Publié le 11 avril 2014 dans Les communes riveraines de l’estuaire de la Gironde

Etudier un plan ancien : de la description à l’analyse

Au premier abord, le dessin aquarellé en couleur, mesurant 74 cm sur 52, séduit par sa qualité esthétique. Le domaine y est représenté, délimité au nord par le village de Dignac, à l’est par le chemin de la Rivière, au sud par le chemin de Boursan et le bois de Moranbeau et à l’ouest par le chemin de Dignac à Lozac. Le titre du document, Plan de la Maison et Anvirons de Dignac appartenant à Monsieur de Bastrot, est inséré dans un cartouche rocaille surmonté des armes d’alliance des familles de Basterot et d’Augeard1. Une rose des vents donne l’orientation du plan tandis que l’échelle de 60 toises figure dans un encadré décoré de motifs végétaux.

Dans un second temps, on remarque le village de Dignac, composé de plusieurs bâtiments dont l’ancienne église paroissiale, qui fut détruite au début des années 1850. Implantée au carrefour de trois chemins, elle présentait un plan allongé, agrandi - semble-t-il - par un bas-côté au nord-est.
La représentation du château de Dignac est accompagnée d’inscriptions permettant d’identifier la fonction des différents espaces qui le composent. Ainsi, le "château" est un corps de logis rectangulaire donnant sur une "cour" avec un puits, complété à l’ouest par des bâtiments disposés en L et formant la "basse-cour". A l’arrière du château, d’autres constructions délimitent une seconde cour dite "de derrière". A l’est, un terrain constituait un "chennevier", parcelle semée de chanvre2, avec également des jardins organisés en parterres. Des arbres sont dessinés, alignés pour encadrer une allée ou bien formant un bosquet et même un bois dit de "Moranbeau" traversé d’allées. Un "colombier", aujourd’hui disparu, complétait l’ensemble. Aucune indication des terres plantées en vigne : d’après la carte de Belleyme, elles étaient situées au sud-ouest et à distance du village et du château.

Une mention importante fait toutefois défaut sur ce document : la date. Les armoiries apportent heureusement de précieux renseignements. Il s’agit des armes d’alliance des familles de Basterot et d’Augeard. L’abbé Baurein indique effectivement dans son ouvrage vers 1784 : "Il y a dans cette Paroisse une maison noble, qui appartenait à feu M. de Basterot, Conseiller au Parlement"3. Il fait allusion à Gabriel-Barthélemy de Basterot, seigneur de Dignac et Valeyrac, né en 1716 et décédé en 1778, qui épousa en 1747 Marie d’Augeard. Originaire de Suisse et présente dans le Bas-Médoc depuis le XVIe siècle, la famille Basterot acquit aux XVIIe et XVIIIe siècles de nombreuses terres à Saint-Estèphe, Bégadan, Saint-Vivien, Talais et Soulac4.

Le plan fut certainement dressé pour Gabriel-Barthélemy, entre le moment où il hérite du domaine après le décès de son père Barthélemy, en 1751, et sa propre mort en 1778, à l’époque la plus prospère du domaine, qui s’étendait alors sur une centaine d’hectares.

  • Jennifer Riberolle

(1) Armes de la famille de Basterot : "D'argent à l'arbre de sinople senestré d'un lion d'azur rampant contre le fût. Support : deux lions" ; armes de la famille D’Augeard : "D'azur à trois jars (oies mâles) au naturel". Voir De la Chesnaye des Bois, François-Alexandre Aubert. Dictionnaire de la Noblesse. Paris : La Veuve Duchesne, 1771, vol. II., p. 55 à 57 et http://www.euraldic.com
(2) Lachiver, Marcel. Dictionnaire du monde rural, Paris : Fayard, 2006, p. 342 : "Chènevière".
(3) Abbé Baurein. Variétés bordeloises ou essai historique et critique sur la topographie ancienne et moderne du diocèse de Bordeaux. Bordeaux : Labottière (frères), imprimeur libraires, 1784, vol. I, p. 255.
(4) Méric, Jean-Pierre. "Les Basterot : une famille de propriétaires fonciers en Médoc au XVIIIe siècle". Les Cahiers Médulliens, 2000, n° 33 ; Méric, Jean-Pierre. De Ségur à Phélan. Histoire d’un vignoble du Médoc. Bordeaux : Presses Univ. de Bordeaux, 2007.

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