Publié le 11 décembre 2013 dans Les communes riveraines de l’estuaire de la Gironde

Saint-Genès-de-Blaye, la quête du patrimoine viticole

Territoire occupé dès l’Antiquité, comme en atteste la découverte au XIXe siècle des vestiges d’un important établissement au voisinage de l’église, Saint-Genès connut vraisemblablement une vocation viticole précoce, à l’instar d’autres villas des bords de Garonne décrites par le poète Ausone au IVe siècle. Cependant, la paroisse Saint-Genès, appelée de Ségonzac au Moyen Âge puis de Fours sous l’Ancien Régime, n’a pas bénéficié de la renommée des vignobles les plus prestigieux du Bordelais. Ainsi, le fameux répertoire des crus du département de la Gironde, le Cocks et Féret, dans sa première édition en 1850, ne cite pas la commune parmi les vins du Blayais.
Il n’en est plus de même dans l'édition de 1868 et surtout dans celle de 1874, où la commune est honorée de plusieurs crus « artisans et paysans », voire « bourgeois », dont les « châteaux » Lassalle et Pérenne. La valeur montante des vins de la rive droite, grâce aux efforts de rationalisation de la viticulture menés par quelques propriétaires fortunés, permet la rénovation, voire la reconstruction de ces domaines, tel le Château-Pérenne, propriété d’un certain Camille Arnaud, reconstruit dans les années 1860 par l’architecte bordelais Gustave Alaux, ou encore le château de Ségonzac, devenu un véritable « domaine modèle » en cinq ans à peine, par la volonté farouche de son propriétaire, Jean Dupuy(1). L’édition de 1898 du même Cocks et Féret confirme la tendance générale à l’essor des vignobles de Saint-Genès, sans doute favorisés par la proximité avec l’estuaire au moment de leur reconstitution, à l’issue de l’épisode phylloxérique. Pourtant, à l’image du château du Prieuré qui a, depuis, perdu toute vocation viticole, la commune a connu un déclassement dans l’Après-guerre, dont elle ne se releva véritablement qu’à la faveur du renouveau des vins du Blayais à la fin des années 1980.

À côté de cette viticulture de « châteaux », existait de longue date une viticulture paysanne. Les registres d’état civil d’Ancien régime regorgent, à chaque page, de mentions de modestes vignerons et de tonneliers, dont les traces matérielles, relevés lors du travail d’inventaire, révèlent, dans le bourg et les hameaux, un patrimoine fragile et en voie d’extinction.

  • Alain Beschi

(1) Voir : Beschi A., « L’invention d’un modèle : l’architecture des "chais" en Gironde au XIXe siècle », In Situ [En ligne], 21 | 2013, mis en ligne le 19 juillet 2013.

À relire : le billet "Saint-Genès-de-Blaye, les prolégomènes d'un inventaire", du 25 février 2013.

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