Publié le 04 avril 2018 dans Patrimoine du secteur Aéronautique-Spatial-Défense

Un concentré d'histoire aéronautique à Pau

Patrimoine industriel, scientifique et technique

Dans le cadre de l’opération d’inventaire du patrimoine industriel du secteur Aéronautique-Spatial-Défense, nous avons fait étape dans la plaine du Pont-Long au nord de Pau où, depuis plus de 100 ans, des activités aéronautiques se sont développées.

L'étoffe des pionniers

Tout commence grâce aux frères Wright, pionniers de l’aviation. Wilbur (1867-1912) et Orville (1871-1948) Wright, originaires de Dayton, dans l’Ohio, réalisent en effet un 1905 un premier vol motorisé contrôlé puis s’engagent dans une tournée de démonstration de leur appareil, notamment en France, d’abord au Mans en 1908, puis, au nord de Pau, sur la Lande marécageuse du Pont-Long, en 1909. En effet, depuis la fin du XIXe siècle, les passionnés de l’aérostation (vols en ballon) ont opté pour cette ville où le climat béarnais est jugé idéal, d’autant qu'elle offre un luxueux confort avec villas, casino et activités sportives diverses (golf, chasse en montagne, tennis...).

L’engouement est tel, à la suite du vol de 1909, qu’une école d’aviation est créée – la première au monde. Puis, tous les constructeurs d’aéroplanes français tels que Louis Blériot, Voisin, Morane-Saulnier ou encore Nieuport ouvrent à leur tour sur place une école, suivis par l’armée en 1916 qui forme jusqu’à 6000 aviateurs jusqu’en 1918.

Pendant l’entre-deux-guerres, l’aérodrome continue à fonctionner et un véritable aéroport est créé en 1948. La zone du Pont-Long reste cependant en sommeil concernant la production aéronautique, le relais étant pris par des entreprises qui s’implantent plus au sud, à Oloron en 1938 (Messier) et à Bordes en 1942 (Turbomeca). Ces usines, initialement parisiennes, suivent en effet un mouvement de décentralisation, incité à la fois par le Ministère de l’Air et par la nécessité d’éloigner du front des activités stratégiques à la veille du second conflit mondial.

Un nouvel élan dans les années 1980

De nouvelles implantations au Pont-Long ne voient le jour ensuite que bien plus tard, dans les années 1980, sur la commune de Serres-Castet, grâce à la municipalité qui met à disposition des terrains pour y développer une zone industrielle. C’est là que nous avons visité les usines de la Mécanique Aéronautique Pyrénéenne (MAP) et d’Exameca.

Philippe Jean-Baptiste, le vice-président du Conseil de surveillance de la MAP, et président de l’association Pau-Wright-Aviation, a ainsi à cœur de perpétuer le savoir-faire aéronautique local, au sein même de l’entreprise fondée par son père Jean-Louis en 1972. D’abord installée dans le quartier du Hameau à Pau, l’usine à l’étroit s’implante à Serres-Castet en 1981. Disposant d’abord de deux halles de production, la MAP s’étend dans les années 1990 et 2000, avec notamment un agrandissement dû au cabinet bordelais L’atelier d’architecture de Jean Eyquem.  Aujourd’hui 250 personnes y travaillent sur le site d'environ 12 000 m2. L’expertise de la MAP dans l’usinage des formes complexes, la tôlerie fine, la chaudronnerie, fait de cette entreprise familiale un sous-traitant incontournable pour Airbus ou Dassault.

Autre exemple, à un kilomètre de là, d’une entreprise également familiale, Exameca, qui, depuis 2011, a choisi de s’adosser à un groupe plus important, AD Industrie. Créée par Raymond Monedi en 1966 avenue Larribau à Pau, l’entreprise se rapproche de Turbomeca et devient l’un de ses fournisseurs. En 1986, M. Monedi la transmet à Jean-Claude Ganza (PDG de 1986 à 2011) et, comme pour la MAP quelques années auparavant, l’expansion de l’usine passe par son déménagement en 1991 à Serres-Castet, situation d’autant plus stratégique grâce à la proximité de l’aéroport facilitant les relations avec les clients.

Le directeur actuel de l’usine, Serge de Maria, nous a raconté le développement de l'établissement, depuis le premier bâtiment jusqu’aux cinq unités de production actuelles (contrôle, montage, chaudronnerie, tôlerie, usinage), faisant passer le nombre d’employés de 50 à 400 en 30 ans.

La philosophie de l’entreprise qui a permis ce développement tient en une volonté constante de diversifier les produits et les clients tout en offrant à des donneurs d’ordres des sous-ensembles ou « modules » de plus en plus complets dans le domaine de la mécano-soudure. L’entrée dans le groupe AD a renforcé la tendance, le siège se chargeant des fonctions transversales, les usines se spécialisant soit dans la conception et la mise au point des phases d'industrialisation, soit dans la production en série.

Ainsi, au Pont-Long, on retrouve quelques-unes des grandes étapes qui jalonnent l’histoire industrielle aéronautique régionale. Les premières années sont marquées par l’effervescence autour des pionniers, stimulés par le premier conflit mondial.  Puis, si la zone reste à l’écart des décentralisations de l’entre-deux-guerres, elle se développe à nouveau grâce aux installations d’entreprises sous-traitantes issues des années 1960-1970 nécessitées par les grands groupes implantés précédemment (Messier, Turbomeca). Enfin, l’exemple d’Exameca illustre la production dite «  modulaire » qui s’est imposée dans l’aéronautique depuis le début des années 2000, transformant au passage les relations inter-entreprises afin que les équipementiers tels qu'AD soient aptes à livrer des modules de plus en plus complets.

  • Laetitia Maison-Soulard

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