Publié le 01 avril 2012 dans Les carnets de l'Inventaire

Landes / Sabres au clair

La majorité des objets recensés dans le cadre de l’inventaire du mobilier public du département des Landes se concentre dans les églises. Pourtant, les mairies recèlent parfois certains objets inattendus, dont l’étude révèle le visage des bienfaiteurs qui ont enrichi le patrimoine communal.

Détail du clavier d'une épée modèle 1853, avec l'aigle impérial
Détail du clavier d'une épée modèle 1853, avec l'aigle impérial

Une collection d’armes anciennes aux portes de Dax
La récente découverte d’une collection d’armes anciennes à Herm, dans le Marensin, participe de cette re-connaissance et justifie que l’on abandonne un instant le fait religieux pour le domaine, très codifié, de l’armement.
Conservées dans la salle du conseil, seize armes blanches, dont trois épées et sept sabres, se partagent un mur aux allures de trophée. Si les circonstances de leur collecte sont encore mal connues, on sait qu’elles seraient entrées dans le domaine public en 1940, à la suite d’un don fait à la commune par la veuve d’un notable.
Comme toute collection d’armes anciennes, celle-ci entretient un rapport évident à l’histoire militaire. Avec deux armes majeures qui vont se côtoyer un siècle durant avant de disparaître définitivement des champs de bataille, elle illustre particulièrement l’évolution des techniques de combat. La période représentée, qui s’étend des années 1750 à l’aube de la IIIe République, est précisément marquée par l’abandon progressif de la « forte-épée » héritée du Moyen Âge, dont on retrouve encore les caractères morphologiques dans la seconde moitié du XVIIIe siècle : en témoigne cette rare forte-épée marquée du lion et du monogramme du landgrave Louis VIII de Hesse-Darmstadt. En revanche, on assiste dès le Consulat à l’apparition d’une nouvelle génération d’épées d’apparat, dites « à clavier », qui complètent l’uniforme militaire. Certains modèles règlementaires arborent d’ailleurs une fusée en laiton ornée de rameaux de chêne et de laurier. Associé à la lecture de l’emblème figurant sur le clavier, ce détail permet d’identifier ici une épée « sans ciselure » attribuée le 5 avril 1853 aux sous-officiers et brigadiers de la Gendarmerie de la Garde impériale.

De taille et d’estoc
Cette époque voit en même temps émerger des modèles de sabres inédits, amenés à supplanter la robuste épée de combat. Les refontes successives de l’armement donnent ainsi naissance au célèbre sabre modèle 1822, destiné aux régiments de la Cavalerie légère et conçu pour frapper de taille comme d’estoc.
Cette collection en fournit deux exemplaires aux marquages et poinçons clairement identifiables. Le premier, sorti des forges de la manufacture royale de Klingenthal en 1829, équipait les hommes de troupe. Le second, confectionné en 1871 à la manufacture nationale de Châtellerault, se distingue du précédent par la présence d’ornements et l’emploi d’une fusée en corne de buffle. Apanage des grades supérieurs, cet accent décoratif renvoie à un modèle 1822 plus élaboré, réservé aux officiers.
Cette courte sélection illustre bien les différents niveaux de lecture qu’offrent ces témoins du passé militaire de la France. La cohérence de l’ensemble et la représentativité de chacune de ces armes, eu égard à son époque, son lieu de fabrication ou son affectation, laissent à penser que la collection est l’œuvre d’un amateur éclairé. D’autant que la plupart sont des sabres règlementaires portés par l’armée française au XIXe siècle : ceux-là mêmes dont l’éclat martial aiguise tant la curiosité des collectionneurs.

Claire Cauchy est assistante de conservation. L’étude de cette collection a été réalisée lors d’un stage au service du patrimoine et de l’Inventaire durant l’été 2011.

 

À lire
Lhoste Jean, Resek Patrick, Sabres portés par l’armée française, éditions  du Portail, La Tour du Pin, 2001.

 

Publié dans Le Festin n°81, printemps 2012