Publié le 17 mars 2015 dans Vallée de la Vézère

L'organisation de l'habitat : état des lieux dans la haute vallée de la Vézère

Dans un territoire où l'essentiel de l'habitat est dispersé, comment et dans quel contexte socio-économique la polarisation de l'espace autour de l'église et du château a-t-elle amorcée le processus de concentration de populations, transformant ainsi le paysage bâti ?

En trois billets successifs, trois communes, chacune représentative d'un phénomène particulier de regroupement de l'habitat, vont retenir notre attention : La Bachellerie et son activité commerciale, Montignac et le phénomène d'incastellamento, enfin Les Farges et sa situation topographique.

 Du Cern à La Bachellerie

L'ancienne paroisse du Cern, du nom du ruisseau qui la traversait, apparaît dans les textes au milieu du XIIe siècle. Dès le Moyen Âge, un bourg s'était formé autour de l'église. Mais, fréquemment inondé, le site est finalement délaissé pour une petite éminence voisine et "saine" où existait déjà un hameau nommé La Bachellerie, bientôt doté d'une chapelle. C'est du moins ce que suggère la lecture topographique des lieux. Or nos recherches en archives révèlent que la volonté de translation est le fait d'une puissante famille locale, les Chapt de Rastignac. Dès 1538, Jean Chapt, seigneur du Poget et de Rastignac, obtient de François Ier la création d'une foire et d'un marché tous les lundis au "village de La Bachellerie qui est le lieu le plus commode de la dite paroisse [du Cern]", notamment - les lettres patentes royales le précisent - par sa plus grande proximité des voies de circulation commerciales [1].

Qu'on ne s'y trompe pas, la volonté des Chapt de Rastignac n'était certainement pas de faire oeuvre philanthropique : ce faisant, ils plaçaient le nouveau village au plus près de leurs domaines seigneuriaux (Le Poget et Rastignac) et pouvaient ainsi prélever des rentes seigneuriales sur les habitants et des taxes sur les marchandises échangées.

Dès lors, la famille de Rastignac n'a de cesse d'attirer de nouveaux habitants à La Bachellerie, participant ainsi activement à la création d'un noyau d'habitat aggloméré autour d'un lieu de culte jusqu'alors secondaire - une chapelle seigneuriale des Chapt de Rastignac ? Cette translation, accompagnée d'un transfert de populations, a donc entraîné une transformation du paysage bâti, ainsi qu'un autre transfert : celui d'un lieu de pouvoir ecclésiastique vers un lieu de pouvoir féodal et seigneurial (fig. 2).

L'attrait de La Bachellerie, encouragé par le rétablissement d'un marché hebdomadaire et la création d'une foire annuelle en 1638 par Louis XIII [2] (fig. 3), a finalement permis le développement d'un bourg assez important, qui comptait plus de 1 000 habitants à la fin du XVIIIe siècle. La fondation d'une église paroissiale à La Bachellerie, là encore par la volonté d'un des membres de la famille Chapt de Rastignac, qui en assurait le patronage, ne fait qu'entériner un état de fait : le nouveau chef-lieu de la paroisse n'était plus le Cern. De fait, la première église paroissiale a cessé de servir au culte au XVIIIe siècle ; un acte de 1746 précise bien l'abandon de l'édifice [3]. Vingt ans plus tard, la carte de Belleyme n'indique plus l'église. En revanche, un bâtiment associé au toponyme "l'église" figure encore sur le cadastre ancien de 1825 (fig. 1). L'environnement de l'église paroissiale d'origine a aujourd'hui bien changé : on y a aménagé un rond-point à quelques mètres de l'échangeur autoroutier de l'A89, et plus rien ne rappelle l'ancien lieu de culte (fig. 5).

 

 Line Becker


[1] Catalogue des actes de François Ier.

[2] Archives départementales de la Dordogne, 2 E 1852/17.

[3] Archives départementales de la Dordogne, 3 E 3468.

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