Publié le 14 juin 2018 dans Les carnets de l'Inventaire

Jardins estuariens dans tous leurs états

Estuaire de la Gironde, Parcs et jardins

Depuis les années 1980, les études menées autour des jardins se sont révélées d’un grand intérêt dans la compréhension de l’histoire des territoires. L’inventaire mené sur les rivages de l’estuaire de la Gironde a largement contribué à identifier au mieux ces jardins, à enrichir la connaissance et à en conserver la mémoire.

Château de Beychevelle en Médoc : jardins en terrasse et l’estuaire en toile de fond.  © Région Nouvelle-Aquitaine - Inventaire général du patrimoine culturel, Adrienne Barroche, 2014.
Château de Beychevelle en Médoc : jardins en terrasse et l’estuaire en toile de fond. © Région Nouvelle-Aquitaine - Inventaire général du patrimoine culturel, Adrienne Barroche, 2014.

Ces espaces d’agrément ou d’utilité constituent un patrimoine fragile, évolutif, plus ou moins bien conservé, dont il faut retrouver les vestiges in situ ou les traces dans les archives. Certains bénéficient d’un label ou sont inclus dans la protection d’un monument ou d’un site, comme ceux récemment réaménagés de la villa Arnaga à Cambo-les-Bains. D’autres, moins (re)connus, ont été mis en lumière par des études d’inventaire qui ont donné lieu à une publication et une valorisation : l’original jardin d’Albert Gabriel à Nantillé ou le parc Chavat à Podensac font actuellement l’objet de restaurations.

Jardins disparus

Sur les rives de l’estuaire de la Gironde, l’inventaire révèle l’inégale conservation de ces espaces. Si l’on retrouve une riche typologie, du jardin ouvrier à la promenade publique, ce sont les parcs des célèbres châteaux viticoles qui retiennent l’attention. À proximité de ces demeures prestigieuses, ils n’ont toutefois pas été épargnés par les outrages du temps. La disparition est parfois irrémédiable : sur les îles de l’estuaire qui accueillaient aux XIXe et XXe  siècles de belles propriétés viticoles, les bâtiments comme leurs abords ont été soumis aux rigueurs du climat, à l’érosion qui a peu à peu grignoté les rives. Les tempêtes successives depuis 1999 ont également eu raison des arbres séculaires qui agrémentaient les parcs. L’occasion était alors trop belle, dans des secteurs du Médoc où le prix de l’hectare s’est envolé,  de substituer à ces plantations d’agrément des rangs de vigne bien plus lucratifs. Quand ils subsistent, les jardins ont été transformés au cours des siècles, en fonction des modes et des goûts. Les documents d’archives permettent alors d’en retracer l’histoire et les mutations. Au château d’Issan à Cantenac, de beaux plans aquarellés restituent les jardins réguliers du XVIIe siècle, devenus paysagers au XIXe siècle : au cours du XXe siècle, une piscine a été préférée au potager, tandis que quelques bosquets et parterres environnent encore les douves.

Jardins retrouvés

Outre les compositions effacées, les allées oubliées et les essences disparues, l’inventaire s’intéresse aussi aux constructions qui parsemaient les jardins (appelées des « fabriques ») : serres, belvédères, kiosques ou autres  fontaines. La vaste orangerie du XVIIIe siècle du château Margaux, longtemps masquée par des ajouts et transformée en chais, a été récemment remise au jour et abrite désormais des espaces de réception.

Malgré les transformations, le jardin reste l’ingrédient indispensable pour accompagner le château viticole : à Pichon-Longueville (Pauillac), l’architecte Alain Triaud a conçu, dans les années 2000, des chais enterrés tout en aménageant un miroir d’eau dans lequel se reflète la silhouette du château du XIXe siècle. Entre disparition et conservation, oubli et restitution, le jardin n’en finit pas d’offrir un terrain d’étude stimulant, et d’alimenter la réflexion sur le patrimoine et la création.

Claire Steimer, Conservatrice au service du patrimoine et de l’Inventaire, Région Nouvelle-Aquitaine

Publié dans Le Festin n°105, printemps 2018

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