Publié le 29 mai 2019 dans Patrimoine du secteur Aéronautique-Spatial-Défense

Blériot, de la Manche aux bords de la Garonne

Patrimoine aéronautique, Patrimoine industriel, scientifique et technique

Pionnier de l'aéronautique en France, Louis Blériot (1872-1936) fonde la Société Blériot Aéronautique en région parisienne en 1909 et la même année, le 25 juillet, il est le premier aviateur à traverser la Manche. Il dispose alors des fonds nécessaires pour implanter une première école d'aviation dans notre région, à Pau, où toute une communauté de sportifs fortunés s'essaie au pilotage d'aéroplanes.
Avec la première guerre mondiale, alors que l'école paloise est militarisée, Blériot envisage une décentralisation à Bordeaux afin de s'éloigner du front allemand. Blériot souhaite acquérir le domaine du château de Tartifume à Bègles. Mais les démarches trainent et l’achat du site convoité n’intervient qu’en 1920. Le projet prévoit la construction de trois ateliers : un pour l’approvisionnement, un pour la menuiserie et un autre pour le contre-plaqué. Mais s’agit-il d’y réaliser des avions (qui sont alors majoritairement construit en bois) ou de convertir l’installation à une autre production ? Dans son ouvrage, le petit-fils de l’avionneur écrit que les locaux sont loués en 1926 aux Établissements Voulton pour y fabriquer des panneaux de contreplaqué. En parallèle, un aérodrome est pourtant aménagé sur le site en 1924.
La construction aéronautique (re)démarre véritablement, en 1934, lorsque le site passe dans les mains d’un regroupement astucieusement créé pour concentrer les intérêts de différents constructeurs. Cette Union Corporative Aéronautique (UCA) est en effet le résultat de la fusion des usines Farman, des Ateliers du Nord de la France et de Blériot. Selon l'historien Jean Dumas, cette fusion pourrait avoir été stimulée par le maire de Bordeaux d'alors, Adrien Marquet (1884-1955, maire de 1925 à 1944), qui, en tant que ministre du Travail de février à novembre 1934, cherche à dynamiser l'activité économique locale. Les premiers avions, des biplaces de transport sanitaire Guillemin JG 42, sortent en avril 1936, quelques mois avant le décès du pionnier Blériot. L’indépendance des ateliers béglais est de courte durée. Le site est effet nationalisé au sein de la Société nationale de Construction Aéronautique du Sud-Ouest (SNCASO) dirigée par une autre figure de l’aéronautique, Marcel Bloch, futur Dassault. Pendant l'occupation, le site béglais de la SNCASO fabrique des éléments du fuselage central des avions allemands Focke-Wulf-189.
Après la seconde Guerre Mondiale, les ateliers devenus vétustes sont progressivement abandonnés tandis que le Club Béglais d’aéronautique utilisant l’aérodrome reste en activité jusqu’en 1952.
Le site connaît un nouvel élan seulement au début du XXIe siècle grâce à une réhabilitation par l'agence d'architecture de Bernard Bühler. Ce projet s’est déroulé en deux phases. Une première phase a consisté à mettre à nu la structure acier des halles Blériot subsistantes, après dépose de l’enveloppe existante. Un sablage et une peinture antirouille ont permis de protéger la l’ossature destinée à rester apparente.

Aujourd'hui, il ne subsiste du site de production aéronautique de Tartifume que cette ossature métallique de deux halles accolées avec appenti. A l'intérieur, l'agence de Bernard Bühler a intégré deux nouveaux bâtiments, servant de centre de formation et d'espace polyvalent pour la commune.

 

  • Laetitia Maison-Soulard

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