Publié le 19 mars 2013 dans Les communes riveraines de l’estuaire de la Gironde

L’ostréiculture : un patrimoine revisité

De Pauillac au Verdon, la production ostréicole a connu ses plus belles heures aux XIXe et XXe siècles. Bien que la collecte des huîtres ait existé dans l’estuaire depuis l’Antiquité, c’est vers 1868 qu’elle se développe avec l’arrivée de l’huître portugaise ou creuse. Lors d’une tempête, le navire "Le Morlaisien", transportant des cargaisons d’huîtres portugaises en provenance du Tage, aurait rejeté une partie des huîtres avariée au niveau du lieu-dit "La Fosse", situé entre Talais et Saint-Vivien-de-Médoc. Des gisements ont ainsi commencé à apparaître progressivement sur la rive gauche puis, à partir de 1875, du chenal de Goulée jusqu’à Soulac, les "crassats"1 ont été organisés en parcs et concessions. En 1883, la production atteint son apogée avec 62 millions d’huîtres. Un extrait des registres de délibérations de la commune de Talais de l’année 19222 note que "les bancs huîtriers (…) du Verdon à Richard constituent une véritable richesse locale et sont une source de revenus pour les populations du Bas-Médoc, qu'actuellement ils alimentent presque à eux seuls le commerce ostréicole de toute la région du Sud-Ouest, qu´il y a lieu de penser que d´ici quelques années leur importance deviendra encore plus considérable". Les cartes postales de cette époque confirment l’ampleur du phénomène, notamment l’effervescence qui régnait dans les ports.

A la fin des années 1960, un virus décime les huîtres portugaises, remplacées par les huîtres japonaises. Dans les années 1970, la création de la zone industrielle du Verdon et l’arrêt des activités de captage conduisent à l’envasement progressif des parcs. La production d’huîtres baisse alors considérablement jusqu’à ce que le cadmium, qui pollue les eaux estuariennes, entraîne l’arrêt définitif de l’activité ostréicole dans les années 1990 (circulaire du 12 janvier 1996 pour les communes du Bas-Médoc)4.

Or, aujourd’hui, à Talais, la relance de la production d’huîtres est au cœur des projets3. L’ancien parc au bord de l’estuaire, dont on aperçoit encore les traces des claires d’affinage et de quelques anciennes calupes5, et le port, plus en amont, composé de dizaines de baraques, constituent les vestiges d’un passé qui ne demande qu’à être revisité, à travers la sauvegarde d’un patrimoine immatériel et le développement de projets touristiques : ce patrimoine est ainsi mis à l’honneur au petit musée de l’huître sur le port, appelé aussi "Mémoire du port", et chaque année lors de la fête de l’huître. Des aménagements sont également à l’étude, comme le renforcement des berges, la rénovation des cabanes, des installations pour la pêche de loisir ainsi que des aires de jeux et de pique-nique.

La relance de l’activité ostréicole, si elle doit avoir lieu un jour à Talais, permettra-t-elle de s’approprier un patrimoine quasi-oublié et de redonner un nouveau souffle au territoire ?

  • Jennifer Riberolle

A consulter :
- Charles Daney, Huîtres, aloses, pibales, lamproies : saveurs d'estuaires ; suivi du Dictionnaire de l'huître et de l'ostréiculture, Pau : Éd. Cairn, 2004.
- Le site du conservatoire de l'estuaire.

(1) Banc de coquilles d’huîtres.
(2) Archives communales de Talais, Registre de délibérations 1881-1925, séance du 14 octobre 1922, pêche des huîtres.
(3) Une étude sur le potentiel ostréicole de la Pointe du Médoc est en cours.
(4) Voir documentation au musée de l'huître de Talais.
(5) Claire d’affinage : bassin en argile implanté dans les marais et les prés salés ; les huîtres y sont élevées et affinées. Calupe : nom local donné aux bateaux de pêche.

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