Publié le 27 août 2015 dans Les communes riveraines de l’estuaire de la Gironde

De l’eau plein les mottes

Outre un site gallo-romain puis médiéval attesté sur le promontoire de Gironville (Macau), deux châteaux à motte ont été identifiés à Ludon-Médoc : Cantemerle et Agassac. Leur plan concentrique est caractérisé par une levée de terre entourée de fossés en eau, parfois accompagnée d’une basse-cour. Cette disposition ne laisse aucun doute sur l’ancienneté des lieux. Les premiers exemples de châteaux à motte se généralisèrent à partir du 10e siècle. Leur construction en bois fut souvent pérennisée par la pierre dès le 12e siècle. Ce système est adopté à Agassac : sur la motte, une enceinte quadrangulaire avec tours aux angles est accompagnée d’éléments défensifs. Les archères cruciformes à étrier sont datables du milieu du 14e siècle.
D’autres modèles de ce type se retrouvent ailleurs en Médoc - la Tour de Bessan à Soussans - et au nord de Bordeaux, comme à Parempuyre ou à Blanquefort, où le château de pierre subsiste. L’implantation stratégique de ces lieux de pouvoir présente un point commun : la proximité du fleuve.

L’étude de la nature des sols et des toponymes sur les cartes anciennes livre de précieuses informations. La largeur de l’ancien lit du fleuve se dessine en traçant la limite entre les terres de palus et les zones de graves. Cette étendue d’eau gagnait bien en avant des terres aujourd’hui à sec. D’autre part, ce secteur réunit des lieux-dits aux noms évocateurs : "Le Port", "L’Isle" ou induisant un rôle défensif, tels "Le château", "La Bastide", "La Tour" - dont certains correspondent aux mottes recensées.
Un fleuve plus large donc, et une eau qui devait venir lécher les mottes par les fossés. Ces implantations stratégiques ont sans doute permis le contrôle du fleuve durant la lutte entre anglais et français. Avec la mise en culture des premières zones marécageuses à partir du 13e siècle, l’eau amorce dès lors son retrait progressif (2).

Après la guerre de Cent Ans et le drainage des marais, les sites castraux perdent leur intérêt militaire et stratégique, laissant au paysage actuel les fruits de leurs dernières courbes.

(1) Voir COQUILLAS Didier. Les rivages de l’estuaire de la Gironde du néolithique au Moyen Âge, thèse de Doctorat, université de Bordeaux III, sous la direction de Louis Maurin et de Jean-Pierre Bost, Bordeaux, 2001.

(2) Voir LAVAUD Sandrine. "Paysage et mise en valeur des palus du bordelais au Moyen Âge", Archéologie du midi médiéval, t. 3-24, Montpellier, 2005-2006. Ce phénomène se retrouve à Brouage (17) pour l’époque moderne.

  • Florian Grollimund

 

Florian Grollimund réalise l'inventaire du patrimoine des communes de Arsac, Ludon-Médoc, Le Pian-Médoc et Macau.

Ajouter un commentaire

* champ obligatoire

*
*
*

*