Publié le 04 mars 2014 dans Vallée de la Vézère

Les dessous d’une carte : la ville de Montignac au milieu du XVIIIe siècle

Tel fut le cas lorsque nous avons découvert une carte ancienne représentant la ville de Montignac-sur-Vézère (parfois aujourd'hui appelée Montignac-Lascaux). Mal classée, isolée (aucun document ne lui est attaché) et portant pour seul titre « pland de la ville, et environs de Montiniac le Conte » précédant une légende placée en bas à gauche, celle-ci avait été prise pour une carte de Martignac, dans la commune de Puy-l’Évêque (Lot), petit bourg situé à plus de 80 km de là. Au moment de sa découverte, nous ignorions donc tout des circonstances de son élaboration : dans quel but elle avait été dressée et à quelle époque. Dans cette enquête passionnante, chaque détail compte, à commencer par ceux que révèle l’analyse matérielle du document.

Dessinée à la plume et à l’encre à main levée, rehaussée au lavis de couleurs rouge, verte et jaune sur papier fort de grand format (450 x 590 mm) à une échelle de 300 toises, la carte représente, comme l’indique son titre, la ville de Montignac et ses environs : le bourg et ses faubourgs traversés par la Vézère (légendée « Vézaire »), avec l’emplacement du château, des églises, des couvents, des rues et des moulins, ainsi que des manoirs et petits châteaux isolés dans la campagne environnante (le Planchat, le Bigord, Bord). Les reliefs sont indiqués par des traits parallèles et par des annotations (« montagne de Regourdou » et « montagne de Fondvedelle »), de même que les ruisseaux (« revenou ruisseaux », appelé Doiran aujourd’hui).

L’échelle, en toises, et la titulature de la ville, qualifiée de « le Comte » (la ville était le siège d’un comté depuis le début du XVIIe siècle), placent l’élaboration de ce document entre le début du XVIIe siècle et la Révolution française, plus précisément après 1603 et avant l’abolition des privilèges et l’adoption du système métrique. Deux indications, dans le plan de la ville, permettent de réduire cette fourchette chronologique. D’une part, la présence de nouvelles routes, plus larges que les anciens chemins (également indiqués), dont le tracé contourne en partie la ville et son réseau de rues étroites hérité de l’époque médiévale, et vient jusqu’aux berges de la Vézère en prévision de la construction d’un nouveau pont – il est commencé en 1728, mais le chantier est interrompu puis repris et achevé entre 1768 et 1777. D’autre part, la présence à l’intérieur de la ville du couvent des Clarisses, dont les sœurs quittent définitivement Montignac pour s'établir à Sarlat en 1758. Ces éléments datent la réalisation de cette carte entre 1728 et 1758.

Reste à retrouver la raison de son élaboration, ce que nous verrons dans le prochain billet. À suivre...

  • Xavier Pagazani

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