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La recherche au jour le jour - Blog de l'estuaire

Le Département de la Gironde et la Région Aquitaine considèrent le patrimoine estuarien comme un élément essentiel de leur identité et attachent un intérêt majeur à sa valorisation. Sa prise en compte dans les politiques territoriales, aussi bien sur le volet naturel et culturel que touristique et économique, s’avère une nécessité. Afin de constituer un socle de connaissances indispensable à leur mise en place, une étude d’inventaire des communes riveraines de l’estuaire est donc lancée en 2009. Cette étude s’appuie sur un programme et des objectifs qui traduisent une mise en perspective globale du patrimoine. La grande qualité des paysages et l’intérêt porté aux questions environnementales sont notamment une forte incitation à prendre en compte les structures paysagères dans le cadre de l’enquête historique et topographique.

Nous vous proposons de suivre à travers ce blog l’avancée du programme de recherches sur l’estuaire de la Gironde.

Gravé dans la pierre

vendredi 29 juillet 2016

Maison en pierre de taille, dite Moulin de Banlieue (photo C. Steimer, 2016).
Détail de la signature de l'entrepreneur Bernard (photo C. Steimer, 2016).
Puits d'aération de carrière au hameau de La Croix (photo C. Steimer, 2016).
Baies aux angles arrondis attribuées à l'architecte Louis-Michel Garros (photo C. Steimer, 2015).
Détail de frontons quasi identiques avec dates portées (photo C. Steimer, 2015).
Plan du cuvier du domaine de Barbe par l'architecte Ernest Minvielle, 1892 (AM Bordeaux Métropole, 150 S 225).

Alors que le repérage de la commune de Bourg extra muros s’achève, la renommée de la ville liée à l’extraction de la pierre ne se dément pas. Labyrinthe de carrières, succession de puits d’aération et multitude de constructions en pierre de taille révèlent la richesse du sous-sol. Le soin apporté à la mise en œuvre des façades témoigne du savoir-faire des architectes, des maîtres-maçons et entrepreneurs.


En 1874, la Statistique générale du Département de la Gironde publiée par Edouard Féret mentionne à Bourg plusieurs "carriers et marchands de pierre : Cousteau, Hue, Jeanneau, Mallard et une foule de petits industriels moins importants". Quant aux entrepreneurs de bâtisses, sont cités Barateau, Lamiotte, Trigand et Bonneau.

Plus tard, dans les années 1920, l’entrepreneur J. Bernard inscrit son nom sur quelques façades ; mais la plupart de ces artisans restent anonymes. Plus fréquemment ce sont les initiales entrelacées des propriétaires ou la date de la construction que l’on retrouve sur l’agrafe de la porte d’entrée.

L’utilisation récurrente de certains motifs semble toutefois attribuer des constructions à un même architecte ou à un même maître-maçon : frontons, encadrements de portes et de fenêtres, décor de gouttes, angles des baies arrondis... Ces derniers se retrouvent notamment dans plusieurs propriétés viticoles et pourraient correspondre au travail de l’architecte bordelais Louis-Michel Garros. Aucun document ne garantit toutefois cette attribution. En revanche, on sait que l’architecte Ernest Minvielle est l’auteur du cuvier construit en 1892 pour M. Etienne dans son domaine de Barbe (au lieu-dit la Grande Métairie). Les plans conservés aux Archives de Bordeaux Métropole correspondent parfaitement aux bâtiments encore conservés aujourd’hui.

Les recherches complémentaires dans les archives de la commune et aux Archives départementales permettront peut-être de connaître un peu mieux les hommes qui se cachent derrière ces façades de pierre.

  • Claire Steimer

 

 

Pour en savoir plus sur la pierre de Bourg : consulter l'exposition virtuelle proposée par le Pôle de la Mémoire Locale du Bourgeais.

Regards croisés sur les îles de l’estuaire : mémoire orale, mémoire de pierre

jeudi 30 juin 2016

Le village Sans Pain restauré, vu depuis la digue. (c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général, A. Beschi, 2016.
L'entrée du chai avec le calicot de présentation de la manifestation. (c) Olivier Souilhé, association NousAutres.
La projection dans le chai. (c) Olivier Souilhé, association NousAutres.

Les nombreux témoignages bâtis des « villages » insulaires, de même que la mémoire orale transmise par les anciens habitants, constituent un riche patrimoine à préserver et à transmettre. C’est à une découverte de ces héritages que le public est convié cet été sur l’île Nouvelle, par une restitution des enquêtes d’Inventaire architectural et de collecte de mémoire orale.


L’ouverture et la mise en tourisme de l’île Nouvelle, après plusieurs années d’aménagements et de travaux réalisés sous l’égide du Département de la Gironde, gestionnaire de l’île, donne lieu cet été à une programmation culturelle et à diverses animations proposées au public. Ces manifestations sont l’occasion d’une découverte du riche patrimoine naturel, paysager, architectural et archivistique de l’île mise en valeur par le Département ; elles ouvrent, plus largement, une fenêtre sur les patrimoines de l’ensemble de l’archipel de Gironde. Le travail d’inventaire mené depuis plusieurs années dans les communes riveraines de l’estuaire, en partenariat entre le Département et la Région, trouve naturellement sa place dans cette programmation. C’est aussi, au sein du village de l’île Sans Pain maintenant réhabilité, le temps privilégié pour restituer le travail de collecte de mémoire orale réalisé ces dernières années par l’association NousAutres auprès des anciens habitants, les « ilouts ».

Après une première après-midi en juin, dédiée au patrimoine bâti, proposée par Caroline Bordes, chargée d’étude pour l’inventaire du patrimoine de l’estuaire, une restitution croisée des résultats de ces enquêtes a été présentée au public le dimanche 3 juillet par David de Souza et Olivier Souilhé de l’association NousAutres, et Alain Beschi, conservateur du patrimoine à la Région. Les thèmes abordés traitaient de l’environnement insulaire, des domaines agricoles et viticoles « modèles » du XIXe siècle, de l’organisation sociale des villages et, enfin, de la vie quotidienne. Les témoignages enregistrés en vidéo et projetés dans l’ancien chai, illustrant chacun des thèmes, étaient mis en regard des sources issues des archives confrontées avec les témoignages architecturaux.

De ce dialogue fécond entre plusieurs mémoires naît un récit de l’histoire de ces terres accouchées de l’estuaire et élevées au rang d’îles par le labeur de plusieurs générations « d’îlouts ».

  • Alain Beschi

 

Voir le programme complet des manifestations estivales sur l'île Nouvelle proposées par le Département.