Publié le 29 juin 2015 dans Vallée de la Vézère

L'organisation de l'habitat : état des lieux dans la haute vallée de la Vézère (suite)

Avant de préciser en quoi a consisté ce phénomène à Montignac, il faut savoir qu'un groupement d'habitations s'était formé près d'un point bas (peut-être un gué) de la Vézère situé à 1,5 km à l'est du bourg actuel. C'est là, à quelques mètres seulement du bord de la rivière, à la confluence du cours d'eau, la Laurence, que fut établie une première église paroissiale sous le vocable de Saint-Pierre-ès-Liens, fondée probablement entre le Ve et le VIIe siècle (fig. 1).

Le processus d'incastellamento (terme emprunté à l'italien) fut mis au jour par l'historien Pierre Toubert en 1973, dans une étude sur des villages ruraux du Latium entre le XIe et le XIIe siècle, et étudié par Benoît Cursente pour la Gascogne médiévale. Il s'agit de fortifier des habitats groupés au moyen d'une enceinte et d'un château, le plus souvent situé en hauteur. Lié à une réorganisation seigneuriale des territoires, le processus d'incastellamento est généralement à l'origine de déplacements de populations. Attesté en Aquitaine dès la fin du XIe siècle, il donna naissance à de nombreux bourgs castraux dans la province : les castelnaux.

A Montignac, au site d'origine, sans doute choisi pour sa facilité de franchissement de la Vézère, mais exposé car découvert de tout côté, on a ensuite préféré celui de l'éperon rocheux situé plus à l'ouest, pour établir un château autour de l'an Mil. Au pied de ce site défensif surélevé s'est établi un nouveau centre de peuplement, à l'origine de la ville actuelle de Montignac. Le bourg castral développé en contrebas du château était fermé par une enceinte à l'est, au sud, en bordure de la Vézère, et à l'ouest. Au nord, le château assurait la protection du site. Trois portes défendaient l'entrée de la ville, chacune appartenant à une famille de "milites castri" : la porte de Féletz à l'est, la porte du seigneur de Sauveboeuf au sud et la porte de l'Arnauldie à l'ouest (fig. 2).

La création du château et du bourg castral a engendré la fondation entre l'an Mil et le XIIe siècle de deux nouveaux édifices cultuels : l'un de nature priorale, Saint-Thomas, l'autre d'origine seigneuriale, Sainte-Marie - aussi appelée église du Plô -, située au coeur du bourg. Provenant de la dernière vague de fondation des églises de Montignac, cette dernière était d'un rang secondaire puisque assujettie à l'église paroissiale Saint-Pierre, son ressort territorial étant limité à l'intérieur des murs de la cité.

L'église Sainte-Marie fut probablement rebâtie dans le courant du XIVe siècle, comme l'atteste le seul vestige encore en place, le portail occidental aujourd'hui isolé (fig. 3). Un sondage archéologique réalisé en 2013 par le Service régional de l'Archéologie prouve que la construction du chevet de l'édifice a entraîné la destruction d'une portion du rempart de l'enceinte du bourg castral.

De toutes ces réalisations anciennes, il ne reste aujourd'hui que bien peu de chose. Le mur d'enceinte et son fossé ont disparu en grande partie à la fin du XVIIIe siècle. Du château de Montignac, on peut encore voir une haute tour carrée, la base talutée du mur d'enceinte, une porte en arc brisé, ainsi qu'une imposante tour à canons du XVIe siècle (fig. 4). L'église actuelle, bâtie a novo à la fin du XIXe siècle, se trouve à l'emplacement de l'église gothique détruite.

A Montignac, l'attrait de la protection du château et de la nouvelle église Sainte-Marie a favorisé le transfert de la population au détriment de la paroisse matrice restée dès lors isolée. La modification du paysage bâti s'est faite sur une période très longue : ce n'est qu'au XVIIIe siècle que Saint-Pierre perd son statut d'église paroissiale. A partir de 1766, elle sert de carrière de pierre pour la construction du pont de Montignac et, deux ans plus tard, elle est dite ruinée sur la carte de Belleyme (fig. 5). De Saint-Pierre ne restent aujourd'hui qu'un toponyme et une croix marquant l'emplacement du sanctuaire (fig. 6).

 

Line Becker

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