Publié le 13 septembre 2019 dans Les carnets de l'Inventaire

La Charente, patrimoine et loisirs au bord de l’eau

Patrimoine maritime et fluvial

Le fleuve Charente, jadis important axe commercial entre l’arrière-pays et l’océan, a vu disparaître ses anciens usages de nécessité et d’industrie, remplacés par des usages sportifs et de loisirs. Un inventaire du patrimoine en cours en amont de l’estuaire permet d’observer les mutations à l’œuvre dans le département de la Charente-Maritime.

Baignade dans le fleuve lors de la fête du 14 juillet 1907 à Saintes, par le photographe Nicolas (fonds Léon Triou). © Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel
Baignade dans le fleuve lors de la fête du 14 juillet 1907 à Saintes, par le photographe Nicolas (fonds Léon Triou). © Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel

Concurrencée par le trafic ferroviaire, la navigation commerciale déclina tant durant la première moitié du XXe siècle que, en 1957, la section de Cognac à Tonnay-Charente fut rayée de la nomenclature des Voies navigables de France. Le trafic se concentra alors exclusivement dans l’estuaire, dans les ports de Tonnay-Charente et de Rochefort, laissant disponible la partie amont du fleuve à une fréquentation récréative.

Fleuve récréatif

Grâce à la pêche, le fleuve a nourri la population riveraine. Au tournant du XXe siècle, cette activité de subsistance s’est muée en occupation de détente. De nos jours, les pêcheurs amateurs équipés de lignes, de balances ou de nasses, vont à pied ou en barques. Certains se servent aussi de « carrelets » depuis des cabanes munies d'un ponton. Celles-ci, visibles en aval de Saint-Savinien et en amont de Tonnay-Charente, ne remontent pas au-delà de la fin des années 1960. Dans l'estuaire davantage fréquenté par les touristes, ces installations sont apparues une vingtaine d'années plus tôt.

Bains fluviaux

Le 14 juillet 1907, à Saintes, le photographe amateur Nicolas saisit la foule qui se presse sur les quais et le pont Palissy ; à défaut de la régate vraisemblablement organisée ce jour-là, la photographie montre des baigneurs dans le fleuve. Trente ans plus tard, la ville établit, pour la belle saison, à 500 mètres en aval du pont, des bains publics limités  par des pieux reliés par des cordes et dotés d'un plongeoir. La même année, d'autres bains, pareillement équipés, sont installés à Saint-Sever par l'Union sportive locale. La prairie de Brives-sur-Charente et la rive de Courcoury, près du barrage de la Baine, sont aussi utilisées comme espaces de détente et de baignade. Il faut cependant attendre les années 1960-1970 pour que des aires de loisirs et des plages artificielles soient aménagées, en réinvestissant souvent d’anciens sites portuaires. Ainsi, l'aire de Port-du-Lys, sur la commune de Salignac-sur-Charente, à la limite du département, s'étend à proximité d’un quai qui rappelle qu’un ancien port y est attesté dès le XIe siècle. Les communes de Chaniers et de Taillebourg offrent aussi un espace de baignade, comme celle de Port-d'Envaux, où une plage est aménagée dans une ancienne cale servant autrefois au carénage des bateaux.

Barques et pénichettes

Si un club d'aviron semble exister à Saintes dès 1863, ce n'est qu'un siècle plus tard que les sports nautiques se développent vraiment sur le fleuve : un club est créé à Rochefort, du ski nautique est pratiqué sur un bief réservé long de de 500 mètres à Chérac. Et surtout, la navigation de plaisance s'amplifie à la fin du XXe siècle. Des pontons sont installés pour son service à Chérac, Rouffiac, Dompierre-sur-Charente, Chaniers, Saintes, Taillebourg, Port-d'Envaux, Saint-Savinien. Des pénichettes, barques, canoës et pédalos sont proposés à la location, des balades en gabares sont organisées, les eaux du fleuve deviennent alors un espace estival ludique. Ainsi, des bateaux réinvestissent aujourd’hui La Charente. L’Inventaire enregistre les traces de cette histoire fluviale des dimanches passés… au bord de l’eau.

  • Pascale Moisdon, chercheuse au service du patrimoine et de l’Inventaire, Région Nouvelle-Aquitaine.

    Publié dans Le Festin n°110, été 2019

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