Publié le 16 juin 2011 dans Les communes riveraines de l’estuaire de la Gironde

Patrimoine en archipel

Patrimoine maritime et fluvial

L’émergence ou la disparition d’une île dans les flots de la Gironde n’est pas chose rare : ainsi, le banc de vase sableux, actuellement en formation au droit de Plassac, est-il, peut-être, l’amorce d’une nouvelle île, de même qu’au milieu du XVIIe siècle naquit l’îlot Pâté, bientôt amarre d’une tour à canon. Mais outre ce patrimoine emblématique de l’estuaire, bien des édifices subsistent sur les îles comme autant de témoins du travail et des modes de vie des « ilouts » d’hier et d’aujourd’hui.

Car si quasiment plus personne ne réside en permanence sur les îles, sauf sur l’île Margaux, il fut un temps pas si lointain, jusqu’aux années 1970, où de nombreuses familles vivaient auprès des quelques domaines qui y furent implantés au cours du XIXe siècle. Il est vrai que l’effort de colonisation agricole valait la peine tant les rendements étaient avantageux ; la crise du phylloxéra surtout, à la fin du XIXe siècle, favorisa le développement de la viticulture, chaque île formant un écrin de protection des vignobles préservés des maladies cryptogamiques – notamment par le recours à l’inondation hivernale des ceps de vigne.

Les îles ne restèrent pas, cependant, à l’écart du mouvement architectural, et se couvrirent, au cours des XIXe et XXe siècles, de tous les bâtiments indispensables à ces communautés ouvrières : à l’image du domaine de l’île Nouvelle – désormais propriété du Conservatoire du littoral et confié en gestion au Conseil général –, auprès de la maison du maître, les bâtiments d’exploitation, reconnaissables à leur volume, alternent avec les logements alignés au sein de villages agricoles comme autant de cellules autonomes ; les idées paternalistes, dans ce milieu clos, ne sont sans doute jamais totalement étrangères aux préoccupations des fondateurs de ces « phalanstères » agricoles. Il fallut pourtant attendre les premières décennies du XXe siècle pour que des écoles soient établies, comme sur l’île du Nord en 1929, pour apporter une instruction aux enfants qui devaient, jusque-là, traverser la Gironde pour suivre la classe.

Ce patrimoine, souvent en déshérence, parfois déjà amputé de beaux éléments, telle la maison de maître du domaine de l’île Verte, ou condamné par l’érosion inexorable des berges, tel le château Sourget sur l’île du Nord, en continuum avec le continent, forme la même trame patrimoniale qu’il nous faut aujourd’hui suturer du fil de l’inventaire.

AB

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