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La recherche au jour le jour - Blog de l'estuaire

Le Département de la Gironde et la Région Aquitaine considèrent le patrimoine estuarien comme un élément essentiel de leur identité et attachent un intérêt majeur à sa valorisation. Sa prise en compte dans les politiques territoriales, aussi bien sur le volet naturel et culturel que touristique et économique, s’avère une nécessité. Afin de constituer un socle de connaissances indispensable à leur mise en place, une étude d’inventaire des communes riveraines de l’estuaire est donc lancée en 2009. Cette étude s’appuie sur un programme et des objectifs qui traduisent une mise en perspective globale du patrimoine. La grande qualité des paysages et l’intérêt porté aux questions environnementales sont notamment une forte incitation à prendre en compte les structures paysagères dans le cadre de l’enquête historique et topographique.

Nous vous proposons de suivre à travers ce blog l’avancée du programme de recherches sur l’estuaire de la Gironde.

Regards croisés sur les îles de l’estuaire : mémoire orale, mémoire de pierre

mardi 5 juillet 2016

Le village Sans Pain restauré, vu depuis la digue. (c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général, A. Beschi, 2016.
L'entrée du chai avec le calicot de présentation de la manifestation. (c) Olivier Souilhé, association NousAutres.
La projection dans le chai. (c) Olivier Souilhé, association NousAutres.

Les nombreux témoignages bâtis des « villages » insulaires, de même que la mémoire orale transmise par les anciens habitants, constituent un riche patrimoine à préserver et à transmettre. C’est à une découverte de ces héritages que le public est convié cet été sur l’île Nouvelle, par une restitution des enquêtes d’Inventaire architectural et de collecte de mémoire orale.


L’ouverture et la mise en tourisme de l’île Nouvelle, après plusieurs années d’aménagements et de travaux réalisés sous l’égide du Département de la Gironde, gestionnaire de l’île, donne lieu cet été à une programmation culturelle et à diverses animations proposées au public. Ces manifestations sont l’occasion d’une découverte du riche patrimoine naturel, paysager, architectural et archivistique de l’île mise en valeur par le Département ; elles ouvrent, plus largement, une fenêtre sur les patrimoines de l’ensemble de l’archipel de Gironde. Le travail d’inventaire mené depuis plusieurs années dans les communes riveraines de l’estuaire, en partenariat entre le Département et la Région, trouve naturellement sa place dans cette programmation. C’est aussi, au sein du village de l’île Sans Pain maintenant réhabilité, le temps privilégié pour restituer le travail de collecte de mémoire orale réalisé ces dernières années par l’association NousAutres auprès des anciens habitants, les « ilouts ».

Après une première après-midi en juin, dédiée au patrimoine bâti, proposée par Caroline Bordes, chargée d’étude pour l’inventaire du patrimoine de l’estuaire, une restitution croisée des résultats de ces enquêtes a été présentée au public le dimanche 3 juillet par David de Souza et Olivier Souilhé de l’association NousAutres, et Alain Beschi, conservateur du patrimoine à la Région. Les thèmes abordés traitaient de l’environnement insulaire, des domaines agricoles et viticoles « modèles » du XIXe siècle, de l’organisation sociale des villages et, enfin, de la vie quotidienne. Les témoignages enregistrés en vidéo et projetés dans l’ancien chai, illustrant chacun des thèmes, étaient mis en regard des sources issues des archives confrontées avec les témoignages architecturaux.

De ce dialogue fécond entre plusieurs mémoires naît un récit de l’histoire de ces terres accouchées de l’estuaire et élevées au rang d’îles par le labeur de plusieurs générations « d’îlouts ».

  • Alain Beschi

 

Voir le programme complet des manifestations estivales sur l'île Nouvelle proposées par le Département.

Le Nid médocain à Cantenac : du préventorium à la vigne

mercredi 25 mai 2016

Les bâtiments en 2010 (photo C. Bordes).
Carte postale : le Nid Médocain (collection particulière).
Carte postale : le Nid Médocain (collection particulière).
Campagne de prévention initiée par la fondation Rockefeller (collection particulière).

La lutte contre la tuberculose est une des préoccupations majeures du début du XXe siècle. Des grands centres de soins aux petites structures départementales, comme celle de Cantenac, la France part en guerre contre la maladie, jusqu’à son éradication complète dans les années 1970.


À la fin de la Première Guerre mondiale, la tuberculose emporte encore 150 000 personnes par an. En 1919, la loi Honnorat promeut un équipement préventif sur l’ensemble du territoire national. La création de sanatoriums, préventoriums, aériums et autres dispensaires est rendue possible par le consortium financier conjuguant État, départements et fonds américains. D’ailleurs, la "Mission américaine de préservation contre la tuberculose" - ou Fondation Rockefeller - s’installe en France dès 1917 et diffuse de nombreuses campagnes préventives utilisant l’humour. Dans les départements, des relais sont assurés par des personnalités de la médecine comme le professeur Xavier Arnozan à Bordeaux, adjoint au maire et délégué à l’hygiène publique.

En Gironde, les établissements phares sont ceux des bords de côte. Le sanatorium d’Armengaud à Arcachon, la fondation Wallerstein à Arès et l’aérium du Moutchic sur les rives de l’étang de Lacanau accueillent des centaines de patients. Le département en compte 22 de ce type en 1941.

Le bon air souffle également dans les vignes puisque l’aérium ou préventorium "de plaine" de Cantenac est créé en 1923. Il est baptisé "le nid médocain", sorte de pouponnière moderne pour enfants de 1 à 5 ans issus de parents tuberculeux. Les locaux choisis sont ceux que le cardinal bordelais Ferdinand Donnet avait fait construire entre 1862 et 1877 à l’entrée du village d’Issan, en lieu et place de parcelles de vignes. Ils étaient composés d’une maison d’habitation à trois travées, d’une petite chapelle et de bâtiments de dépendance, destinés dès cette époque sans doute à l'accueil d'enfants. La modestie des bâtiments permit toutefois d'y installer 60 lits (dont 10 de lazaret) et de prendre des bains d’air.

La gestion revient à la Fédération girondine des œuvres antituberculeuses sous l’autorité de la présidente du conseil d’administration Laure Lawton, née Lalande, propriétaire du château voisin de Cantenac-Brown.

Après la guerre, la découverte d’antibiotiques efficaces neutralise progressivement la maladie et, avec elle, les bâtiments de soin. Le "nid médocain" est converti en maison dédiée à l'enfance, transférée en 2004 à Blanquefort. Inoccupés, les bâtiments sont démolis en 2011. Quant au terrain, situé sur de belles graves en appellation Margaux, il est rapidement planté en vignes, retrouvant  dès lors sa vocation viticole d’autrefois.

  • Florian Grollimund

A consulter :

-Fédération Girondine des oeuvres antituberculeuses, reconnue d´utilité publique par décret du 5 janvier 1921. Préfecture de la Gironde. Le Nid Médocain. Cantenac-Margaux. Impr. Delmas, Chapon, Gounouilhou, 1925.

-Site internet : http://www.le-temps-des-instituteurs.fr/doc-la-tuberculose.html