Publié le 17 juin 2016 dans Les carnets de l'Inventaire

Les îles, un patrimoine de la grande région

Les îles, maritimes, fluviales ou lacustres, sont un patrimoine régional à part entière. Non seulement pour les héritages archéologiques et historiques qu’elles recèlent, mais aussi pour leurs paysages singuliers façonnés autant par les éléments que de main d’homme.

Le Fort Pâté, un patrimoine militaire insulaire au cœur de l’estuaire de la Gironde.
© Région ALPC - Inventaire général, Michel Dubau, 2008
Le Fort Pâté, un patrimoine militaire insulaire au cœur de l’estuaire de la Gironde.
© Région ALPC - Inventaire général, Michel Dubau, 2008

Vu d’Aquitaine, l’élargissement de la région au Poitou-Charentes et au Limousin détermine une vaste entité territoriale, à la cohérence historique certaine, mais riche de la diversité de ses paysages et de ses patrimoines. Au jeu des identités partagées, la dimension insulaire constitue un dénominateur commun. Si la présence d’îles le long du littoral atlantique, du rocher de Cordouan à l’île de Ré, ainsi que dans les estuaires, de l’île des Faisans de la Bidassoa à l’archipel de Gironde, s’impose avec évidence, l’existence d’îles en Limousin est plus inattendue ; pourtant, avec son immense plan d’eau de Vassivière au pied du plateau de Millevaches, la dimension insulaire est, ici aussi, prégnante.

Patrimoines entre le ciel et l’eau

Au sein de la grande région, l’attention portée par l’Inventaire général aux îles est ancienne. L’une des toutes premières opérations réalisées par l’équipe de Poitou-Charentes, dans les années 1970, a ainsi concerné l’île de Ré. La publication des résultats dans la collection des « Inventaires topographiques » en a révélé toute la richesse du gisement patrimonial, avant que le pont ne la transforme en presqu’île et ne la banalise quelque peu. Une meilleure prise en compte des paysages dans les opérations d’inventaire favorise désormais une appréhension des territoires comme un patrimoine en soi, chaque élément inventorié étant le produit d’une dialectique entre l’homme et le milieu. En (ex-)Aquitaine, les îles de l’estuaire de la Gironde offrent aujourd’hui un laboratoire privilégié pour les investigations insulaires.

L’Estuaire, des îles en héritage

L’archipel de Gironde, étiré sur près de 25 kilomètres entre Macau au sud et Pauillac au nord, est étudié dans le cadre de l’enquête d’inventaire des communes estuariennes. Ces terres émergées particulièrement fertiles et exploitées, pour certaines, dès le Moyen Âge, ne doivent leur maintien qu’aux travaux incessants de confortement des berges soumises aux flux des marées. Souvent, les îles furent recomposées, rattachées à la terre ferme, soudées entre elles ou, à l’inverse, rognées – telle l’île Cazeau– pour améliorer le chenal de navigation. Les archives et les traces de ces ouvrages cyclopéens relatent l’histoire des efforts pluriséculaires déployés ici. Mais les îles furent aussi habitées. Outre la collecte de la mémoire des anciens « ilouts », entreprise par ailleurs, l’enquête en cours s’attache à l’étude des véritables colonies agricoles qui furent créées au XIXe siècle, essentiellement au moment du phylloxéra, la vigne étant protégée de l’infestation par l’insularité. Menacées depuis par le travail de sape des flots ou par le défaut d’entretien, ces architectures sont bien souvent en perdition. L’ouverture au tourisme du « village » de l’île Nouvelle, récemment restauré par le Département, est une invitation à embarquer vers les rivages du patrimoine.

Alain Beschi, Conservateur du patrimoine, service du patrimoine et de l’Inventaire, Région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes.

A lire :

- Le blog de l’estuaire : inventaire.aquitaine.fr

- Florian Grollimund, Médoc Estuaire, Inventaire régional / Ed. Le Festin (coll. Visages du patrimoine).

Publié dans Le Festin n°98, été 2016

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