Publié le 06 juin 2013 dans Les communes riveraines de l’estuaire de la Gironde

Ce que révèlent les visites pastorales sous l’Ancien Régime

Il s’agit de registres réunissant procès-verbaux et ordonnances faisant suite aux visites, conservés principalement dans la série G des Archives départementales. Ces documents furent rédigés lors des visites régulières de l’évêque ou de l’archevêque dans les paroisses girondines. Le cardinal François de Sourdis (1574-1628) les avait organisées en application des décrets de la VIe session du Concile de Trente (1547). Il s’agissait notamment de rendre compte de l’état des églises et de leur mobilier. Cette méthode fut renforcée à partir de 1731 par l’archevêque François-Honoré de Maniban. L’enquête se déroulait alors selon un questionnaire détaillé qui s’inspirait des directives du pape Benoît XIII (1724-1730). Le questionnaire comprenait trois parties, concernant les lieux, les personnes et le séminaire(1).

Ces documents constituent, pour notre enquête d’Inventaire, une mine de renseignements non seulement sur la vie religieuse, mais aussi sur la démographie, les coutumes, les fêtes, la moralité, etc. Ils fournissent également des données précieuses sur l’état des bâtiments et de leur mobilier ainsi que sur les éventuelles préconisations de travaux.

Ces visites nous éclairent ainsi sur l’état de la chapelle de pèlerinage Notre-Dame de Montuzet à Plassac. Même si sa fondation par Charlemagne relève sans doute de la légende, la dévotion à Notre-Dame de Montuzet est ancienne et le sanctuaire fréquenté dès le XIIIe siècle. Au XIVe siècle, une église est attestée à Montuzet dans la paroisse de Plassac ; s’y installe la confrérie des lazaristes. Devenue trop nombreuse, celle-ci transfère son siège à Bordeaux en l’église Puy-Paulin, puis son essor entraîne son installation à Saint-Rémi et enfin à Saint-Michel. Une procession solennelle à la chapelle de Plassac est alors organisée chaque année.
Au XVe siècle, le roi Louis XI, grand dévôt à la Vierge et de passage à Bordeaux, institue que tous les habitants bordelais désirant entrer dans le service de la marine ou de la navigation intérieure, devront adhérer à cette confrérie. Le roi et ses successeurs viendront à Plassac honorer Notre-Dame de Montuzet.

Les documents établis lors des visites à Notre-Dame de Montuzet révèlent un édifice modeste en regard de l’importance du culte dont il fait l’objet. En comparant l’extrait de la visite du 1er juin 1664(2) avec les plans d’un projet de construction d'un logis datant du du XVIIIe siècle, conservés aux Archives nationales(3), on remarque que la chapelle, à l’ouest, comporte "une aile qui n’est ni voûtée, ni lambrissée [...], un beau jardin et un beau domaine". Effectivement, elle est accompagnée d’un enclos contenant un jardin, des vignes, des arbres ; à l’est, des bâtiments abritent une grange, un chai, un cuvier, une cuisine, un réfectoire, un vestibule et une salle.
On trouvait dans cette chapelle une "belle custode d’argent, un beau retable de bois de noyer, un tableau de Notre Dame", etc.

Le dépouillement des procès-verbaux de visites croisé avec l’analyse d’autres documents permet ainsi d’avoir une meilleure compréhension de cette chapelle aujourd’hui disparue.

  • Caroline Bordes

(1) R. Darricau, "Les formulaires des visites pastorales dans l’archidiocèse de Bordeaux (1600-1789)", in Bulletin de la Société des Bibliophiles de Guyenne, n° 88 (juillet-décembre 1968), Bordeaux : Impr. Taffard.
(2) Archives départementales de la Gironde, G 639. Voir la présentation du document sur GAEL (instrument de recherche et archives en ligne).
(3) Plan de la maison, chapelle, et enclos de Notre-Dame-de-Montuzet, état général des lieux et tracé du "logis neuf" projeté. Clôture, vignes, jardin. encre, couleurs, papier, par s.n., s.d. [AN Paris, N/III/Gironde/3/2]

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