Publié le 23 septembre 2014 dans Les communes riveraines de l’estuaire de la Gironde

La Salle, un domaine en Bas-Médoc : de la demeure XVIIIe siècle au cuvier médocain du début du XXe siècle

Le nom La Salle ne figure sur aucune carte du XVIIIe siècle (Masse, Carte de l’embouchure de la Garonne, Belleyme) ; il est en revanche indiqué sur le plan cadastral de 1833.
La demeure à étage présente une imposante façade côté sud, composée de 7 travées percées de fenêtres en arc segmentaire : le décor se concentre sur la porte, encadrée de pilastres cannelés à bossage un sur deux qui soutiennent un entablement à triglyphes et métopes surmonté d’une corniche.

A la Révolution, le domaine est vendu comme bien national ; la famille Bedel en devient alors propriétaire. Les éditions de l’ouvrage de Cocks dans la 2e moitié du XIXe siècle permettent de suivre la chute de la production du domaine - de 1850 à 1893, on passe de 70 tonneaux à 30 tonneaux – qui s’explique probablement par la crise du phylloxéra.

Toutefois, un regain semble avoir lieu à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. L’édition de 1893 indique que "le Château-Lassalle est situé sur un coteau élevé qui commande un domaine de 38 hectares répartis en vignes, jardins, terres labourables et prairies. Le vignoble, en un seul tenant, est en voie d’agrandissement". Ce commentaire est accompagné d'une illustration du château qui appartient depuis 1882 au neveu d’Antoine Bedel, M. Gillet. La représentation des façades n’est pas vraiment fidèle à la réalité, en revanche celle du muret et des portails à piliers qui entourent la propriété permet de restituer cet enclos aujourd’hui en partie dissimulé par la végétation.

Au début du XXe siècle, une certaine prospérité permet la construction de nouveaux bâtiments de vinification : un cuvier de type médocain et des chais sont édifiés en 1901. Le gros-œuvre est en moellons de calcaire enduit tandis que les encadrements de baies bénéficient d’un traitement particulier avec une alternance de brique et de pierre de taille. Les toitures débordantes sont ornées d’aisseliers en bois sculpté reposant sur de petits culots en pierre. Une table décorative sur la façade latérale du cuvier porte l’inscription "Domaine de Lassalle".
Ce cuvier médocain, encore équipé de son niveau de plancher qui permettait de charger la vendange à l’aide d’un treuil, constitue un exemple tardif de ce modèle apparu en Haut-Médoc dans la première moitié du XIXe siècle(1). La diffusion de ce type de construction en Bas-Médoc à la fin du XIXe et au début du XXe siècle en montre la permanence alors que la mécanisation des cuviers à cette époque rend cette construction déjà obsolète.

Les propriétaires actuels, descendants de la famille Gillet, ont conservé jusqu’à ce jour cet équipement qui constitue un témoignage précieux de l’activité viticole du château qui a cessé définitivement en 1977-1978.

  • Jennifer Riberolle

(1) Voir sur cette question l’article d’Alain Beschi, "L’invention d’un modèle : l’architecture des « chais » en Gironde au XIXe siècle", In Situ, 2013.

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