Publié le 17 novembre 2016 dans Les communes riveraines de l’estuaire de la Gironde

Sur la corniche girondine : un ancien réservoir pétrolier

Patrimoine industriel, scientifique et technique

Établie à Bègles, la société des fabricants Alphonse Fenaille et M. Chatillon produisait depuis 1852 des huiles et graisses végétales à base de résine pour les voitures à cheval. A partir de 1857, ils s’associèrent à Charles Despeaux, inventeur de la première chaudière. Ils furent autorisés, par arrêté préfectoral, à pratiquer dans cette même ville la distillation du pétrole brut, importé en fût depuis la Russie et la Roumanie. En 1869, à la suite d’un grave incendie dans le port de Bordeaux qui détruisit un grand nombre de bateaux transportant du pétrole, il fut décidé que le stockage du pétrole serait désormais transféré en aval de Bordeaux (1).

La société, devenue Société Fenaille et Despeaux en 1874, implantée en Gironde et à Auvbervilliers, produisait alors plus d’un tiers de la consommation française. En 1878, la Saxoléine, une huile de pétrole destinée à l’éclairage, fut mise en vente et, en 1883, alors que Maurice Fenaille succédait à son père dans l’entreprise, deux autres lubrifiants ainsi que le Benzo-moteur (essence pour voitures et avions) furent commercialisés.

En 1889, la société projeta d’établir un dépôt d’essence et de Mazout de première classe sur les bords de l’estuaire à Gauriac ; l’autorisation fut accordée par le préfet le 1er avril 1890. Ce dépôt fut construit sur les parcelles 342, 343 et 349 bis de la section B du plan cadastral sur lesquelles se trouvaient quelques bâtiments : "L’établissement sera clos par un mur et le sol creusé en forme de cuvette afin de permettre l’isolement d’une capacité double des essences. (…) Le transvasement du pétrole se fera directement des vracs des navires dans le bassin métallique au moyen d’une pompe à refoulement et de tuyaux étanches débouchant dans le bassin" (2). D’après les plans (2), 5 cuves, des quais et des appontements furent construits, visibles sur des cartes postales de la première moitié du XXe siècle.

En 1921, la société Fenaille et Despeaux, nommée désormais La Pétroléenne, investit le port de La Roque de Thau pour y installer un autre dépôt : "Les pétroles et essence sont amenés de l’usine de Furt aux réservoirs au moyen d’une canalisation souterraine déjà établie pour le remplissage des wagons-citernes en gare de Villeneuve" (3).

L’activité de ces dépôts a perduré jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Seuls quelques vestiges sont conservés, notamment l'emprise au sol des anciens réservoirs. A Furt, l’imposante maison d’habitation du directeur est encore visible depuis la route. Et dans l’estuaire, émerge l’épave du pétrolier italien Le Frisco : venu se ravitailler, il n’est jamais reparti, coulé par les Allemands en août 1944.

  • Jennifer Riberolle

(1)    "L’aventure pétrolière en Aquitaine-Nord". Les cahiers de la Mémoire, n°9, 2007, page 137 à 142.
(2)    AD33, 5 M 399.
(3)    AD33, 5 M 543.

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