Publié le 16 avril 2020 dans Les carnets de l'Inventaire

L’appel à l’aide à saint Martial

En 994, une maladie, le « mal des ardents » décime la population dans toute l’Europe. L’épidémie est vite perçue par tous comme un châtiment divin et les malades s'empressent d'envahir les églises où ils implorent le pardon de Dieu. Guillaume IV, duc d’Aquitaine, convoque les représentants de l’église et les invite à prier près de la sépulture de saint Martial. Celui-ci était le premier évêque de Limoges et le grand évangélisateur de l’Aquitaine, au IIIe siècle. Les reliques du saint sont portées sur le Mont Jovis - le Mont Jupiter - point le plus élevé de la ville de Limoges, pour implorer Martial d’une intercession divine pour mettre fin à la maladie, dont l’origine demeure mystérieuse. Le miracle se produit, des milliers de malades guérissent. Depuis ces temps éloignés, la population limousine commémore cet évènement lors des Ostensions septennales, désormais inscrites par l’Unesco sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’Humanité, en 2013.

L'appel à saint Martial

En ce début d’année 2020, alors qu’une nouvelle pandémie s’abat sur la planète, les confrères de saint Martial ont choisi d’élever, le lundi 23 mars dernier1, en l’église Saint-Michel-des-Lions, à Limoges, la châsse reliquaire de saint Martial. Il s’agit d’une toute première étape, liée à la prière pour les malades et toutes celles et ceux qui les soignent. La confrérie s’interroge et n'exclue pas une possible sortie du reliquaire et son ouverture pour permettre la vénération des reliques. Cette exposition constituerait un évènement exceptionnel en dehors des périodes des ostensions septennales. Toutefois les processions rituelles ne pourraient être envisagées dans le contexte du confinement.

La force du symbole

La tradition des ostensions limousines s'est perpétuée jusqu’à nos jours et elles ont toujours lieu tous les sept ans. Les dernières se sont déroulées en 2016. De nombreuses communes de Haute-Vienne mais aussi de Creuse, Charente et Vienne participent à ces ostensions. Les célébrations apparaissent riches de symboles : l’élévation terrestre à partir du Mont Jovis – point de la ville le plus élevé et donc le plus proche du ciel -, la montée de la châsse ou encore la nature même de la relique, le crâne de saint Martial, représentative du sommet du corps, du chef et de l’intelligence.

Trouver l’origine du mal

Le « mal des ardents » du Moyen âge était en fait une intoxication alimentaire. L'origine du mal qui a terrifié et contaminé le Limousin en 994 est désormais connue. Le responsable du "mal des ardents" (ou ergotisme) est un minuscule champignon (l'ergot), parasite du seigle. Il a fortement infecté cette céréale en 994 et la large consommation de pains de seigle infestés a malheureusement intoxiqué les cultivateurs des campagnes comme les bourgeois de Limoges.

  • Françoise Bourdillaud, documentaliste au service régional du patrimoine et de l'Inventaire, site de Limoges.

    1 Le Populaire du Centre, 24 mars 2020, « Ô Martial près de tes reliques ».

    En savoir plus sur Les ostensions limousines inscrites à l'UNESCO

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