Publié le 25 septembre 2017 dans Les communes riveraines de l’estuaire de la Gironde

Blaye, un patrimoine de la jeunesse

Patrimoine public

Certes, l’histoire de l’éducation ne peut être circonscrite à l’échelon local. Les politiques mises en œuvre dans ce cadre sont nationales, et les effets des textes législatifs et réglementaires édictés sont censés s’exercer partout dans le pays. Cependant, leur mise en œuvre étant de la compétence des municipalités sous le contrôle de l’Etat, les manifestations architecturales de cette histoire sont plurielles : malgré leur familiarité, il n’y a pas deux « écoles Ferry » identiques ! Il s’agissait surtout, à Blaye, de montrer comment la construction scolaire a participé à l’urbanisme et à la structuration de l’agglomération.

A ce titre, la cartographie de l’emprise des espaces scolaires et éducatifs dans le centre de la ville est éclairante. De « l’asile infantile » au lycée, en passant par les écoles primaires et secondaires et les pensionnats, publics ou privés, cette histoire architecturale s’est fortement imprimée dans la trame urbaine. L’implantation périphérique des établissements, souvent le long des axes principaux, témoigne d’une histoire relativement récente : si des sœurs dispensent un enseignement et assurent un pensionnat pour jeunes filles à Blaye depuis le XVIIIe siècle dans l’ancienne rue des Nolettes (actuelle rue Jaufré-Rudel), ce n’est véritablement qu’à partir du XIXe siècle que des bâtiments dédiés à l’éducation sont établis en ville. Ceux-ci sont d’abord installés dans des locaux loués ou affectés à cet effet, tels ceux des frères de la Doctrine chrétienne qui tiennent école pour les garçons à partir de 1820 ; ou ceux de l’éphémère école mutualiste municipale, créée en application de la loi Guizot de 1833. C’est aussi le cas de l’institution religieuse fondée en 1842 par le curé Jean Durand dans l’ancien hôtel de la famille de Bellot, connue aujourd’hui sous le nom de collège Jeanne-d’Arc.

Ce n’est que dans un second temps que des édifices sont construits à cet effet. Et cette œuvre est essentiellement municipale : c’est le cas du collège, créé sous l’impulsion du sous-préfet Haussmann et installé en 1842 dans une maison particulière, rapidement transformée et agrandie de constructions spécifiques. La première école primaire publique bâtie en ville est celle de garçons (aujourd’hui résidence Jean-Zay rue Lucien-Grosperrin), en projet à la fin des années 1860 mais édifiée en 1875. Quant aux filles, ce n’est que vingt ans plus tard, à l’extrême fin du XIXe siècle, qu’elles disposent enfin d’une véritable école, complétée d’une classe maternelle, construite par l’architecte blayais Aurélien Nadaud en lieu et place de l’institution des frères de la Doctrine chrétienne (rue Urbain-Albouy)… Désormais persona non grata dans l’espace éducatif laïque, ces derniers construisent leur propre établissement à quelques mètres, sur un emplacement vacant derrière l’église Saint-Romain. Et participent ainsi, à leur tour, à fabriquer de la ville !
Finalement, le patrimoine blayais de l’éducation est bien le reflet d’une histoire française…

  • Alain Beschi

 

Merci à Mme Christine Ladépêche-Diaz, directrice de l'ensemble scolaire Jeanne-d'Arc, ainsi qu'à M. François-Olivier Joyet, proviseur du lycée Jaufré-Rudel, qui ont accepté d'ouvrir à titre exceptionnel les portes de leur établissement dans le cadre des Journées européennes du patrimoine.

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