Publié le 14 janvier 2016 dans Les carnets de l'Inventaire

Landes / Saint-Sever, un pont dans la cave

Les enquêtes d’inventaire du patrimoine livrent parfois leur lot de surprises. Rares, cependant, sont les opérations ayant permis de retrouver un ouvrage d’art tombé dans l’oubli depuis plus d’un siècle…

Vestiges du pont de Pontix conservés dans la cave d’une maison. 
© Région Aquitaine-Inventaire général, M. Dubau, 2015
Vestiges du pont de Pontix conservés dans la cave d’une maison.
© Région Aquitaine-Inventaire général, M. Dubau, 2015

L’opération d’inventaire menée actuellement dans la commune de Saint-Sever a donné lieu à la découverte inattendue d’un pont dans une cave, sous la route au croisement de la rue Tournante. Les deux arches visibles sont formées de claveaux bouchardés pour les arcs de front alors que les maçonneries de parement et de fourrure sont bâties en moellon. La question de l’identification de ce pont oublié passe par une quête dans les archives de la ville.

Disparition

Cité médiévale constituée autour d’une abbaye bénédictine, Saint-Sever se présente, à l’issue de la guerre de Cent ans, comme une grosse bourgade resserrée autour de l’abbaye et prolongée de faubourgs. Soucieux d’assurer la mise en défense de l’ensemble, les jurats engagent vers 1450 la construction d’une seconde enceinte. Les portes donnant accès à la ville sont pour la plupart précédées d’un pont de bois, dont celui de Pontix qui permettait de traverser un ruisseau faisant office de douve depuis la rue de la Guillerie jusqu’au quartier du Barrat. Devant le mauvais état de ces ouvrages, le corps municipal décide en 1719 leur reconstruction en pierre.

Avec la destruction progressive des fortifications à la fin de l’Ancien Régime et l’urbanisation de la rue de Pontix, le pont perd de son utilité. Une maison construite à la fin du XIXe siècle englobe l’ouvrage, désormais invisible. Le détournement du ruisseau au début du siècle suivant pour assainir le Barrat en fait même oublier l’existence… Sa mémoire persiste toutefois dans la toponymie, puisque le nom Pontix viendrait du terme gascon « pontil ».

Patrimoine révélé

Lors de la destruction de la porte de Pontix en 1806, une partie des pierres tombe sur la toiture de la maison Dubois qui se trouvait dans l’axe de la porte. Suite à cet aléa, le propriétaire rédige des lettres de réclamation auprès du préfet afin d’obtenir une indemnisation. Le plan d’alignement de la rue, levé en 1809, rend la maison aisément localisable. Elle se situe bien au-devant du pont, côté ville. Ainsi, l’emplacement de la porte de Pontix étant assuré, le pont dissimulé dans la cave ne peut être que celui qui menait jadis à cette porte.

Le cas de Sommières dans le Gard, où toute une rue est établie sur le pont romain, est fameux. À Saint-Sever, bien que les vestiges soient modestes, le processus « d’ingestion » d’ouvrages publics par l’habitat privé est comparable. Témoin de l’ancienne enceinte dont il ne subsiste aujourd’hui que peu de traces, le pont de Pontix constitue l’un des éléments du gisement patrimonial de la ville. En ouvrant leur porte à l’Inventaire, les habitants participent ainsi à l’enrichissement de la mémoire collective.

Marie Ferey, chargée d’étude pour la réalisation de l’inventaire du patrimoine de la ville de Saint-Sever.

Publié dans Le Festin n°96, hiver 2016

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