Publié le 01 décembre 2013 dans Les carnets de l'Inventaire

Pau / Une rue comme une ville, la rue Maréchal-Joffre

Au terme des deux premières années de l’inventaire du patrimoine bâti de Pau, opération menée conjointement par la Ville et le service régional du patrimoine et de l’Inventaire d’Aquitaine, le terrain révèle toute sa richesse, de la parcelle à la rue.

Récemment réaménagée, la rue du Maréchal-Joffre laisse apparaître plusieurs siècles d'évolution urbaine
Récemment réaménagée, la rue du Maréchal-Joffre laisse apparaître plusieurs siècles d'évolution urbaine

Si l’inventaire s’attache au recensement des différentes unités architecturales que sont les maisons, immeubles, hôtels ou édifices publics, les entités urbaines ne sont pas oubliées. Les places peuvent obéir à un programme architectural, répondre à un objectif politique, subir des contraintes topographiques. Les rues quant à elles peuvent être lues comme collection d’édifices mais aussi comme marqueur d’évolution historique, géographique ou sociale.
Le tout récent réaménagement de la rue du Maréchal-Joffre, l’une des deux artères centrales du noyau historique de Pau, est l’occasion de mettre en lumière la qualité des éléments qui la composent et son rôle dans le développement urbain. Mais, au-delà de ces aspects, ce sont plusieurs siècles d’une vie urbaine riche et complexe qui peuvent s’y déchiffrer.

Toujours plus à l’est
À la fin du Moyen Âge, la croissance du bourg du château est contrainte par des fortifications devenues trop étroites. La création de la « Grande Rue », comme on l’appelle alors, permet d’orienter l’étalement urbain vers l’est. L’expansion du bourg médiéval, qui jusqu’à présent était contenue dans des noyaux de peuplement autour du château, devient linéaire.
Les archives ont permis de repérer, au gré des recherches, l’agrandissement de fortifications qui s’adaptent à l’évolution des limites urbaines et qui témoignent ainsi des phases de croissance du XVIIe siècle à nos jours.
La rue assure la circulation autant qu’elle distribue l’habitat. Les hôtels des parlementaires et notables y exposent leur plus belle façade ou ménagent une entrée plus discrète en fond de cour. Les immeubles de rapport, plus modestes mais tout aussi nombreux, rythment les îlots par la succession de leurs travées. Le passé commerçant est rappelé par la présence des arcades de la place de la Vieille-Halle, les élégantes boutiques en rez-de-chaussée des immeubles ou la savante façade du bâtiment initial des Nouvelles Galeries. La préfecture, qui occupe l’emplacement de l’hôtel du premier président du Parlement de Navarre, fait écho aux lieux de pouvoir de jadis : château et Parlement.
Les manières d’habiter, les modes architecturales mais aussi les hiérarchies sociales, le pouvoir, le commerce, la circulation : tout ce qui fait une ville sur le temps long de son histoire attend le piéton attentif qui parcourt le demi-kilomètre de la rue du Maréchal-Joffre.

Cécile Devos, chargée d’inventaire du patrimoine, mission de valorisation de l’architecture et des patrimoines, Ville de Pau.
Claude Laroche, chercheur au service régional du patrimoine et de l’inventaire, Région Aquitaine.

Publié dans Le Festin n°84, hiver 2013