Publié le 24 novembre 2014 dans Les communes riveraines de l’estuaire de la Gironde

A l’architecte Ernest Minvielle, le Médoc reconnaissant ?

Quelques architectes, célébrés de leur temps, ont associé leur nom à des crus prestigieux du bordelais. C’est vrai aujourd’hui de grandes figures du monde de l’architecture, comme ce fut déjà le cas au XIXe siècle, même si la renommée de ces architectes n’a que rarement dépassé la Gironde et les départements circonvoisins.
Au côté de Louis Michel Garros et de quelques autres, Ernest Minvielle s’est principalement illustré comme architecte d’une riche clientèle de propriétaires viticoles. L’exploration du fonds documentaire graphique issu de l’atelier Minvielle, conservé aux archives municipales de Bordeaux, permet de bien connaître les réalisations de cet architecte dont l’activité porte en bonne part sur l’architecture des châteaux viticoles, soit qu’il ait édifié ou réédifié la demeure, soit qu’il en ait bâti les dépendances.

Dans le premier cas de figure, il s’illustra d’abord à Margaux par l’agrandissement du château de Labégorce au milieu de la décennie 1860. Mais le grand chantier qui lui ouvrit les portes de la clientèle médocaine et lui assura la reconnaissance de ses pairs fut sans aucun doute son travail pour Armand Lalande, l’un des "princes" du négoce bordelais, au domaine de Cantenac-Brown à Cantenac. Ernest Minvielle y réalisa à partir de 1866 un château d’allure néo-élisabéthain, répondant en cela à l’anglomanie bordelaise. Au début de la décennie suivante, il intervient aussi sur l’ensemble des dépendances, dont un vaste cuvier où il démontre sa maîtrise acquise dans le domaine de l’architecture viticole, probablement au contact de son aîné Henri Duphot.

Dans ce second cas de figure, le cuvier, avec ceux qu’il construisit dans les années 1870 au château d’Issan puis à Brane-Cantenac, toujours dans la même commune, et à Loudenne à Saint-Yzans-du-Médoc, constituent l’aboutissement d’une trentaine d’années de recherches, empiriques d’abord puis savantes, pour perfectionner et modéliser ce bâtiment en hauteur qualifié de "cuvier médocain". S’il n’en fut pas l’inventeur et que le mérite de la rationalisation en revient probablement à Duphot, au moins en assura-t-il la diffusion, en Médoc et ailleurs. Il imprima sa marque en reproduisant et combinant des formules architecturales et décoratives qui donnent à ses constructions une indéniable "patte" Minvielle, mais finissent, aussi, par tenir du stéréotype.

En dépit de l’importance de ses réalisations, la reconnaissance par la postérité de son œuvre architecturale au service du vin n’arriva pas du Médoc ; c’est la construction d’un ensemble vinicole avec cuvier de type médocain en Dordogne, au domaine de Lardimalie, qui lui valut récemment d’entrer au Panthéon des architectes du XIXe siècle honorés d’une protection au titre des Monuments historiques.

  • Alain Beschi

À propos d'Ernest Minvielle, relire le billet de blog du 28 juin 2010 et celui de Claire Steimer du 28 juillet 2014 consacré au domaine de la Grande Canau à Saint-Vivien-de-Médoc, dont les dépendances sont dues à cet architecte.

Pour en savoir plus : Beschi A. "L'architecte et le modèle. Ernest Minvielle et l'architecture viticole". Revue archéologique de Bordeaux, 2010, p. 171-185.

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