Publié le 19 décembre 2016 dans Les communes riveraines de l’estuaire de la Gironde

La carrière des Cônes à la citadelle de Blaye

Génie civil, Architecture militaire

Les archives du Service maritime et de la navigation de la Gironde (1), conservées aux Archives départementales de la Gironde, renferment un dossier relatif à la carrière des Cônes, située au nord de la citadelle de Blaye. Il contient notamment une série de photographies prises en 1936 témoignant de l’exploitation de la pierre du bastion des Cônes, mettant en péril la conservation de la citadelle.

La carrière est créée peu de temps avant la Première Guerre mondiale. Les dommages liés au conflit nécessitent d’importantes ressources en pierre, notamment pour la réparation des routes. La direction du Génie militaire autorise cette exploitation par un détachement de soldats américains. Le conflit terminé, elle est confiée à l’administration des Ponts et Chaussées.

Elle se développe pour répondre aux besoins urgents de blocs de pierres dures de 2 à 5 tonnes pour les travaux de défense côtière de la Pointe de Grave, notamment pour la remise en état du brise-mer des Huttes au Verdon. L’administration du Service maritime des Ponts et Chaussées, dans une délibération d’octobre 1926, convient "d’envisager immédiatement l’extension de la zone d’attaque de la carrière et par la suite, l’affectation aux Travaux Publics, de terrains militaires supplémentaires à Blaye" (2). Le Stade Blayais cède ainsi au Service maritime une bande de terrain contigüe de 200 m x 30 m permettant l’agrandissement de la carrière.

La citadelle, n’ayant plus de fonction défensive, est alors convoitée pour fournir des pierres : elle est pourtant inscrite sur la liste supplémentaire des Monuments historiques depuis le 8 novembre 1925 et le 6 mars 1926. Dans les années 1930, le glacis de la demi-lune n° 19 est entamé. Le député Émile Gellie et le journaliste Paul Raboutet (3), conscients de la menace, mettent tout en œuvre pour sauver la fortification et obtenir la suspension immédiate de la démolition (4).

La citadelle est finalement classée au titre des Monuments historiques le 27 août 1937, même si l’exploitation de la carrière n’est véritablement suspendue qu’en mars 1938. L’utilisation de déchets de pierres se poursuit entre 1939 et 1940. Vers 1946, le Port Autonome de Bordeaux s’acquitte des travaux de remise en état de la demi-lune n° 19. Cette zone demeure aujourd’hui inaccessible au public pour des raisons de sécurité.

Cet épisode révèle un déplacement stratégique sur les bords de l’estuaire au début du XXe siècle : site défensif déclassé, la citadelle de Blaye n’est plus considérée, si ce n’est comme carrière pour renforcer un nouveau secteur prioritaire : la pointe de Grave au Verdon. Il ne s’agit plus de défense militaire mais de défense contre l’érosion, il ne s’agit plus de génie militaire mais de génie civil pour protéger les côtes des assauts de l’océan.

Le classement au titre des Monuments historiques a finalement sauvé la citadelle du démantèlement et a réaffirmé sa place incontournable dans l’histoire de l’estuaire.

  • Caroline Bordes

 

(1) Versement 2002/086 et 3 S SM : le fonds du Service maritime de la Gironde comprend les archives relatives à l’activité du port Autonome de Bordeaux. Le Service maritime, créé par décision ministérielle le 10 décembre 1864, gère les voies terrestres et s’occupe des travaux liés à la navigation, au balisage et aux ports du département. Les archives relatives au Port Autonome de Bordeaux s’étendent jusqu’après la Seconde Guerre mondiale. La loi du 12 juin 1920 relative à l’autonomie des ports maritimes de commerce et le décret du 13 novembre 1924 instituent le régime d’autonomie du port de Bordeaux. Dès lors, le port Autonome de Bordeaux comprend les ports de Bordeaux-Bassens, le Bec d’Ambès, Blaye, Pauillac et le Verdon. Il gère également les fleuves de la Garonne, de la Dordogne et de la Gironde.

(2) Délibération du 20 octobre 1926 relative à la carrière des Cônes. (AD 33, Fonds du Port autonome de Bordeaux, 2002/086 n°20).

(3) Voir à ce sujet la Société des Amis du Vieux Blaye.

(4)  Dossier relatif à l’arrêt des  travaux d’extension du périmètre concédé au P.A.B. pour l’exploitation de la carrière des Cônes à Blaye, 1936 (AD33, Fonds du Port autonome de Bordeaux, 2002/086 n°20).

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Dolorès Turgeon03-01-17 10:42
L'arrêt de l'extraction à la carrière de la citadelle de Blaye, concomitamment au classement au titre des Monuments historiques, a joué un rôle important dans l'histoire des protections de l'architecture militaire moderne en France.