Publié le 04 novembre 2014 dans Vallée de la Vézère

Le dessous d’une carte : la ville de Montignac au milieu du XVIIIe siècle (suite et fin)

Les raisons de l’élaboration de ce plan ne sont pas clairement indiquées, mais elles le sont implicitement par plusieurs indications que délivre la légende.

Des lettres ou des groupes de lettres correspondent en effet à des lieux ou à des éléments structurant le site : "O : jardin et maison des dames de S.te Claire [les soeurs Clarisses, qui quittent Montignac en 1758]", " R : Ensien chateaux", etc. Si ces indications sont importantes pour comprendre la configuration générale de la ville, d'autres notations apportent des renseignements appréciables sur les chemins "ensiens" et les nouveaux. Et c'est là, semble-t-il, le sujet essentiel du plan : un chemin nouveau, de Montignac à Sarlat, plus large et rectiligne que les anciens, contourne désormais la ville par le sud, prenant sa naissance à l'ouest sur la berge de la Vézère, en prévision du nouveau pont qui ne sera réalisé qu'entre 1768 et 1777. Comme souvent et en toute logique, les accès à un ouvrage d'art sont créés antérieurement ou en concomitance avec la construction de celui-ci.

D'autres informations importantes sont à relever : ce nouveau tronçon de route, qui traverse l'ancien faubourg dit du "chef du pont" sur la rive gauche de la Vézère, se poursuit à l'est en passant par le jardin du couvent des Cordeliers avant d'obliquer plus au sud, sans reprendre le tracé ancien. L'explication de ce nouveau tracé est indiquée dans la légende : "cy la partie B à Z n'est pas suivis [l'ancien chemin], c'est en raison du reflu[x] de la rivière qui, dans les graves débordemant[s], l'eaux monte [...] souvent à la [h]auteur de 6 pieds [environ 1,95 m] et plus dans les grands débordemand[s]." Les indications précises du plan concernant le nouveau chemin et ce développement qui argumente le nouvel itinéraire suggèrent que la carte a été réalisée à seule fin d'exposer le choix du tracé et les contraintes imposées sur celui-ci par les crues de la Vézère.

D'évidence, ce document doit être mis en regard avec la correspondance entretenue par les ministres Orry (1689-1747) et Trudaine (1703-1769), les intendants de Guyenne Boucher (mort en 1743) et Tourny (1695-1760) et plusieurs seigneurs locaux (le marquis d'Hautefort, le baron de Ségonzac), qui ont contribué à la création de la nouvelle route de Périgueux à Sarlat, via Montignac[1] et, en particulier, à la construction du pont de cette ville[2]. L'importance de ces nouveaux aménagements transparaît clairement dans leurs échanges : la nouvelle route et le pont de Montignac offrent un trajet plus direct pour le commerce, court-circuitant ainsi le long chemin passant par Terrasson.

Le plan découvert aux archives de la Gironde pose un jalon important qui manquait à l’histoire de Montignac. L’étude documentaire et du bâti croisée avec l’analyse de ce plan nous donne ainsi à voir les mutations d’une petite ville du Périgord au XVIIIe siècle : l’ouverture de la cité vers l’extérieur par la destruction des remparts médiévaux qui l’enfermaient jusqu’alors s’est accompagnée de la construction de nombre de maisons et d’hôtels particuliers en belle pierre de taille, ouverts par de grandes fenêtres cintrées à balconnet ou balcon en fer forgé sur trompe en pierre et couverts de toits à brisis d’ardoise. Résolument, Montignac, qui connaît un nouvel essor à la suite des grands travaux d’aménagement initiés par les Intendants de Guyenne, tente de se mettre – à son échelle et dans la mesure de ses moyens – au diapason de la métropole aquitaine, Bordeaux.

 

 Xavier Pagazani

[1] AD Gironde. C 1836. Lettres de l’Intendant de Bordeaux Tourny avec les subdélégués à propos du tracé de la route royale de Périgueux à Sarlat, 1754-1763.

[2] AD Gironde. C 1842. Correspondance de Boucher et Tourny avec les ministres Orry, de Trudaine et les subdélégués à propos du pont de Montignac, 1742-1747.

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