Publié le 13 mars 2014 dans Les communes riveraines de l’estuaire de la Gironde

De Viollet-le-Duc et de quelques édifices néo-gothiques en Blayais

À l’aube des commémorations du 2e centenaire de la naissance d’Eugène Viollet-le-Duc (1814-1879), l’œuvre du savant architecte en Aquitaine est mise cette année à l’honneur. Les châteaux de Roquetaillade en Gironde et d’Abbadia sur la Côte basque, seront notamment célébrés à l’occasion de publications et de divers événements(1).

Si Viollet-le-Duc n’a pas construit en propre en Blayais, il a cependant traversé ce territoire et marqué de son influence quelques architectes qui y ont œuvré. Une entrée de son monumental Dictionnaire raisonné de l’Architecture comporte, en effet, une mention d’un édifice religieux situé non loin de Blaye, à Saint-Ciers-sur-Gironde. C’est le portail occidental de l’ancienne église priorale qui retient toute son attention, et, plus précisément, l’existence de croix de consécrations (aujourd’hui disparues), décrites et reproduites dans son ouvrage(2). Viollet-le-Duc n’a pas effectué cette observation de visu car il signale, dans une note, que ces renseignements lui ont été communiqués par Gustave Alaux, architecte à Bordeaux.

Au milieu du XIXe siècle, Gustave Alaux (1816-1882), presque parfait contemporain de Viollet-le-Duc, est un architecte reconnu en Bordelais et l’un des principaux tenants du courant rationaliste néo-gothique. Il réalise, à cette époque, deux chantiers importants en Blayais : outre l’église de Saint-Ciers-sur-Gironde, dont il assure la restauration en 1854, il s’est engagé dans l’agrandissement du château de Lagrange, au nord de Blaye, pour le marquis de La Grange qui, bien que rallié à Napoléon III, ne nourrit pas moins une nostalgie de l’ordre ancien. Cette réalisation, achevée en 1856, constitue, pour Gustave Alaux, l’une de ses œuvres manifeste en matière de construction domestique, où le savoureux et foisonnant décor sculpté dialogue avec l’architecture gothique tardive. Le chantier aurait été visité par Viollet-le-Duc lors d’un passage à Bordeaux pour ses projets aquitains. Gustave Alaux construira, quelques années plus tard, un autre château en Blayais, celui de Pérenne à Saint-Genès-de-Blaye, œuvre plus « classique », même si des réminiscences médiévales se font encore sentir ici ou là. Mais c’est l’architecte blayais Aurélien Nadaud qui sera le véritable dépositaire de l’héritage néo-gothique diffusé par Alaux : avec deux constructions de façades à Blaye, dont celle de sa propre demeure rue Grosperrin, et surtout avec le château de Bellevue sur les hauteurs de Plassac, il est le dernier représentant local du fécond mouvement néo-médiéval inspiré par Viollet-le-Duc.

  • Alain Beschi

(1) En particulier : Colloque international « Viollet-le-Duc (1814-2014), villégiature et architecture domestique », 9-10 octobre 2014, Hendaye.

(2) VIOLLET-LE-DUC, Eugène. Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, Tome 4, 1854, article "croix".

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