Publié le 16 mai 2013 dans Les communes riveraines de l’estuaire de la Gironde

Des poulaillers dans les vignes ?

Architecture artisanale

En 1865 dans l’ouvrage intitulé Le livre de la ferme et des maisons de campagnes, sous la direction de M. P. Joigneaux, un chapitre est consacré aux vignes du Médoc. On y évoque les insectes qui nuisent à la vigne, notamment les escargots et les chenilles qui mangent les bourgeons. La main-d’œuvre féminine était donc sollicitée pour ramasser ces mollusques mais les poules, dindes, canards, plus efficaces, lui étaient préférés : "Tous ces insectes n’ont pas de plus redoutables ennemis que nos oiseaux de basse-cour". Des volières portatives étaient alors placées dans les vignes du 1er mars au 15 juin pour "débarrasser [les] vignes de tous les insectes nuisibles que notre œil ne distinguerait pas, qui lasseraient notre patience, qui tromperaient notre sagacité, et qui sont sans ruses vis-à-vis de nos volatiles".

En 1878, dans sa présentation du château d’Issan à Cantenac, Bertall(1) ne manque pas de souligner l’intérêt des "petites maisons portatives destinées aux poulets chargés de faire, à la suite des charrues qui ouvrent les sillons au milieu des vignes, la chasse aux insectes et aux vers destructeurs".
Les illustrations accompagnant ces commentaires et la description de ces constructions temporaires en planches ne correspondent pas aux cabanes en pierres de taille ou en moellons de calcaire que nous avons repérées dans les vignes de Pauillac. Toutefois, les aménagements qu’on y observe semblent convenir à des volatiles : à l’extérieur, l’une des façades latérales est dotée de trois ou quatre pierres en saillie, disposées régulièrement en escalier, qui devaient constituer des perchoirs. La pierre supérieure sert d’appui à une petite baie par laquelle les poules rentraient dans la cabane. On note dans la partie inférieure du mur un orifice qui pouvait permettre l’évacuation des eaux usées lors du nettoyage de la cabane.
A l’intérieur, on retrouve la baie supérieure en partie occultée par une pierre ménageant deux passages latéraux. Ce dispositif évitait peut-être les courants d’air à l’intérieur de la cabane, où des niches favorisaient le repos les poules.
Ces cabanes se distinguent également des abris des ouvriers viticoles fréquemment rencontrés dans les vignes par l’absence de cheminée. Aujourd’hui, elles ont perdu leur vocation d’origine même si le retour des volailles dans les vignes comme "désherbant écologique" semble d’actualité !

La poursuite de l’étude du territoire nous amènera peut-être à trouver d’autres exemples de ce type de cabanes. En attendant, nous sommes donc à la recherche de témoignages qui viendraient conforter notre hypothèse…

  • Claire Steimer

(1) Bertall, Charles-Albert d'Arnould (connu sous le nom de). La Vigne, voyage autour des vins de France, étude physiologique, anecdotique, historique, humoristique et même scientifique. Paris : E. Plon, 1878.

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