Publié le 01 avril 2011 dans Les carnets de l'Inventaire

Urrugne / Les oeuvres que nous ne voyons pas

Le service du patrimoine et de l’Inventaire explore depuis 50 ans le territoire de l’Aquitaine, ses particularités et ses richesses patrimoniales. Première étape de ces nouveaux carnets de campagne à Urrugne, à la frontière franco-espagnole du Pays basque.

Urrugne, villa Urrun construite par Estevez pour Jean Puiforcat
Urrugne, villa Urrun construite par Estevez pour Jean Puiforcat

Lorsque l’historien d’art André Chastel et le ministre de la culture André Malraux décidèrent de créer dans les années 1960 l’Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France, – reprenant là une vieille idée qui puisait ses sources dans les entreprises « encyclopédiques » de la Renaissance –, la volonté militante de renouveler la connaissance par la base, par l’étude systématique de notre patrimoine national, petit et grand, du plus évident au plus mal-aimé, voyait là un aboutissement ambitieux.
Quelques décennies plus tard, les arpenteurs du patrimoine que constituent les chercheurs de l’Inventaire dans chaque région poursuivent cette noble mission, à coup de découvertes, de synthèses, de publications, et s’adjoignent, depuis le rattachement à la Région, de nouvelles compétences dans les champs de la valorisation et de la diffusion numérique, à commencer par la Banque numérique du savoir d’Aquitaine en ce qui nous concerne.
Poursuivre « l’effort de guerre » en matière de restauration du patrimoine protégé, renforcer la recherche et gagner en cohérence en valorisant au mieux cette connaissance savamment organisée forment aujourd’hui le triptyque d’une heureuse politique régionale.
Cette rubrique est dédiée à ces regards experts, sensibles et riches de comparaison dans une région ô combien diversifiée, à ceux de l’ensemble des acteurs qui contribuent à faire vivre cette entreprise au service de tous, parce que « nous écartons, nous aussi, les œuvres que nous ne voyons pas » (André Malraux).

Une architecture exemplaire
Quelques décennies après le choix d’un premier terrain d’études peu connu pour son patrimoine, en l’occurrence Peyrehorade, la même volonté de passer au crible une zone peu valorisée dans ce domaine a animé la commune d’Urrugne et la Région Aquitaine.
Situé entre Saint-Jean-Pied-de-Port et une côte basque très fréquentée, ce territoire frontalier avait bénéficié pourtant de toutes les composantes historiques pour générer une organisation sociale hiérarchisée, et donc une architecture diversifiée et dense.
Comme bien souvent, l’opération d’Inventaire a permis de révéler des édifices exceptionnels par leur état de conservation, et donc par leur potentiel pédagogique dans la compréhension de l’architecture rurale.
Il en est ainsi de la maison Lissarritz, à quelques centaines de mètres d’une autoroute qui ne demande qu’à l’avaler. Construite dans la seconde moitié du XVIe siècle pour une famille de maires-abbés d’Urrugne, elle est un témoin précieux du modèle de la ferme labourdine, enrichie ici des éléments décoratifs chers à une seconde Renaissance éprise de créativité et de jeux syntaxiques visant à renouveler le langage classique. Si la confrontation à une architecture labourdine n’est pas une surprise, la découverte de grandes villas Art déco l’a été en revanche davantage, sans doute à cause de l’ombre portée des célèbres productions de la côte. Construite par l’architecte Estevez pour l’orfèvre parisien Jean Puiforcat, la villa Urrun en est un exemple exceptionnel, à l’image de son atelier qui en constitue le morceau de bravoure.

Éric Cron, chef du service du patrimoine et de l’Inventaire - Région Aquitaine

 

À lire
Marina Gauthier-Dubébat,  Urrugne, Collection « Visages du  patrimoine en Aquitaine », Bordeaux,  Éditions Confluences, 2010.

Publié dans Le Festin n°77, printemps 2011