Publié le 25 novembre 2021 dans Les carnets de l'Inventaire

Le château des Milandes : l'utopie périgourdine de Joséphine Baker

L’entrée de Joséphine Baker au Panthéon le 30 novembre, nous donne l’occasion d’évoquer l’épisode périgourdin de la vie de cette enfant du Missouri, devenue meneuse de revue à Paris pendant les Années folles avant de s’engager dans la Croix-Rouge puis comme agent de liaison dans la Résistance. En effet, de 1947 à 1968, elle fut aussi la châtelaine et la bonne fée du château des Milandes à Castelnaud-la-Chapelle. Rêvant de transformer ce coin du Périgord en « village du monde ».

La construction du château des Milandes, alors appelé « Mirandes », dominant la vallée de la Dordogne à Castelnaud-la-Chapelle, aurait débuté en 1489 et constitué à partir de ce moment-là la demeure principale de François Ier de Caumont, seigneur du lieu, de Castelnaud, des Mirandes et autres terres. Une terrasse sert d'assise au château qui comprend un corps de logis rectangulaire flanqué sur l’arrière de deux tours rondes – dont le « donjon » au nord-est -, tandis qu’une tour carrée d’escalier le dessert en façade principale (sud). François de Caumont y engage des transformations, pour permettre à son épouse Claude de Cardaillac d’habiter un lieu moins austère et plus lumineux que le château ancestral de Castelnaud. De fait, de grandes fenêtres à meneaux ouvrent désormais largement les façades, en particulier celle du nord vers le magnifique paysage fluvial [1].

Aux lumières de la Renaissance succèdent, plusieurs siècles durant, le désintérêt des hommes, les effets du temps et des flammes. L’édifice est vendu comme bien national à la Révolution et, en 1890, un incendie s’attaque au château. Cet incendie fournit le prétexte à sa vente. Il est en effet sauvé du délabrement et de l’abandon par l’intervention d’un fabricant de corsets, Auguste Claverie, qui rachète le domaine et en confie la restauration à l’architecte en chef des monuments historiques, Henri Laffilée. Ce dernier fait rehausser la tour carrée, ériger de nouvelles tourelles couvertes de lauzes. Si la façade nord conserve son aspect d'origine, la façade sud subit des transformations : en sus du remodelage des parties supérieures de la tour d’escalier, un nouveau décor sculpté agrémente les lucarnes et les balustrades des terrasses. Charles Claverie procède également à la construction d’un chai moderne et d’une ferme afin de faire des Milandes une demeure de rapport. Autour du château, les terrasses jardinières sont contrebutées par des murs de soutènement à contreforts et dotées d’escaliers monumentaux. En 1908, Jules Vacherot, architecte paysagiste en chef de la ville de Paris dessine un jardin à la française. C’est certainement à l’occasion de ces différents travaux qu’on insère des fragments de vitraux dans trois ouvertures. Il s’agit de morceaux de rondels, d’un bout d’inscription et d’armoiries recomposées datant des XVe, XVIe et XVIIe siècles. [2]

En 1937, une ancienne et célèbre cliente du marchand de sous-vêtements, Joséphine Baker, loue le château avant d’en faire l’acquisition dix ans plus tard [3]. Charmée par le lieu et par le musicien Jo Bouillon, elle choisit également de convoler en justes noces dans la chapelle des anciens seigneurs de Caumont. Elle décide alors de consacrer son temps et sa fortune aux douze orphelins, venus du monde entier, qu’elle a adoptés. Rien n’est trop beau pour la « tribu arc-en-ciel » de la châtelaine des Milandes. Joséphine Baker engage de nombreux travaux dans sa nouvelle propriété du Périgord. Elle amène le confort et la modernité (eau courante, électricité, chauffage central) et porte un soin tout particulier à la création de deux luxueuses salles de bain décorées dans le style 1950, avec carreaux de marbre noir ou rose rehaussés à la feuille d'or. Désireuse de faire de son rêve de « village du monde » une réalité, elle recrute un personnel nombreux pour s’occuper des enfants et assurer l’entretien du château et de son jardin. Dans les années 1960, les finances suivent de plus en plus difficilement et en dépit d’un retour sur scène et d’une pugnacité jamais démentie elle doit se résoudre, contrainte et forcée, à se séparer des Milandes.

Aujourd’hui, le château des Milandes est ouvert au public. Il conserve les objets ayant appartenu à Joséphine Baker [4]. Il propose visites et animations. (Lien vers le site : https://www.milandes.com/). Le château et particulièrement sa chapelle, n’ont pas fini de livrer leurs secrets. Depuis quelques années des travaux de restauration et des fouilles ont été entrepris, révélant des fresques médiévales et des reliquaires dont un cœur. En juillet 2021, treize squelettes ont été mis au jour dans la chapelle. Un des corps retrouvés pourrait bien être celui de Claude de  Cardaillac, épouse de François de Caumont et première dame des Milandes disparue au début du XVIe siècle.

Les Rivière, une dynastie de photographes en Périgord

La majorité des photographies qui illustrent ce billet sont l’œuvre de Guy Rivière. Il est issu d’une dynastie de photographes installée en Sarladais depuis près d’un siècle. Son père Louis Rivière avait ouvert un magasin de photographie à Sarlat et a laissé de nombreuses images de la vie quotidienne dans la capitale du Périgord Noir dans la première moitié du XXe siècle. Son fils Philippe Rivière est depuis plusieurs années, le photographe du service du patrimoine et de l’Inventaire en Limousin d’abord, puis en Nouvelle-Aquitaine, sur le site de Limoges.

  • Christophe Rambert, documentaliste au service régional du patrimoine et de l’inventaire, site de Bordeaux.

 

[1] Le château, le chai et les anciennes écuries ainsi que l'ensemble du parc des Milandes, en totalité, sont inscrits au titre des Monuments historiques par arrêté du 7 décembre 2009. Un ensemble de costumes et d'accessoires de scène de Joséphine Baker (robes de scène, coiffes ou la célèbre ceinture de bananes) sont également inscrits depuis 2014.Le Label Maisons des illustres a été attribué aux Milandes en 2012.Le parc du domaine des Milandes, figure sur la liste des jardins labellisés Jardin remarquable au 16 juillet 2020.

[2] Boulanger Karine, Pillet Élisabeth (Collaborateur), Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel. Les vitraux de Poitou-Charentes et d'Aquitaine. Rennes : Presses Universitaires de Rennes, 2021 (Corpus Vitrearum).

[3] Pendant la seconde Guerre Mondiale, le château des Milandes sert, un temps, de repaire aux maquisards locaux.

[4] Pour aller plus loin, écouter le l'émission "Comme personne" (France Culture, du 26 novembre 2021), consacrée à Joséphine Baker aux Milandes, avec un entretien avec l'actuelle propriétaire des lieux, Angélique de Saint-Exupéry.

 

 

 

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