Publié le 01 décembre 2014 dans Les carnets de l'Inventaire

Dordogne / Gilbert Privat ou l’exaltation aquitaine

Trois monuments dus au ciseau du sculpteur Auguste Gilbert Privat ont été répertoriés à Aubas et Montignac, en Dordogne, dans le cadre de l’inventaire du patrimoine de la vallée de la Vézère. Ce repérage entrouvre une fenêtre sur une œuvre prolifique largement dédiée au Périgord... et à sa gastronomie.

La Gastronomie, bas relief pour le restaurant le Montaigne à Périgueux, 1948, coll. particulière.
La Gastronomie, bas relief pour le restaurant le Montaigne à Périgueux, 1948, coll. particulière.

Au cours de l’entre-deux-guerres, la sculpture est sollicitée afin de rehausser les lignes souvent austères des bâtiments publics par des bas-reliefs destinés à décorer intérieurs et extérieurs, fontaines, jardins et parcs. L’artiste Auguste Gilbert Privat (1892-1969) est représentatif de ces sculpteurs participant d’un courant Art déco inspiré de l’antique.

Le sculpteur ébloui

C’est en Aquitaine, principale- ment dans le Périgord, terre natale de son épouse Odette de Puiffe de Magondeaux, qu’il répondit au plus grand nombre de commandes publiques issues principalement des municipalités. Président d’honneur de la Société des beaux-arts et membre titulaire de la Société historique et archéologique du Périgord, il confessait avoir fait « la découverte éblouie » de la Dordogne, à laquelle il vouait un amour profond et à qui il consacra bien des aspects de son œuvre. C’est ainsi que, lors de la cérémonie de remise des insignes de la Légion d’honneur, le ministre Yvon Delbos pouvait affirmer en 1948 que Gilbert Privat était devenu périgourdin. Toulousain d’origine, il reçut une formation académique à l’École des beaux-arts de Paris. Dès les années 1920, il s’exerça à plusieurs gammes de la création, notamment dans le domaine de la commande publique à message politique, allégorique, religieux et commémoratif – telle la statue de Fénelon ou celle de Montaigne à Périgueux, à l’entrée des allées de Tourny. Mais Gilbert Privat manifestait une prédilection certaine pour le bas-relief, technique à mi-chemin entre la peinture et la sculpture à laquelle il s’adonnait avec un lyrisme contenu, comme en témoigne sa « tapisserie murale » ornant la façade du Palais des fêtes de Périgueux. Le thème régionaliste s’y accorde à l’art du temps : un matériau nouveau (le staff) et des méthodes sculpturales innovantes, mises au service d’une région et de son histoire.

Périgord gourmand

Périgourdin de cœur, sans doute l’est-il aussi d’estomac. Du moins répond-il avec gourmandise à la commande qui lui est confiée de décorer la salle principale d’un nouveau restaurant appelé Le Montaigne à Périgueux, construit par l’architecte Robert Lafaye – avec lequel il collaborait au même moment pour la salle de conférence de la Chambre de commerce et d’industrie du département. La maquette en terre cuite du bas-relief, intitulé La Gastronomie, est une ode aux plaisirs de la chère : une jeune femme nue offerte aux regards et personnifiant la Dordogne est allongée au-devant d’une table autour de laquelle festoient plaisamment plusieurs convives. Nulle touche locale dans cette saynète à l’antique, sinon rabelaisienne... Au contraire de l’Allégorie du Périgord qu’il réalise pour la CCI, concentré de poncifs où se côtoient homme de Cro-Magnon, cochon truffier et oies grasses, couple de danseurs en tenue folklorique d’un Périgord éternel, faisant contrepoint à un jeune couple de touristes, telle une irruption du monde moderne : n’est-ce pas là l’image même de Gilbert Privat, sculpteur ébloui de l’exaltation aquitaine?

Caroline Dubois, étudiante, avec la participation d’Alain Beschi, conservateur du patrimoine. L’étude consacrée à l’œuvre de Gilbert Privat a été réalisée lors d’un stage au service du patrimoine et de l’Inventaire de la Région Aquitaine.

Publié dans Le Festin n°92, hiver 2015

 

 

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