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La recherche au jour le jour - Blog de l'estuaire

Le Département de la Gironde et la Région Aquitaine considèrent le patrimoine estuarien comme un élément essentiel de leur identité et attachent un intérêt majeur à sa valorisation. Sa prise en compte dans les politiques territoriales, aussi bien sur le volet naturel et culturel que touristique et économique, s’avère une nécessité. Afin de constituer un socle de connaissances indispensable à leur mise en place, une étude d’inventaire des communes riveraines de l’estuaire est donc lancée en 2009. Cette étude s’appuie sur un programme et des objectifs qui traduisent une mise en perspective globale du patrimoine. La grande qualité des paysages et l’intérêt porté aux questions environnementales sont notamment une forte incitation à prendre en compte les structures paysagères dans le cadre de l’enquête historique et topographique.

Nous vous proposons de suivre à travers ce blog l’avancée du programme de recherches sur l’estuaire de la Gironde.

Dans le port de Saint-Estèphe

mercredi 31 août 2016

Carte de Belleyme, indiquant le port de la Chapelle, 2e moitié 18e siècle.
Plan joint à la pétition des habitants de Saint-Estèphe pour le rétablissement du peyrat du port, 16 juin 1838 (AD Gironde SP 2904).
Carte postale, début XXe siècle (Collection particulière).
Peyrat (photo A. Beschi, 2008).
Chenal à marée basse (photo C. Steimer, 2013).
Chenal et ancienne cale inclinée (photo C. Steimer, 2013).

En contrebas du village de Saint-Estèphe, le long de l’estuaire, l’ancien port de la commune, dit de La Chapelle, conserve un bel exemplaire de "peyrat", ces cales saillantes et empierrées, construites en grand nombre sur les rives de l’estuaire facilitant le débarquement des marchandises, en particulier à marée basse. Il complétait le chenal de refuge qui offrait aux embarcations un havre à l’abri des vents et des courants violents.


Un texte de 1765 indique que le peyrat de Saint-Estèphe est en cours de construction (1) : il doit faciliter le commerce maritime et le chargement des produits locaux (vin, blés, bois). Toutefois, l’entrepreneur des travaux est retenu sur le chantier du peyrat de Macau et Saint-Estèphe doit attendre…

L’abbé Baurein vers 1784-1786 mentionne le port, où "on embarque en tout temps les denrées, au moyen du chenal, dans lequel les barques entrent pour les recevoir". Dès cette époque, une foire s’y déroule le lendemain de la Fête de la Nativité de la Vierge, c’est-à-dire le 9 septembre (2).
Le peyrat, qui a finalement été réalisé, est en mauvais état en 1817, et l’on craint pour la fréquentation et le bon déroulement de la foire. Les barriques de vin sont chargées dans les bateaux depuis la cale du chenal mais les marins  n’y ont pas accès à marée basse. Dans les années 1830, la réfection du peyrat est donc réclamée à cor et à cri. Ces doléances semblent avoir été entendues : un plan daté de 1838 représente l’"emplacement de l’ancien peyrat que les habitants de la commune de Saint-Estèphe se proposent de reconstruire" (3).

Il faut ensuite lutter tout au long du XIXe siècle contre les avaries liées au tempêtes et contre l’envasement du chenal, que les eaux "chassées" par l’écluse ne suffisent pas à enrayer. Dans les années 1870, des travaux d’amélioration du port visent à aménager des cales de part et d’autre de ce chenal, dont on aperçoit encore aujourd’hui les vestiges sous la végétation envahissante (4).

Les cartes postales du début du XXe siècle siècle témoignent de la présence de bateaux amarrés dans le chenal. De nos jours, seules quelques petites embarcations s’y réfugient et la plupart des navires passent au loin dans l’estuaire sans faire escale.

  • Claire Steimer

(1)    AD Gironde, C370, lettre du 20 septembre 1765.
(2)    Abbé Baurein, Variétés bordelaises, tome 1, 1784-1786.
(3)    AD Gironde, SP 2904.
(4)   Les registres de délibérations de la commune ont fourni ces quelques informations concernant le port de Saint-Estèphe.

A consulter : le billet du 17 décembre 2013 sur le vocabulaire du patrimoine de l'eau.

Gravé dans la pierre

vendredi 29 juillet 2016

Maison en pierre de taille, dite Moulin de Banlieue (photo C. Steimer, 2016).
Détail de la signature de l'entrepreneur Bernard (photo C. Steimer, 2016).
Puits d'aération de carrière au hameau de La Croix (photo C. Steimer, 2016).
Baies aux angles arrondis attribuées à l'architecte Louis-Michel Garros (photo C. Steimer, 2015).
Détail de frontons quasi identiques avec dates portées (photo C. Steimer, 2015).
Plan du cuvier du domaine de Barbe par l'architecte Ernest Minvielle, 1892 (AM Bordeaux Métropole, 150 S 225).

Alors que le repérage de la commune de Bourg extra muros s’achève, la renommée de la ville liée à l’extraction de la pierre ne se dément pas. Labyrinthe de carrières, succession de puits d’aération et multitude de constructions en pierre de taille révèlent la richesse du sous-sol. Le soin apporté à la mise en œuvre des façades témoigne du savoir-faire des architectes, des maîtres-maçons et entrepreneurs.


En 1874, la Statistique générale du Département de la Gironde publiée par Edouard Féret mentionne à Bourg plusieurs "carriers et marchands de pierre : Cousteau, Hue, Jeanneau, Mallard et une foule de petits industriels moins importants". Quant aux entrepreneurs de bâtisses, sont cités Barateau, Lamiotte, Trigand et Bonneau.

Plus tard, dans les années 1920, l’entrepreneur J. Bernard inscrit son nom sur quelques façades ; mais la plupart de ces artisans restent anonymes. Plus fréquemment ce sont les initiales entrelacées des propriétaires ou la date de la construction que l’on retrouve sur l’agrafe de la porte d’entrée.

L’utilisation récurrente de certains motifs semble toutefois attribuer des constructions à un même architecte ou à un même maître-maçon : frontons, encadrements de portes et de fenêtres, décor de gouttes, angles des baies arrondis... Ces derniers se retrouvent notamment dans plusieurs propriétés viticoles et pourraient correspondre au travail de l’architecte bordelais Louis-Michel Garros. Aucun document ne garantit toutefois cette attribution. En revanche, on sait que l’architecte Ernest Minvielle est l’auteur du cuvier construit en 1892 pour M. Etienne dans son domaine de Barbe (au lieu-dit la Grande Métairie). Les plans conservés aux Archives de Bordeaux Métropole correspondent parfaitement aux bâtiments encore conservés aujourd’hui.

Les recherches complémentaires dans les archives de la commune et aux Archives départementales permettront peut-être de connaître un peu mieux les hommes qui se cachent derrière ces façades de pierre.

  • Claire Steimer

 

 

Pour en savoir plus sur la pierre de Bourg : consulter l'exposition virtuelle proposée par le Pôle de la Mémoire Locale du Bourgeais.