Publié le 17 novembre 2016 dans Les carnets de l'Inventaire

Lycées, «maisons d’éducation»

L’étude d’inventaire en cours consacrée au patrimoine des lycées de la région permet d’éclairer la dimension « domestique » de ces architectures scolaires, véritables « maisons » dédiées à l’éducation des lycéens.

Le dortoir du Lycée Pierre-Bourdan de Guéret, construit en 1876 par l’architecte Charles Laisné (coll. lycée Pierre-Bourdan). © Région Nouvelle-Aquitaine – Inventaire général, Philippe Rivière, 2016
Le dortoir du Lycée Pierre-Bourdan de Guéret, construit en 1876 par l’architecte Charles Laisné (coll. lycée Pierre-Bourdan). © Région Nouvelle-Aquitaine – Inventaire général, Philippe Rivière, 2016

« Un des premiers besoins d’une maison d’éducation est l’air, l’espace et le soleil. » Cette citation de 1861, extraite de la première circulaire relative à l’architecture des lycées, rend compte de l’état d’esprit dans lequel sont édifiés ces établissements. En effet, de leur création par Napoléon en 1802 jusqu’à la Troisième République, les lycées sont conçus comme de véritables « maisons » comportant tous les espaces nécessaires à la vie quotidienne, en plus des salles de classe. Ainsi, réfectoires, internats et chapelles permettent aux élèves de vivre dans le lycée, sans en sortir.

Espace, aération, salubrité

Cependant, la première moitié du XIXe siècle est marquée par une installation des lycées dans des édifices préexistants, aux locaux peu adéquats pour ces différentes fonctions. On doit à la « commission des bâtiments des lycées », instaurée en 1860, un premier programme précis répondant aux besoins « d’espace, d’aération et de salubrité ». Avec Jules Ferry, cette commission prend de l’ampleur et intègre en son sein des architectes « diocésains » déjà chargés par l’État de l’entretien et de la construction des édifices religieux. Le rationalisme et l’hygiénisme revendiqués par ces maîtres d’œuvre se traduisent par des bâtiments « en simple épaisseur » permettant de créer des réfectoires et des dortoirs à double aération, des salles de classes au rez-de-chaussée dotées de grandes baies en façade et ouvertes sur une galerie bordant la cour. Aisées à surveiller, abritant les élèves tout en offrant une aération, ces galeries sont l’expression mimétique du cloître monastique.

Domus et forum

Au sein des lycées de jeunes filles, créés en 1880, la dimension « domestique » de l’architecture est encore plus accentuée, ainsi que l’a montré l’historien Marc Le Cœur. On considère qu’en raison de leur sensibilité et de leur pudeur, il faut offrir aux demoiselles plus d’intimité qu’aux garçons, notamment dans les dortoirs où la réglementation impose de créer des « cabines ». Un soin particulier est également apporté aux réfectoires dans lesquels des chaises individuelles remplacent les bancs et des nappes recouvrent les tables. Massifs de fleurs et pelouses achèvent le rassurer les parents sur le cadre chaleureux et bienveillant de l’institution à laquelle ils confient leurs filles.

Avec la multiplication des établissements à la fin du XIXe siècle et la laïcisation des enseignements, les internats et les chapelles perdent leur pertinence, tandis que les gymnases se développent. À partir du début du XXe siècle, les lycées sont construits essentiellement pour des élèves externes et deviennent moins des lieux de vie que des lieux d’apprentissage où l’on reste de moins en moins longtemps au cours de sa scolarité. Après la décentralisation en 1986 qui donne aux Régions la maîtrise d’ouvrage pour la construction des lycées, ces derniers adoptent une architecture résolument ouverte sur l’extérieur, dans laquelle le « forum » tend à remplacer la référence à la « domus ».

Laetitia Maison-Soulard, chercheur au service du patrimoine et de l’Inventaire, Région Nouvelle-Aquitaine

À voir : « Lycées : l’invention d’une architecture ». Exposition présentée du 1er septembre au 12 octobre 2016 dans le hall de l'Hôtel de Région à Bordeaux.

Publié dans Le Festin n°99, automne 2016

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