Publié le 22 décembre 2014 dans Vallée de la Vézère

Du dessous d’une carte à la réalité du terrain

Alors que nous pensions vous parler des dernières avancées de l'opération, une actualité nous incite à revenir sur un sujet déjà largement abordé dans les billets précédents.

En effet, le premier billet de notre blog, qui concernait un plan retrouvé de la ville de Montignac au milieu du XVIIIe siècle, a tout particulièrement attiré l'attention de notre collègue du service régional de l'archéologie (SRA) d'Aquitaine, Hervé Gaillard[1], sur le fort potentiel archéologique du segment de l’avenue de Lascaux à son intersection avec la rue du Quatre-Septembre.

A cet endroit, hors les murs de la cité mais à proximité immédiate du faubourg dit du "Chef du Pont" (selon l'appellation médiévale), le plan ancien figure assez précisément un couvent de Cordeliers (Franciscains ou Frères mineurs). Fondé en 1236 et richement doté dans la seconde moitié de ce siècle par les puissants châtelains de Montignac et par des seigneurs locaux[2], il comprenait une vaste église de plan rectangulaire, plus grande que les autres de la ville (Sainte-Marie, Saint-Pierre et Saint-Jean), aux murs raidis par des contreforts. A ce sanctuaire étaient adossés deux autres bâtiments qui formaient avec lui un plan en U autour de ce qui devait être un petit cloître.

Devenu Bien national et démantelé à la Révolution, le couvent fut remplacé par une école communale, incendiée peut-être dans les années 1930. Ce qui restait des anciens bâtiments conventuels fut finalement mis à bas par le percement d'une voie (l'avenue actuelle) menant au site de Lascaux, qui consacra la découverte de la désormais célèbre grotte préhistorique.

 A l'appui de ce document, le service régional de l'archéologie a programmé un sondage d'une portée limitée au milieu de l'avenue le 20 novembre dernier. Et les découvertes ne se sont pas fait attendre. Dès 50 cm de profondeur, les sépultures d'un cimetière de l'époque moderne (XVIIe et XVIIIe siècles) sont mises au jour. Plus profondément encore et plus au sud de la tranchée, la présence de deux grands fours à chaux (peut-être, vue leur importance, liés à la construction du couvent). Et, enfin, en limite sud de la tranchée, trois sépultures dont une avec une dalle de coffrage, selon un type d'inhumation fréquent en Périgord entre les Xe et XIIe siècles - et qui, par conséquent, est peut-être antérieure à l'établissement des Franciscains à Montignac au XIIIe siècle.

Une prescription d'une fouille d'archéologie préventive vient d'être arrêtée par le Préfet de la région Aquitaine pour permettre à une équipe d'archéologues de poursuivre les investigations. Elles devraient faire connaître l'emprise exacte des aménagements conventuels et de l'environnement bâti jusqu'à la berge de la Vézère.

D'évidence, le passé de la ville de Montignac, qu'il soit dévoilé par une archéologie "de papier" ou une archéologie "de terrain", ne cesse de révéler sa richesse.

 

Xavier Pagazani

 

[1] Nous le remercions de nous avoir communiqué son rapport de sondage.

[2] Plusieurs seigneurs de Losse y sont inhumés dès le XIVe siècle et encore à la fin du siècle suivant (BnF, Ms. fr., coll. Duchesne 58, folio 58).

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