Publié le 05 octobre 2017 dans Les carnets de l'Inventaire

William Bouguereau avant le grand bain de l'académisme

Arcachon

Quelques illustrations de la première moitié du XIXe siècle, dont une estampe de Bouguereau, montrent les établissements de bains d’Arcachon avant l’essor de la station sous l’impulsion décisive et l’investissement financier des frères Pereire.

Établissement de bains Gailhard à Arcachon vers 1843 (BnF, département des estampes).
Établissement de bains Gailhard à Arcachon vers 1843 (BnF, département des estampes).

Mise en lumière dans le cadre de l’opération d’inventaire du patrimoine menée dans la commune d’Arcachon, une gravure illustre la construction de l’un des premiers hôtels de bains édifié dans le quartier de l’Aiguillon. L’attribution de ce document à un peintre célèbre pourrait paraître irrévérencieuse pour un dessin quelque peu maladroit. Pourtant, la signature en bas à gauche désigne William Bouguereau, sans équivoque. Né à La Rochelle en 1825, ce dernier reçoit l’enseignement de l’École des beaux-arts de Bordeaux, ville qu’il quitte pour la capitale à vingt-six ans. Aux Beaux-Arts de Paris, il obtient le Grand Prix de Rome, lui permettant de séjourner un an à la villa Médicis. Le succès de sa peinture vient rapidement, le marchand de tableau Paul Durand-Ruel se chargeant de vendre sa prolifique production. C’est dans sa ville natale, en bord de mer, que le peintre meurt en 1905.

Travail d’appoint

Avant de connaître la notoriété, le futur grand peintre « académique » eut recours à des travaux d’appoint pour financer sa venue à Paris. Dans l’ouvrage que lui consacre Marius Vachon en 1899, ces années bordelaises sont ainsi dépeintes : « Le soir dans sa petite chambre, à la lueur vacillante des bouts de chandelles ramassés soigneusement dans la maison et dans le bureau, il dessinait avec acharnement d’après nature et de mémoire. Pour gagner quelque argent, il faisait, entre temps, de petites lithographies coloriées pour la décoration des boîtes de pruneaux d’Agen, et pour les pots de confiture et de raisiné des épiciers du voisinage. » Le lithographe bordelais Pierre Laborie commence son activité à Bordeaux en 1841. A-t-il employé William Bouguereau dans son atelier ? Toujours est-il que le peintre signe le dessin à l’origine de cette estampe titrée Établissement de bains de mer à Arcachon près La Teste, appartenant et dirigé par Mr Gailhard, publiée chez Laborie. La date retenue pour ce document est 1843, année d’enregistrement du dépôt légal de l’estampe à la Bibliothèque nationale. Le dessin lui-même a été fait à une date indéterminée, variante d’une illustration d’Édouard Sewrin représentant le même établissement de bains quelques années plus tôt.

En chemise, en pantalon

À cette époque, les bains de mer étaient recommandés à certaines conditions. Le maire de La Teste stipule dans un arrêté de 1847 que « les hommes se baignant dans les prés salés ou sur la côte du Bassin jusqu’à un kilomètre au couchant de l’allée d’Arcachon seront vêtus d’un pantalon large et ils se tiendront, autant que possible, éloignés des lieux où seront les dames. Ils devront se déshabiller et s’habiller dans les cabanes, qui sont disposées pour cela sur la plage et si quelque motif nécessitait qu’ils se déshabillassent dans leurs appartements, ils devraient se couvrir le corps d’une chemise de laine, ou tout autre vêtement, pour arriver aux dites cabanes. Les dames pour aller au bain et pour se baigner devront être vêtues d’un grand peignoir tombant jusqu’aux talons. Il est défendu à tout baigneur et autres personnes de l’un et l’autre sexe de proférer des paroles ou de faire des gestes indécents dans le bain et sur la plage ». Cette estampe, destinée à la publicité de l’établissement de bains pour les journaux et guides, montre les débuts d’une station balnéaire dessinée par un peintre tout aussi débutant.

Bertrand Charneau, chercheur au service du patrimoine et de l’Inventaire, Région Nouvelle-Aquitaine.

À lire : Bertrand Charneau. Arcachon. Inventaire général ; éd. Confluences, 2016 (coll. Visages du patrimoine).

Publié dans Le Festin n°102, été 2017

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