Publié le 16 mars 2022 dans Les carnets de l'Inventaire

Galin, la piscine sauvée du naufrage

Patrimoine public

Prévue dès 1948, dans le premier plan de la cité de la Benauge conçu par Jean Royer, urbaniste conseil de la ville de Bordeaux, la piscine de Galin n’est finalement construite qu’en 1965 par les architectes Jacques Gérard [1], André Chassin [2] et Jean-Claude Perrot [3]. Son emplacement n’est pas celui initialement choisi mais elle reste proche de la cité et des équipements d’accompagnement du nouveau quartier au même titre que le marché couvert de l’avenue Thiers reconverti en salle de sport. Après plusieurs années de travaux, rénovée et labellisée, la piscine devrait prochainement retrouver baigneurs, nageurs et plongeurs.

 

 

En raison de son implantation dans une zone alluvionnaire, où la nappe phréatique affleure à 50 cm du sol en période de crues, la distribution de la piscine est dictée par des contraintes géologiques. Les concepteurs sont donc conduits à fonder la construction de l’édifice sur des pieux de 18 mètres et à concevoir des bassins hors sol.

Une courbe comme une vague

Les qualités esthétiques de la piscine Galin tiennent surtout à l’importance des surfaces vitrées et à la courbe, semblable à une vague, de sa couverture fixée sur des fermes en lamellé-collé. Une épaisse coque de béton arrondie supporte un solarium situé en terrasse au premier étage -coque qui, ainsi que le système de brise-soleil placé en façade sud du rez-de-chaussée, n’est pas sans faire penser au Le Corbusier de Chandigarh. Une large trémie ménagée dans ce monumental auvent apporte la lumière à la cour d’entrée et au hall d’accueil largement vitré. Les escaliers placés en façade, à l’est, permettent d’accéder à l’étage accueillant les deux bassins : un bassin de 25 mètres sur 15 mètres, un bassin d’apprentissage carré de 12,50 mètres de côté et des plongeoirs. À l’étage, le bâtiment est entièrement vitré, à l’ouest, -ainsi qu’à l’est- et largement ouvert sur les terrasses du solarium au sud. La piscine Galin tire le meilleur parti de ces abondantes surfaces vitrées et de la courbe de la charpente en lamellé-collé qui offre à la halle des bassins une voûte en plein cintre. Imaginé par le Suisse Otto Hetzer au début du XXe siècle, ce procédé s’est largement diffusé après la Seconde Guerre mondiale. Avec les années 1960 et 1970, il s’impose dans de nombreux équipements sportifs ou culturels nécessitant des couvrements de grande portée. Les qualités de résistance aux atmosphères corrosives de cette technique sont particulièrement appréciées dans la construction des complexes nautiques. Le tiers vitré de cette couverture, rendu mobile par un jeu de moteurs, s’escamote à la belle saison pour offrir les agréments d’une piscine amplement ouverte sur l’extérieur.

Un label comme une bouée de sauvetage

En 2014, la découverte d’amiante dans les gaines de ventilation impose à la municipalité bordelaise une fermeture au public. Des études sont alors entreprises pour envisager une réhabilitation complète de cet équipement majeur dans ce quartier de la rive droite. Le diagnostic élaboré en 2016 s’attache à donner un état précis du bâtiment (analyse des structures béton, ossature bois, équipements techniques, sondages) et annonce un chantier d’envergure, prenant en compte l’évolution des usages. En avril 2018, l’atelier Ferret Architecture présente les premières études de conception. Le projet prévoit la reprise des façades avec des menuiseries fines, le traitement des bétons extérieurs, la réhabilitation de la toiture mais aussi le remplacement des cabines. La piscine reste bien naturellement raccordée au réseau de chaleur de la rive droite via la géothermie installée dans le quartier Brazza. En septembre 2015, elle a obtenu le label « Patrimoine du XXe siècle » [4] devenu par la suite « Architecture contemporaine remarquable ». La distinction pèse probablement dans le choix par Alain, Juppé, alors maire de Bordeaux, d’une restructuration complète alors qu’il a pu un temps envisager une démolition et une reconstruction complète [5]. Comme souvent, la poursuite des études et les aléas du chantier apportent leur lot de mauvaises surprises et de retards. L’ampleur des travaux supplémentaires, s’ajoutant aux nécessaires mises aux normes (de sécurité, d’accessibilité, environnementales ou sismiques…) prévues initialement, entraînent hausse de la facture et reports d’ouverture, auxquels contribue également la crise sanitaire.

Dans un quartier en pleine expansion où plusieurs établissements scolaires doivent ouvrir à la rentrée 2022, cette infrastructure sportive et ludique est attendue avec impatience par tous les habitants, scolaires et associations. Avant sa fermeture en 2014, elle ne comptait pas moins de 100 000 usagers par an. Après huit années au sec, la Bastide est prête à replonger.

  • Christophe Rambert, documentaliste au service régional du patrimoine et de l’inventaire, site de Bordeaux.

 

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[1] Jacques Gérard (1922- ?). Né à Guise (Aisne) le 1er septembre 1922, élève de Claude Ferret à l’École régionale d’architecture de Bordeaux.  Architecte à Bordeaux, Gironde [entre 1962 et 1973], associé à Louis Gérard [en 1967].

[2] André Chassin (1920- ?). Né à Châteauroux (Indre) le 9 mai 1920, élève de Georges Labro et Jean Faugeron. Architecte à Caudéran, Gironde [en 1967]. Cercle Nautique et voile de Pauillac, 1964.

[3] Jean-Claude Perrot (1929- ?). Né à Périgueux (Dordogne) le 21 janvier 1929, élève d’Otello Zavaroni, Georges Labro et Jean Faugeron. Architecte à Périgueux, Dordogne [en 1967]; associé à Henri Laffargue et Léon Guthmann [en 1967]. Le sujet de son diplôme d’architecte, obtenu en 1965, est justement « une piscine couverte ».

[4] Le label « Architecture contemporaine remarquable », remplaçant le label « Patrimoine du XXe siècle » dont il intègre la plupart des bénéficiaires, est attribué aux immeubles, aux ensembles architecturaux, aux ouvrages d'art et aux aménagements qui ne sont pas classés ou inscrits au titre des monuments historiques, parmi les réalisations de moins de 100 ans d'âge, dont la conception présente un intérêt architectural ou technique suffisant.

[5] Journal Sud Ouest du 16 janvier 2017.

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