Publié le 25 avril 2014 dans Les communes riveraines de l’estuaire de la Gironde

A qui appartiennent les palus de Saint-Genès-de-Blaye en 1834 ?

L’action du marquis de Saint-Simon dans l'aménagement des marais du Blayais-Vitrezay, et les modes de faire valoir à la fin du règne de Louis XIV, sont bien étudiés, grâce notamment aux recherches récentes menées par l’historien Alain Contis à partir du dépouillement des archives notariales(1). Mais aucune enquête systématique n’a encore été engagée pour le XIXe siècle. L’examen et l’analyse des matrices cadastrales de Saint-Genès-de-Blaye(2), en particulier des états de la section A, dite « du Bernu », apportent quelques éléments inédits pour comprendre, notamment, à qui appartenait les palus dans les années 1830.

Les états de section de 1834 révèlent que les habitants de Saint-Genès ne représentent que la portion congrue des propriétaires de ce secteur. En effet, sur la soixantaine de personnes disposant ici de propriétés, moins d’une dizaine sont des habitants de la commune. Si l’on excepte le baron de Beaupoil de Saint-Aulaire, héritier du château de Ségonzac mais domicilié à Blaye, dont le domaine s'étendait jusqu'aux rives de l'estuaire, la majeure partie de la palus est entre les mains de propriétaires localisés dans les communes périphériques, pour l’essentiel entre Eyrans au nord, Saint-Christoly-de-Blaye à l’est et Saint-Ciers-de-Canesse au sud. Le lieu de résidence de quelques propriétaires est même plus éloigné : c’est le cas, notamment, d’un certain Charles Bertin de Bourg-sur-Gironde, de Guillaume Gauthier de Bordeaux, mais aussi du dénommé Saint Guirons, notable de Castelnau en Médoc sur la rive opposée de l’estuaire.

Cinq propriétaires détiennent à eux seuls l’essentiel des palus : outre le baron de Beaupoil et Saint Guirons déjà cités, Jean Normand, de Ségonzac, un certain Sicau, de Blaye, et Louis d’Île, châtelain de La Mothe à Eyrans, sont chacun à la tête d'un vaste ensemble foncier comprenant prés, pâturages, terres, bois, voire une ferme.

Au final, l’examen de cette documentation semble révéler que, hormis 2 ou 3 personnes parmi les plus riches de la commune, les cultivateurs de Saint-Genès ne furent pas les principaux bénéficiaires de la conquête de ces terres nouvelles. Au contraire, ces « terres bâties » constituèrent un placement foncier pour les propriétaires terriens des communes environnantes. En toute hypothèse, cet accaparement des palus traduit peut-être, dans un contexte d’expansion des vignobles, matière à investissements vers des terres agricoles susceptibles d’apporter des revenus diversifiés et complémentaires à ceux de la vigne.

  • Alain Beschi

(1) CONTIS Alain. « Fermes du Blayais à la fin du règne de Louis XIV. Maisons de rapport ou d'ennuis financiers ? ». LXIIIe congrès de la Fédération historique du Sud-Ouest (9-10 octobre 2010 ; Créon). Maisons de campagne et maisons de la campagne en Aquitaine de l'Antiquité à nos jours. L. Coste dir. Bordeaux : 2011, p. 105-128.

(2) Archives départementales de la Gironde, 3 P 405/1.

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