Publié le 23 mars 2018 dans Les carnets de l'Inventaire

Villa Le Buisson à Pau, célèbre et méconnue

Pau

La recherche en histoire de l’architecture est riche d’énigmes. Identifier sur le terrain la construction d’un architecte célèbre ou une maison publiée dans un recueil est un jeu d’autant plus stimulant que le mystère résiste. Ce jeu a récemment ponctué le travail de recensement du patrimoine mené par la ville de Pau et le service régional de l’Inventaire général du patrimoine culturel.

Villa Le Buisson, projet par Joseph-Auguste Lafollye, ensemble depuis le nord-est, extrait d’Eugène Viollet-le-Duc (dir.), Habitations modernes, tome Ier, Paris, Vve A. Morel et Cie, 1875, planche XXVIII. Cl. Franck Delorme
Villa Le Buisson, projet par Joseph-Auguste Lafollye, ensemble depuis le nord-est, extrait d’Eugène Viollet-le-Duc (dir.), Habitations modernes, tome Ier, Paris, Vve A. Morel et Cie, 1875, planche XXVIII. Cl. Franck Delorme

Le genre du recueil d’architecture fleurit à la fin du XIXe siècle. Son rôle est promotionnel, quand un architecte y regroupe ses principales réalisations ; inspirant, lorsqu’il offre des modèles aux entrepreneurs ou maîtres d’ouvrage ; enfin doctrinal, quand il illustre une manière de concevoir l’architecture. C’est à cette dernière sorte que ressortit l’ouvrage proposé en deux volumes (1875 et 1877) par le célèbre Eugène Viollet-le-Duc, intitulé Habitations modernes et présentant près de cent maisons, françaises ou étrangères, de réalisation récente et de taille variée.

Probité

Loin d’être une apologie de l’inspiration médiévale à laquelle on associe trop facilement le célèbre architecte, le recueil est plutôt un hommage à la rationalité de constructions ayant en commun une certaine probité. L’expression franche du programme s’y accorde avec un caractère architectural procédant d’une utilisation raisonnée des matériaux et d’une mise en évidence de la structure davantage que d’un décor foisonnant. La prise en considération des questions de climat, de situation, d’orientation, d’hygiène et d’économie achève de guider le choix des habitations présentées.

Parmi celles-ci, Viollet-le-Duc propose dans le premier volume une « Villa à Pau » due à l’architecte Joseph-Auguste Lafollye (1828-1891), responsable à partir de 1864 des résidences impériales de Biarritz et de Pau et à ce titre l’un des restaurateurs du château palois. La maison répond en tout point au programme éditorial fixé par Viollet-le-Duc : simplicité du plan, prise en compte de l’environnement, notamment de la vue sur la montagne et surtout expression qui tire ses effets d’une sobre mais frappante utilisation de marbre des Pyrénées et de céramique.

Derrière Le Buisson, Lafollye

Si le principe même du recueil impliquait que la construction avait été réalisée, sa localisation restait problématique. Le plan de masse publié était trop schématique ; surtout, rien dans le corpus local ne rappelait la polychromie qui semblait être sa caractéristique principale. Les villas paloises du XIXe siècle ayant payé un lourd tribut à l’évolution urbaine du siècle suivant, on pouvait craindre que l’œuvre de Lafollye fût soit disparue, soit profondément altérée. Un examen approfondi nous l’a fait toutefois reconnaître sous les traits de la villa Le Buisson, bâtie pour Émile Ginot, avocat au Conseil d’État et à la Cour de cassation, conseiller municipal de Pau de 1874 à 1878, villa toujours en place en rebord de coteau juste à l’est du parc Beaumont. Les sources indiquent un achèvement de la construction en 1880 : la publication de Viollet-le-Duc est donc intervenue quelques années avant, ce qui explique que l’on n’ait pas retrouvé jusqu’ici ce que l’on cherchait en premier : la polychromie prévue initialement et réduite, dans la réalisation, à quelques plaques de marbre placées çà et là en architrave.

Claude Laroche, chercheur au service du patrimoine et de l’Inventaire, Région Nouvelle-Aquitaine.

Publié dans Le Festin n°104, hiver 2018

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