Publié le 20 novembre 2018 dans Les carnets de l'Inventaire

Un lycée par jour !

Patrimoine des lycées

Cette formule, en usage durant les Trente Glorieuses, traduit bien l’ambition des programmes d’architecture scolaire d’alors. Si les bâtiments « en barre » ont été la solution souvent adoptée pour ces établissements, des architectes de renom ont imaginé une architecture qui, pour être standardisée, n’en était pas moins innovante et soignée.

Le lycée Max-Linder de Libourne, livré en 1957 par Jacques Carlu © Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel. Adrienne Barroche, 2016
Le lycée Max-Linder de Libourne, livré en 1957 par Jacques Carlu © Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel. Adrienne Barroche, 2016

Quantité et qualité

Depuis 1986, les régions sont responsables des lycées publics. L’inventaire du patrimoine de ces établissements entrepris en 2016 par le service du Patrimoine et de l’Inventaire de la Région Nouvelle-Aquitaine apporte ainsi une connaissance approfondie sur les plus de 200 établissements construits ici pendant la très prolifique période des Trente Glorieuses. Ces bâtiments et les œuvres dites « du 1% artistique » qui les accompagnent pâtissent souvent d’une mauvaise image en raison de leur dégradation et du brouillage de leur logique esthétique et spatiale par des constructions ultérieures.

Cependant, leur étude permet de retrouver et de comprendre les partis-pris architecturaux alors adoptés. Il fallait en effet répondre à un fort afflux de lycéens dans un contexte économique en pleine expansion. Les matériaux et leur mise en œuvre – rôle important de la préfabrication – ont permis de construire des bâtiments en « barres » susceptibles d’accueillir un nombre important d’élèves. Les hommes de l’art aidés par les progrès techniques ont ainsi pu édifier des établissements en un temps record, dont on doit aujourd’hui souligner la valeur créative et préserver, dans la mesure du possible, l’intégrité.

Standardisée, rationnelle, économique

En 1947, l’architecte Paul Domenc (1906-1979), grand Prix de Rome, réalise le lycée Grand-Air à Arcachon. Le plan masse du projet préfigure l’ambition « palatiale » d’une architecture en adéquation avec sa fonction et son contexte naturel. Jacques Carlu (1890-1976), autre grand prix de Rome, connu comme un des principaux architectes du palais de Chaillot à Paris, construit le lycée Max-Linder de Libourne en 1957 et le lycée Kastler à Talence en 1963. Dans les deux cas, les normes de constructions fixées en 1952 imposent une trame de 1,75 m qui ordonne et rythme l’ensemble. Il faut toute l’inventivité de Carlu pour concevoir des établissements en barres dont la disposition et les décors évitent la monotonie. A Libourne, en particulier, les façades sont revêtues de plaques de pierre reconstituée, provenant de Saint-Emilion, teintées dans la masse par incorporation de marbre et polies en surface, donnant à l’ensemble une teinte rosée. Les normes stimulent cependant la production de plans originaux, comme par exemple au lycée de la Morlette à Cenon. Conçu en 1971 selon un tripode – motif par ailleurs récurrent de l'architecture publique de l'époque –, le lycée comprend trois barres convergentes atour d'une cour hexagonale qui imposent ainsi leur modernité dans le parc d'une demeure néo-médiévale.

Aujourd'hui, adapter ces lycées exige un compromis entre fidélité au programme d'origine et innovation. L'atelier d'architecture Claude Marty a relevé le défi au lycée de Sainte-Foy-la-Grande conçu par l'architecte-urbaniste Pierre Mathieu (1911-1997). En doublant et en restructurant les barres des années 1960, la rénovation offre un visage contemporain à l'établissement tout en conservant la logique des circulations.

L’architecture standardisée a été mal aimée ; pourtant, la trame répétitive exprime la pureté du trait quand le détail d’une modénature révèle l’attention portée au dessin. L’inventaire des lycées participe aujourd’hui à reconsidérer l’héritage du « mouvement architectural » des Trente Glorieuses.

Laetitia Maison-Soulard et Bertrand Charneau, chercheurs au service du Patrimoine et de l’Inventaire, région Nouvelle-Aquitaine

Pour en savoir plus, consulter l’exposition en ligne sur le site de l’Inventaire « Lycées : l’invention d’une architecture »

Publié dans Le Festin n°107, automne 2018

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