Publié le 31 janvier 2018 dans Le patrimoine des lycées

Récit d'une découverte au lycée Gustave-Eiffel

Thématique, Patrimoine public, Patrimoine maritime et fluvial
La statue en terre-cuite de Mercure au lycée Gustave-Eiffel de Bordeaux (c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du Patrimoine culturel - Laetitia Maison-Soulard.
La statue en terre-cuite de Mercure au lycée Gustave-Eiffel de Bordeaux (c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du Patrimoine culturel - Laetitia Maison-Soulard.

Dans le cadre de l’inventaire du patrimoine du lycée Gustave-Eiffel, Bertrand Charneau et moi-même avons été intrigués par une statue située dans le petit jardin précédant la façade du lycée sur le cours de la Marne. Cachée depuis la rue derrière des buissons et des arbres, bien en place dans une niche dans un pavillon en avant-corps, nous découvrons une belle statue de Mercure, manifestement en terre cuite, quelque peu défraichie. Une niche similaire, mais vide, se trouve de l’autre côté de la façade principale.

S’ensuit la visite du lycée et nous oublions notre statue jusqu’à ce que Bertrand l’évoque avec l’historien de l'art Robert Coustet, de passage dans notre centre de documentation. Ce dernier nous suggère de comparer cette statue avec des monuments de Bordeaux… Bertrand découvre alors qu’elle semble identique à l’allégorie du Commerce placée en haut de l’une des colonnes rostrales de la place des Quinconces. L’enquête commence !

Dépouillement de la bibliographie : les statues actuelles en haut des colonnes rostrales sont des copies en bronze des originaux en terre cuite — considérés comme perdus —  réalisés en 1829 par le sculpteur N. Monceau ( ?-1860) dans le cadre de l'aménagement de l'esplanade des Quinconces. L’une représente l’allégorie du Commerce, sous la figure de Mercure et l’autre, l’allégorie de la Navigation. Elles sont classées monument historique en 2011 et font l'objet d'une restauration en 2015 par le cabinet SOCRA de Périgueux.

Seule une note de bas de page de la thèse de 1994 d’Isabel Roux sur l’histoire des Quinconces mentionne l’existence de "maquettes" en terre cuite des statues des colonnes rostrales au lycée Gustave-Eiffel. Isabel Roux s’appuie ici sur un mémoire de maîtrise de 1978… dans lequel sont attribuées à tort les statues à Felix Maggesi (1809-1892), sculpteur officiel de la ville de Bordeaux de 1832 à 1886.

Cependant, aucune source à notre connaissance ne mentionne explicitement l'arrivée des originaux en terre cuite au lycée Eiffel. Mais je comprends bientôt comment cela a pu se passer, à l’appui de la documentation conservée aux Archives Bordeaux Métropole relative au lycée d’une part, et aux colonnes rostrales d’autre part.

On peut supposer qu'il s'agit là de l’œuvre de l'architecte de la ville, Jacques D'Welles, en 1932.

Le 5 juillet 1931, l'architecte J.-J. Bordelais écrit à Adrien Marquet, maire de Bordeaux, afin de lui signaler l'urgence de remplacer les sculptures ornant les colonnes rostrales : "Bien qu'en simple terre-cuite, elles ont tout de même duré un siècle, et c'est beaucoup pour un pareil matériau, mais à l'heure actuelle elles menacent ruine et sont un danger permanent [...]."


Alerté par le maire, l'architecte en chef de la ville de Bordeaux, Jacques D'Welles, confirme "l'état lamentable" des deux statues de la Navigation et du Commerce et propose le 19 mars 1932 de déposer les deux statues en terre cuite, de les restaurer et de fabriquer deux statues neuves par un moulage en bronze.

Les terres cuites sont restaurées en 1932, et les statues en bronze sont réceptionnées le 12 janvier 1935 et replacées au-dessus des colonnes rostrales.

Alors qu’il s'occupe de ce dossier de restauration des statues, D’Welles travaille également à la transformation du Petit Séminaire cours de la Marne en École pratique de Commerce et d'Industrie, aujourd’hui lycée Eiffel. Il fait notamment aménager sur les pavillons en avant-corps de la façade, deux niches à la place des baies. Et tout naturellement, on peut supposer qu’il suggère d’y placer les fameuses statues en terre cuite restaurées, afin de donner un certain prestige à la nouvelle institution.

Hélas, d'après le proviseur actuel, l'allégorie de la Navigation placée dans l’autre niche, aurait été détruite par mégarde par des élèves il y a une dizaine d'années.

Aujourd’hui, il s’agit donc de sauvegarder l’original restant grâce à un projet de conservation-restauration mené en partenariat avec le Musée d’Aquitaine.

  • Laetitia Maison-Soulard

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michel07-02-18 10:24
Quelle trouvaille! Simplement génial! Bravo à nos Sherlock Holmes et Watson bordelais!
Dorénavant je passerai devant ces colonnes rostrales en pensant à L'Inventaire d' aquitaine! qui a fait cette belle découverte: Avoir résolu l'énigme de ces statues de terre cuite avec ce magnifique Mercure retrouvé.