Publié le 30 avril 2015 dans Les communes riveraines de l’estuaire de la Gironde

La Chapelle : un site archéologique majeur du Bas-Médoc

Le site archéologique de La Chapelle est découvert en 2000 lors de travaux agricoles. Situé sur la partie la plus haute d’un ancien îlot de l’estuaire, à 950 mètres du rivage et en bordure de la route de Valeyrac, il est composé de 4 parcelles dont la principale couvre une superficie de 500 m2. La mise au jour du site suscite alors un grand engouement conduisant à l’achat du terrain par la commune, à la création d’une association communale pour sa préservation et à une première campagne de fouilles menée par l’Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP).

Cette campagne, en 2001, révèle dans un premier temps l’existence d’une chapelle médiévale dont les murs gouttereaux sont dégagés. D’autres fouilles menées dans les années suivantes sur la parcelle principale de l’îlot montrent l’histoire riche et complexe de ce site : l’occupation humaine y est attestée dès l’Antiquité et se prolonge jusqu’à l’époque moderne. Quatre phases ont pu être mises en évidence. Du Ier au IVe siècle après JC, le site est pourvu d’un temple de forme carrée, composé d’un pronaos, d’une cella et d’une galerie, converti, à partir du VIe siècle, en église chrétienne pourvue d’un espace funéraire conçu pour une riche famille de l’aristocratie mérovingienne. Des sarcophages et des sépultures en coffrage de bois ont ainsi été mis au jour. L’église, probablement détruite, a laissé place ensuite à un petit habitat dispersé, certainement entre les IXe et XIe siècles.

C’est probablement entre les XIIIe et XVe siècles qu’une chapelle est construite, entourée d’un cimetière, et mentionnée pour la première fois en 1609(1) : placée sous l’invocation de saint Siméon, elle constitue une annexe de l’église paroissiale Saint-Pierre-de-Dignac, dont le bénéfice est accordé à la congrégation des Feuillants de Bordeaux. Trois fêtes et messes y sont célébrées chaque année, à l’Ascension, à la Saint-Aubin et à la Saint-Siméon. Figurant sur les cartes du XVIIIe siècle, l’édifice est rattaché sur le même îlot au hameau de Goulée, composé de plusieurs unités d’habitations et d’un moulin. Sur les cartes de Masse (1708) et de Desmarais (1759), la chapelle est nommée Saint-Roch. D’après les données archéologiques, elle serait composée d’une nef unique terminée par une abside semi-circulaire à l’est et d’un porche de plan rectangulaire à l’ouest(2).
Selon les écrits de l’abbé Baurein en 1785, l’édifice est abandonné et en ruine(3). En effet, la chapelle est définitivement fermée en 1787(4) et détruite par la suite. À la lecture du plan cadastral de 1833, à la section B dite de Goulée, seul un îlot vide de toute construction, nommé « A la Chapelle », témoigne de l’emplacement du site archéologique.

La découverte de ce site apporte non seulement des précisions historiques sur la présence humaine dans le Bas-Médoc mais aussi des éléments sur l’évolution du paysage, et notamment de ces anciens îlots en bordure d’estuaire, cernés de zones marécageuses : c’est pourtant dans cet environnement hostile qu’une occupation humaine d’importance s’est maintenue pendant plusieurs siècles.

  • Jennifer Riberolle

À consulter : La Chapelle Saint-Siméon et La nécropole La Chapelle de Jau-Dignac-et-Loirac.

(1) AD 33. G 734, pièce n°5.
(2) CARTRON Isabelle et CASTEIX Dominique. « L’occupation funéraire d’une île en Médoc : La Chapelle Saint Siméon à Jau-Dignac-et-Loirac». Les Cahiers Médulliens, 2005, n° 44, p. 49.
(3) BAUREIN Abbé, MERAN Georges. Variétés bordeloises ou essai historique et critique sur la topographie ancienne et moderne du diocèse de Bordeaux. Bordeaux : Féret et fils, 1876, t. 1, 2e éd . , p. 254.
(4) CARTRON Isabelle et CASTEIX Dominique. Les Cahiers Médulliens, 2005, n° 44, p. 50.

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