Publié le 05 mai 2020 dans Les carnets de l'Inventaire

Blaye etche ona. Un air de Bidassoa sur les bords de la Gironde

Estuaire de la Gironde

L’exploration des archives apporte parfois quelques motifs d’étonnement. Il se trouve ainsi, dans les archives municipales de Blaye, un projet non réalisé pour la reconstruction de la gare qui, si elle avait été bâtie, aurait donné aux voyageurs descendant au pied de la citadelle l’illusion d’une arrivée près des rivages de la Bidassoa…

Projet pour la reconstruction de la gare de Blaye, non signé, 1929, Blaye, Archives municipales. © Région Nouvelle-Aquitaine, SRPI, Alain Beschi
Projet pour la reconstruction de la gare de Blaye, non signé, 1929, Blaye, Archives municipales. © Région Nouvelle-Aquitaine, SRPI, Alain Beschi

Desservir le port estuarien

Les projets de construction de lignes de chemin de fer visant à desservir Blaye furent de ceux perçus de la plus haute importance aux yeux des édiles et de la population dans la seconde moitié du xixe siècle. Mise en service en 1873, la ligne de Blaye à Saint-Mariens, nœud ferroviaire en Charente, permettait de désenclaver Blaye par le raccordement de cette ligne à celle de Bordeaux à Nantes ; elle offrait aussi un débouché vers Bordeaux, ou de plus exotiques destinations, aux productions agricoles et viticoles de l’arrière-pays. Quant à la ligne de Blaye à Saint-Ciers par Étaulier, inaugurée en 1888-1889, elle permettait de raccorder au port estuarien les territoires mal desservis de Haute-Gironde, et, intérêt contradictoire, de rallier directement Bordeaux sans détour ni rupture de charge[1].

Le bon fonctionnement de la jonction de la voie ferrée avec le port nécessitait un appontement de grande navigation, objet de toutes les attentions et notamment de celle de l’ancien ministre Jean Dupuy et de son fils, le député Pierre Dupuy, propriétaires du château de Ségonzac, à Saint-Genès. Ces derniers firent venir à Blaye, en 1914, le ministre des Travaux publics, accompagné du directeur des Routes et de la Navigation ainsi que du directeur du Réseau des chemins de fer. La gare, établie sur la rive droite du chenal à proximité de l’estuaire, permettait certes un transbordement aisé, mais présentait l’inconvénient majeur d’être régulièrement inondée lors des grandes marées.

Gare sauce basquaise

Un projet de reconstruction du bâtiment des voyageurs sur un nouvel emplacement, plus central et à l’abri des intempéries, fut donc réalisé en 1929 par les nommés Driau et Papin, sans doute ingénieurs de la Société des chemins de fer de l’État[2]. L’élévation du bâtiment projeté (non signé) montre une gare présentant nombre des stéréotypes de l’écriture architecturale basco-landaise, avec ses encorbellements et ses débords de toiture sous pignon, de faux pans de bois colorés et de larges baies à couvrement plein cintre. La contrainte du programme lié à la construction d’une gare ne constitua en rien un frein à la mise en œuvre de la syntaxe néo-régionaliste, la spécialisation des espaces permettant, au contraire, une dissymétrie de façade, formule justement recherchée par les architectes[3].

Ce projet, resté dans les cartons à dessins, illustre la faveur dont jouissait alors ce courant architectural jusque chez les ingénieurs formés à l’école des Ponts et Chaussées pour des équipements publics, qui n’hésitèrent pas à proposer ici, à 200 km de la côte basque et sur les bords de l’estuaire, une réalisation qui n’aurait pas détonné à Hendaye ! L’arrière-plan de pins parasols et le relief de collines révèlent d’ailleurs que l'auteur du dessin n’avait probablement qu’une idée assez fantaisiste de la consistance des lieux… ou cherchait à recycler des plans prévus pour d’autres sites ! L’histoire ne dit pas quelle fut localement la réception du projet, de toute façon, jamais sorti de terre par manque de subsides et par la concurrence inexorable du trafic routier.

  • Alain Beschi, conservateur du patrimoine, service patrimoine et Inventaire, Région Nouvelle-Aquitaine.

     

     

    Publié dans Le Festin n°112, janvier 2020

     


Ce billet a été publié, sous une autre forme, dans le blog de l'estuaire en 2014.

[1] Sur les chemins de fer du Blayais, voir : « Le train arrive à Blaye », Société des Amis du Vieux Blaye [en ligne].

[2] Archives municipales de Blaye, M3.

[3] Sur la question du régionalisme architectural et plus particulièrement du néo-basque, lire : Claude Laroche, Architecture et identité régionale. Hossegor, 1923-1939, éd. Le Festin, 1993. Voir, notamment, le chapitre consacré au régionalisme appliqué aux équipements, pp. 160-165.

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