Publié le 31 mars 2020 dans Les communes riveraines de l’estuaire de la Gironde

Cordouan, entre confinement et évasion

Estuaire de la Gironde, Operations

Ces jours de confinement sont mis à profit pour poursuivre l’écriture du Cahier du patrimoine consacré à l’estuaire de la Gironde. Le chapitre en cours concerne la navigation, notamment la périlleuse approche de l’embouchure, avec ses bancs de sable, ses rochers et ses courants violents. Pour faciliter ce passage, les marins et navigateurs pouvaient compter depuis le Moyen Âge sur le feu de Cordouan. Isolé au milieu des flots, il a longtemps constitué le seul signal pour guider les bateaux. Son histoire au cours des siècles montre le combat mené par l’homme pour maîtriser la nature.

Une grande partie des archives consacrées à Cordouan a été publiée à la fin du XIXe et au début du XXe siècle par l’archiviste Gustave Labat (1824-1917) : ces cinq recueils de transcriptions sont consultables en ligne sur le site de la Bnf / Gallica. En parcourant ces documents, nous avons relevé quelques passages qui font écho à la situation actuelle.

Isolement, fait d’être retiré, enfermé, emprisonné, c’est ainsi que le Trésor de la langue française définit le confinement. Ces termes s’appliquent assurément au phare de Cordouan, campé sur son rocher, signalant l’entrée de l’estuaire. Au XVe siècle, deux ermites étaient chargés de garder la tour édifiée par le Prince Noir et d’y « tenir par chascune nuyt une lanterne sur ladite tour, a alumer et radresser les marchans et navigans venans au port de ladite ville de Bourdeaux ». Il s’agissait là d’une retraite volontaire, loin du monde et de ses tentations, dans des conditions mettant à l’épreuve la foi de ces hommes.

Un peu plus tard, au XVIIe siècle, on pense avec compassion à François Dert, gardien de la tour, seul à Cordouan, qui doit assurer l’entretien du feu : dans une supplique adressée en 1655 aux trésoriers de France et généraux des finances en Guyenne, il demande à être assisté d’un compagnon pour mener à bien cette tâche exigeante. Il se plaint de manquer de bois, mais également d’y avoir « demeuré seul despuis longues années » sans être payé convenablement, ni recevoir assez de « provizions pour sa subsistance ». Une chaloupe en provenance de Royan, censée lui rendre visite tous les mois, n’est pas venue « faute d’avoir payé le louage d’ycelle ».

Au XVIIIe siècle, quatre gardiens, ainsi qu’un aumônier pour desservir la chapelle, vivent à Cordouan. En 1758, un capitaine et deux officiers de marine leur sont adjoints pour exécuter les signaux avertissant de l’arrivée de navires ennemis. En pleine guerre de Sept Ans (1756-1763), le phare fait partie des dispositifs stratégiques pour défendre l’entrée de l’estuaire. Rapidement, on apprend que « ce séjour terrible les a rendus malades » et qu’ils doivent être relevés de leur poste.

D’avril à août 1788, l’ingénieur Joseph Teulère s’installe au phare pour y diriger les travaux de surélévation. Il entretient une correspondance, notamment avec son collègue et ami architecte Louis Combes. Loin d’être seul, il est accompagné de nombreux ouvriers pour mener à bien ce chantier exceptionnel. En fonction des marées et des conditions météorologiques, le site est plus ou moins accessible : Teulère aperçoit parfois « les Royannaises [qui] viennent par plaisir ramasser des mauvais cocillages [sic] » sur le rocher de Cordouan. Entièrement accaparé à sa tâche, il est serein et profite de son isolement : « Je suis donc tranquille sans argent, je veux jouir de ma tranquillité, je sens bien que les soucis m’attendent à terre, mais je ne veux pas qu’ils viennent troubler ma retraite ». Philosophe même, il ajoute : « Nous ne fesons pas toujours bonne chere, mais nous ne nous en prenons jamais à l’argent, ny à la terre, ny aux hommes ; nous disons : la mer est mauvaise on ne peut pas venir, il nous fait prendre patience et manger sans humeur ce que nous avons et ménager même en cas de dizette ».

Pour prendre de la hauteur par rapport à la situation inédite que nous vivons, cap donc sur Cordouan, lieu d’isolement certes, mais monument qui offre aussi la possibilité de s’évader : une visite virtuelle permet ainsi de voyager dans le temps et dans l’espace. On y retrouve également de nombreuses ressources sur les conditions de vie si singulières des gardiens, habitués de tout temps au confinement et à la distanciation sociale.

Et pour soutenir la candidature de Cordouan au patrimoine mondial de l’UNESCO, c’est également possible à distance sur Facebook : https://fr-fr.facebook.com/PhareDeCordouan/

Verdict normalement prévu début juillet…

 

  • Claire Steimer

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Cécile02-04-20 07:47
https://www.franceinter.fr/emissions/la-marche-de-l-histoire/la-marche-de-l-histoire-30-decembre-2019
coucou
le premier épisode d'une super série de 4 "Un tour du monde des phares". Ambiance !
bise
Agnès13-04-20 08:47
Bon courage à vous, nous avons hâte de vous lire !
Amicalement,
Agnès