Publié le 08 avril 2015 dans Les carnets de l'Inventaire

Gironde / Les kiosques de Macau, des deux rives de l’Atlantique

Une légende tenace voudrait que les deux kiosques qui surplombent la Garonne à Macau proviennent du pavillon chinois de l’Exposition universelle de 1889. L’étude d’inventaire en cours dans la communauté de communes Médoc-Estuaire montre qu’il n’en est rien. Leur origine serait plutôt à chercher du côté du littoral sud-américain.

Vue des cabanes de Biré depuis le rivage. © Région Aquitaine-Inventaire général, A. Barroche 2012
Vue des cabanes de Biré depuis le rivage. © Région Aquitaine-Inventaire général, A. Barroche 2012

Le 3 avril 1889, M. Dussaud, propriétaire du domaine de Biré à Macau, adresse une pétition au service maritime afin d’obtenir l’autorisation de déplacer une cabane abritant une machine à vapeur, et permettre la construction d’une seconde cabane. Les plans établis le 10 mai suivant, conservés aux Archives départementales de la Gironde, représentent la demeure avec ses dépendances, ses jardins, la cabane à déplacer et la projection du nouveau pavillon, identique au précédent. Si ces travaux datent bien de 1889, la première cabane voyait déjà s’écouler les eaux de la Garonne sous ses piles bien avant l’achèvement de la Tour Eiffel !

Une architecture exotique...

Placés de part et d’autre d’un petit embarcadère privé, ces kiosques signalent l’entrée du domaine depuis le fleuve. La structure s’appuie sur six piles circulaires de béton, reliées entre elles par des croisillons. L’enveloppe est de curieuse facture : les six panneaux en tôle ondulée d’origine sont percés de trois fenêtres ouvertes sur la Garonne. L’accès à l’unique pièce se fait par une rampe en fer, autrefois munie de traverses en bois. L’intérieur de neuf m², entièrement lambrissé sous un lattis à clins soigné, devait offrir des moments délectables à ses occupants. L’ensemble est coiffé d’un toit hexagonal recouvert de tuiles vernissées et surmonté d’un épi de faîtage. Des lambrequins en rai-de-cœur animent chacune des faces. Au XIXe siècle, ces derniers apportaient une touche de distinction et d’exotisme à cet emplacement stratégique du commerce fluvial.

… inspirée des quais argentins

Au-delà de la datation, la question des commanditaires et de la référence architecturale se pose. Le domaine de Biré, connu dès le XVIIIe siècle à Macau, produit du vin de palus en grande quantité au lieu-dit Le bout de l’île. Il est acquis en 1858 par Pierre et Jean Dussaud, issus d’une famille de négociants bordelais, qui modernisent leur demeure. Dès 1846 au moins, ils sont à la tête d’une maison de négoce et cofondent une compagnie d’assurances maritimes. Leur commerce est tourné vers l’Amérique du sud, plus précisément sur les bords du Rio de la Plata en Argentine où ils résident. Ils y exportent du vin : pas moins de 1 200 barriques sont débarquées sur les quais de Buenos Aires en 1891. On aimerait croire que l’inspiration architecturale des fabriques de Macau provient du muelle de pasajeros (quai des passagers) et de ses deux petits abris d’accueil, dont l’un deux servait pour la douane et au service des marins, l’autre pour les passagers et les membres d’équipage. Les frères Dussaud ont sans nul doute porté leurs regards sur cet arrêt obligatoire…

Aujourd’hui, ces symboles de réussite du négoce bordelais sur les bords de Garonne ont perdu leur fonction récréative, loin des côtes argentines, dans l’attente d’une restauration salvatrice.

Florian Grollimund, chargé d’étude pour l’inventaire du patrimoine de la communauté de communes Médoc-Estuaire

L’auteur tient à remercier M. Claverie pour les précieuses informations qu’il lui a communiquées.

Publié dans Le Festin n°93, printemps 2015

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