Publié le 23 février 2016 dans Vallée de la Vézère

Une vallée industrielle et commerçante : l'exemple du Lardin-Saint-Lazare, épisode 3

Une vallée industrielle et commerçante : l'exemple du Lardin-Saint-Lazare, épisode 3

Dans nos précédents billets (des 13 février et 13 mai 2015), nous avions évoqué les prémisses de l'industrialisation de la commune du Lardin-Saint-Lazare à travers l'action de Cyprien Brard et l'exploitation des mines de houille. Les difficultés liées aux faibles débouchés de la production obligent Brard à envisager une utilisation in situ du charbon de terre extrait de ses puits. Ce billet présente ainsi le second temps de cette histoire industrielle méconnue : celui de la verrerie du Lardin.

 

La verrerie...

Dès 1788, en même temps que la concession minière, le sieur Chapt de Rastignac obtient du Conseil d'Etat le droit d'établir une verrerie au Lardin. Selon toute vraisemblance, son objectif était d'alimenter les fours de cette verrerie avec la houille extraite des mines alors concédées, hypothèse d'autant plus vraisemblable que des sablières susceptibles de fournir du sable vitrifiable de bonne qualité avoisinaient le site. La Révolution fit avorter ce premier projet.


Plus tard, on l'a vu, ne parvenant pas à écouler son charbon de façon rentable, Cyprien Brard décide de l'utiliser sur place. Il fonde dès 1825 une nouvelle société : la Compagnie des mines de plomb de Chabrignac (en Corrèze) et de la verrerie du Lardin, et engage l'année suivante la construction de la verrerie entre la route royale et la Vézère, à proximité immédiate des puits de mine.


La verrerie ne fonctionnera véritablement qu'à partir de 1833, après le retour de Brard. Dans un premier temps, elle aura obligation d'utiliser dans ses fours uniquement de la houille produite au Lardin. Alors qu'il rencontre de nombreux problèmes financiers, Cyprien Brard se détourne de l'industrie pour se consacrer à l'étude départementale commandée par le préfet Romieu. Peu après sa mort en 1838, la cité ouvrière prend le nom de Brardville en hommage à l'industriel.


La verrerie connait le même sort que la mine, c'est-à-dire une série de rachats, notamment en 1851 par la société Renard et Compagnie, à la tête de laquelle vont s'illustrer les frères Delas.
L'arrivée du rail en 1860 permet à l'activité de se maintenir jusqu'à la veille de la Première Guerre mondiale. Dans ses meilleures années, autour de 1890, la verrerie va employer jusqu'à 120 personnes et produire près de 30 000 bouteilles par jour. Une partie de la production est acheminée vers Bordeaux où la société possédait un entrepôt sur le quai des Chartrons.


Après le conflit mondial, la verrerie périclite et est achetée par la société Progil, puis ferme définitivement en 1930.

 

...et ce qu'il en reste

Les principaux bâtiments s'organisaient symétriquement autour d'une cour rectangulaire, l'entrée se faisant au centre, au sud, depuis la route royale (l'actuelle D 6089) : deux corps de logis d'ouvriers à l'ouest et à l'est - antérieures à la construction de la verrerie car visibles sur le cadastre de 1825 - que domine l'atelier de fabrication, au nord, vaste bâtiment surélevé et bordé par une terrasse de circulation accessible par deux escaliers droits monumentaux parallèles situés de chaque côté.
De plan rectangulaire, orienté est-ouest et couvert en tuile mécanique, l'atelier de fabrication se compose encore à l'intérieur de deux halles à bas-côtés, divisées chacune en trois travées. Celles-ci sont séparées par des murs de refend transversaux percés d'arcs en plein-cintre clavés en pierre de taille. Les arcs des travées de la halle orientale ont été murés lors d'aménagements ultérieurs, tandis qu'une partie des planchers de l'étage et le lanterneau (visible sur les cartes postales anciennes) ont disparu.


Les halles reposent sur une série de six caves contigües couvertes d'une voûte en berceau plein-cintre. Elles abritaient les fours à houille, qui étaient reliés entre eux par un système de conduits d'évacuation des fumées vers les deux grandes cheminées du site. Seule subsiste la cheminée située au nord-ouest de la halle.


Si les logements conservent aujourd'hui leur affectation, le bâtiment industriel, faute d'entretien, tombe en ruine.

(à suivre...)

 

Vincent MARABOUT

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