Publié le 15 avril 2015 dans Vallée de la Vézère

L'analyse des charpentes, un apport nouveau dans les études d'inventaire

Dans le cadre des études d'inventaire, notre préoccupation est de comprendre l'histoire d'un édifice : de savoir à quel moment il fut construit, par qui, pour quelle destination, avec quels matériaux et avec quelle mise en oeuvre. Les réponses apportées à ces questions, multipliées par le nombre des bâtiments étudiés sur l'aire d'étude, nous permettent de retracer l'histoire de ce territoire et de mieux en comprendre l'évolution jusqu'à nos jours.

L'analyse des textes anciens (quand ils existent), croisée avec l'examen des caractères stylistiques (décor des portes, fenêtres et cheminées notamment), constitue la méthode habituellement employée pour dater un édifice. Mais, faute de documents ou de date gravée - ce qui concerne la grande majorité des cas -, il est bien rare que l'on puisse connaître le moment de la construction : notre méthode n'offre qu'une date approximative.

La datation précise d'un édifice permet souvent de connaître son commanditaire, mais aussi d'offrir un "marqueur" chronologique : tous les autres édifices pour lesquels nous n'avons pas la date de construction, mais qui présentent des similitudes constructives, peuvent alors être calés sur cette référence. C'est dire l'importance d'une datation exacte : on obtient un jalon pour la forme des baies, les techniques de construction employées, le type de charpente et d'assemblage mis en oeuvre, etc., pour peu que l'analyse archéologique du bâti nous assure de l'homogénéité de l'ensemble de l'édifice.

La dendrochronologie, discipline qui a vu le jour dans les années 1930, offre aujourd'hui une méthode de datation fiable et précieuse.

La dendrochronologie

Cette méthode scientifique se fonde sur l'étude des séries de largeurs de cernes. Les arbres génèrent chaque année, à la périphérie de leur tronc, un anneau de croissance appelé cerne annuel. L'influence des facteurs climatiques se traduit par une épaisseur plus ou moins importante de ce cerne. Il en résulte que des séquences de cernes assez similaires peuvent être observées sur les séries de tous les arbres d'une même essence poussant sous un même climat et constituent de la sorte des repères chronologiques.

La dendrochronologie consiste à établir des chronologies de référence. La suite des mesures faite sur les cernes d'une pièce de bois est une séquence dendrochronologique individuelle. Les séquences individuelles d'arbres contemporains sont rassemblées par des calculs en une seule séquence synthétique appelée moyenne. Quand une moyenne rassemble suffisamment de bois, elle devient une référence. Les séquences de bois à dater sont alors comparées à la chronologie de référence.

Pour le dendrochronologue, la première étape consiste à faire des prélèvements (un carottage réalisé avec une perceuse à mèche creuse, appelée tarière) sur des pièces susceptibles d'offrir le plus grand nombre possible de cernes, du coeur de l'arbre (la moelle) jusqu'à son épiderme (l'aubier et le cambium) ou, mieux, son derme, l'écorce. La seconde consiste à analyser ces prélèvements, en mesurant la largeur de chaque cerne (au 1/100 de mm près), en constituant la séquence dendrochronologique individuelle pour chaque échantillon et en comparant celle-ci à la chronologie de référence. Dans le meilleur des cas, le spécialiste obtient la date d'abattage de l'arbre à l'année, voire à la saison près.

Les premières analyses, les premiers résultats

Dans le cadre de notre opération d'inventaire de la vallée de la Vézère, nous avons réalisé depuis 2012 plusieurs campagnes d'analyses dendrochronologiques sur des maisons de la ville de Montignac et sur deux châteaux à Saint-Léon-sur-Vézère, La Salle et Clérans. Les résultats obtenus par la dendrochronologue Christelle Bélingard (Geolab - UMR 6042 de l'université de Limoges) viennent de nous parvenir. Dans plusieurs billets à venir, nous développerons chacun des sites étudiés et nous verrons précisément ce qu'apportent les analyses dendrochronologiques à leur connaissance.

Xavier Pagazani

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