL (instrument de recherche et archives en ligne) : http://gael.gironde.fr/ead.html?id=FRAD033_IR_G&c=FRAD033_IR_G_de-3120&qid=sdx_q11
(3) Plan de la maison, chapelle, et enclos de Notre-Dame-de-Montuzet, état général des lieux et tracé du "logis neuf" projeté. Clôture, vignes, jardin. encre, couleurs, papier, par s.n., s.d. [AN Paris, N/III/Gironde/3/2]

Des poulaillers dans les vignes ?

jeudi 16 mai 2013

Illustration publiée dans l'ouvrage de Joigneaux en 1865 (Bnf, Gallica).
Illustration publiée dans l'ouvrage de Bertall en 1878 (Bnf, Gallica).
Poulailler dans les vignes de Pontet-Canet à Pauillac (photo C. Steimer).
Poulailler : vue d'ensemble (photo C. Steimer).
Détail des pierres en saillie servant de perchoirs (photo C. Steimer).
Vue intérieure : pierre occultant la baie supérieure (photo C. Steimer).
Vue intérieure : niches (photo C. Steimer).

A Pauillac, quelques cabanes de vigne présentent une forme originale, dont la fonction peut paraître énigmatique. A la lecture de la littérature viticole de la 2e moitié du XIXe siècle, il semble bien qu’elles servaient de poulailler. Alors que les volailles étaient redoutées et tenues à l’écart à l’approche des vendanges, elles pouvaient néanmoins se révéler fort utiles pour préserver la vigne.


En 1865 dans l’ouvrage intitulé Le livre de la ferme et des maisons de campagnes, sous la direction de M. P. Joigneaux, un chapitre est consacré aux vignes du Médoc. On y évoque les insectes qui nuisent à la vigne, notamment les escargots et les chenilles qui mangent les bourgeons. La main-d’œuvre féminine était donc sollicitée pour ramasser ces mollusques mais les poules, dindes, canards, plus efficaces, lui étaient préférés : "Tous ces insectes n’ont pas de plus redoutables ennemis que nos oiseaux de basse-cour". Des volières portatives étaient alors placées dans les vignes du 1er mars au 15 juin pour "débarrasser [les] vignes de tous les insectes nuisibles que notre œil ne distinguerait pas, qui lasseraient notre patience, qui tromperaient notre sagacité, et qui sont sans ruses vis-à-vis de nos volatiles".
En 1878, dans sa présentation du château d’Issan à Cantenac, Bertall(1) ne manque pas de souligner l’intérêt des "petites maisons portatives destinées aux poulets chargés de faire, à la suite des charrues qui ouvrent les sillons au milieu des vignes, la chasse aux insectes et aux vers destructeurs".
Les illustrations accompagnant ces commentaires et la description de ces constructions temporaires en planches ne correspondent pas aux cabanes en pierres de taille ou en moellons de calcaire que nous avons repérées dans les vignes de Pauillac. Toutefois, les aménagements qu’on y observe semblent convenir à des volatiles : à l’extérieur, l’une des façades latérales est dotée de trois ou quatre pierres en saillie, disposées régulièrement en escalier, qui devaient constituer des perchoirs. La pierre supérieure sert d’appui à une petite baie par laquelle les poules rentraient dans la cabane. On note dans la partie inférieure du mur un orifice qui pouvait permettre l’évacuation des eaux usées lors du nettoyage de la cabane.
A l’intérieur, on retrouve la baie supérieure en partie occultée par une pierre ménageant deux passages latéraux. Ce dispositif évitait peut-être les courants d’air à l’intérieur de la cabane, où des niches favorisaient le repos les poules.
Ces cabanes se distinguent également des abris des ouvriers viticoles fréquemment rencontrés dans les vignes par l’absence de cheminée. Aujourd’hui, elles ont perdu leur vocation d’origine même si le retour des volailles dans les vignes comme "désherbant écologique" semble d’actualité !

La poursuite de l’étude du territoire nous amènera peut-être à trouver d’autres exemples de ce type de cabanes. En attendant, nous sommes donc à la recherche de témoignages qui viendraient conforter notre hypothèse…

CS

(1) Bertall, Charles-Albert d'Arnould (connu sous le nom de). La Vigne, voyage autour des vins de France, étude physiologique, anecdotique, historique, humoristique et même scientifique. Paris : E. Plon, 1878.