Publié le 01 juillet 2013 dans Les carnets de l'Inventaire

Monpazier / La bastide idéale

Depuis décembre 2011, un inventaire du patrimoine bâti est mené dans la bastide de Monpazier à l’initiative de la commune et de la Région Aquitaine. Cette étude, couplée à la création d’un Centre d’interprétation de l’architecture et du patrimoine (CIAP), ambitionne d’offrir à un large public une meilleure connaissance de l’histoire de cette ville nouvelle du Moyen Âge.

Les maisons de la place des Cornières, à Monpazier
Les maisons de la place des Cornières, à Monpazier

Aussi petite et isolée soit-elle (aujourd’hui 539 habitants sur 53 ha, au coeur d’une vaste zone rurale), la bastide de Monpazier suscite l’intérêt d’érudits et de spécialistes depuis le milieu du XIXe siècle. C’est à l’archéologue périgourdin Félix de Verneilh que l’on doit la première étude monographique de la localité en 1847 : même si le plan qu’il en donne présente une certaine part de fantasme, l’auteur souligne la grande qualité de ce projet urbain – le plus abouti d’après lui, né de la volonté du roi d’Angleterre et duc d’Aquitaine Edouard Ier en 1284 – et son excellente conservation. Ce commentaire inaugure pour Monpazier un destin particulier : l’enthousiasme de Félix de Verneilh se retrouve chez Eugène Viollet-le-Duc (article « maisons » de son Dictionnaire raisonné de l’architecture française), puis chez d’autres érudits que l’orthogonalité et la planification des bastides fascinent. Lorsqu’au XXe siècle, les études se diversifient, historiens (Charles Higounet), architectes et urbanistes (Le Corbusier) plébiscitent Monpazier comme la « bastide idéale ». Trente-deux édifices de la commune (église, maisons, fortifications, etc.) sont progressivement protégés au titre des Monuments historiques. Mais c’est réellement à partir de 1990 que cette reconnaissance unanime se traduit par une intervention à la mesure de l’intérêt du site : un secteur sauvegardé, destiné à protéger le patrimoine de manière globale, est créé, tandis que des sondages archéologiques sont réalisés en différents lieux de la bastide. Cette initiative fut suivie d’un plan de rénovation urbaine, mené dans le cadre d’une opération « Grand Site ».

De l’inventaire au CIAP
La mission d’inventaire du patrimoine qui a débuté en décembre 2011 ne vient donc aucunement défricher un terrain vierge ! Au contraire, l’enjeu réside plutôt ici dans la synthèse qu’il reste à opérer et les ponts qu’il faut établir entre ces études : historiens, archéologues et architectes ont souvent privilégié un thème ou une période particulière pour leurs travaux. Certains édifices ont pu être ignorés, alors même qu’ils méritent une analyse attentive ; d’autres nécessitent des investigations plus poussées. L’inventaire, nourri de toutes ces études, doit gommer ces disparités et proposer un panorama homogène du patrimoine communal. En plus de constituer la mémoire du cadre bâti, il permettra de renouveler la connaissance du site. Gageons qu’au terme de cette entreprise, les enquêtes de terrain et recherches d’archives apporteront un nouveau regard sur les manières d’habiter un cadre de vie si singulier, adoptées par les Monpaziérois depuis le Moyen Âge.
L’ouverture prochaine d’un CIAP permettra de mieux faire connaître la bastide aux habitants et aux visiteurs : expositions, circuit de visite, espace documentaire et ateliers fourniront les clefs de compréhension de Monpazier, mais aussi l’accompagnement nécessaire pour qu’ils s’approprient et participent activement à la conservation de ce patrimoine exceptionnel.

Baptiste Quost, chargé de mission inventaire et valorisation du patrimoine, mairie de Monpazier

Publié dans Le Festin n°86, été 2013