Publié le 08 mars 2013 dans Les communes riveraines de l’estuaire de la Gironde

Les bateaux de l’estuaire

Une simple observation du trafic actuel permet de mesurer la variété des embarcations et de leurs fonctions. Qu’ils soient destinés au transport de marchandises ou de passagers, à la pêche et aux loisirs, les bateaux parcourent l’estuaire reconnaissables à leurs formes bien identifiables : les bacs reliant les deux rives, l’un de Royan au Verdon et l’autre de Lamarque à Blaye, avec leur ronronnement quotidien, les crevettiers équipés de filets disposés comme des ailes de papillon, les barges transportant des pièces d’Airbus A380, les immenses paquebots de croisière mais aussi le "Pierre Lefort" ou "la Maqueline" qui entretiennent le chenal de navigation dans un incessant va-et-vient… et la liste est loin d’être exhaustive.

L’histoire de la navigation et du trafic sur l’estuaire est illustrée au gré de nos recherches par de fiers voiliers qui figurent, par exemple, sur cette carte de la navigation de la Gironde de 1692(1) ou par le bateau à vapeur en provenance de Bordeaux qui arrive dans le port de Blaye sur une carte postale du début du XXe siècle(2). La sous-série 3 S des Archives départementales de la Gironde, relative à la navigation intérieure ou la 8 M, comprenant différents relevés d’entrée et sortie de navires, apportent également des informations sur l’activité maritime.
Des témoignages précieux, comme ceux recueillis par Patrice Clarac dans son ouvrage Gens de mer, Gens de Rivière, montrent l’importance du trafic au début du XXe siècle, avant une nette diminution après la Seconde guerre mondiale. Un gabarrier raconte ainsi : "J’ai connu l’époque où les voiliers morutiers revenant de Terre-Neuve s’amarraient sur des coffres fixés à des corps-morts […]. Quel sport pour naviguer à la voile, avec des gabarres de soixante tonnes, entre ces voiliers s’étalant sur six à huit rangs ! Le port de Bordeaux était rempli de gros navires, de paquebots et de Cargo. Le "Maroc" de la Cie Transatlantique avait un ressac si important que le port autonome informait les riverains de ses mouvements par voie de presse. Il est même arrivé dans les années cinquante, qu’un chaland sablier remontant la rivière et n’ayant pas pu s’éloigner suffisamment fut submergé par les vagues de ressac en face de Saint-Christoly du Médoc" (3).

Depuis les rives, dans les marais ou dans les vignes, parfois même depuis la terrasse ou le salon d’un château, on ne peut s’empêcher d’admirer ces bateaux aux silhouettes tantôt massives, tantôt fragiles. De curieuses perspectives les font même, parfois, naviguer sur les vignes !

  • Caroline Bordes

(1) Carte des rivières de la Gironde et de la Dordogne depuis leurs embouchures jusqu'à Bordeaux et Libourne avec toutes les sondes, AD33 2 Fi 2068.
(2) AD33 4 Fi 0569.
(3) Patrice Clarac, Gens de mer, gens de rivière, Paris : L’Harmattan, 2003, p. 222.

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